Moniteur du *8 novembre
g. On croit généralement que le mariage des prêtres est contemporain du culte de la déesse Raison, ou que du moins, jusqu'aux plus mauvais jours de la Révolution, les pouvoirs constitués eurent la pudeur de ne pas s'associer à ces bacchanales qui ont donné aux noms des Gobel et des Cliaumetle une si triste célébrité. Il n'en est rien;
HISTOlttE DE LA TERREUR.
. La seule question sur laquelle toutes les fractions de l'Assemblée législative se trouvèrent d'accord, et qui fut résolue sur la proposition du roi lui-même, fut celle de la guerre à déclarer à l'empereur d'Allemagne et à la
dès 1792, pendant que la royauté siégeait encore aux Tuileries, lorsque le sanctuaire des lois n'avait pas encore été envahi par une populace en délire, on voit l'Assemblée législative battre des mains à la harangue. que vient lui débiter un vicaire de Sainte-Marguerite, à Paris, en lui présentant son épouse et sa nouvelle famille.
Le Moniteur du 12 mai 1792 (p. 555], le Journal des Débats du môme jour (p. 210), nous donnent en termes presque identiques le récit de la réception brillante faite à cet indigne prêtre qui venait de recevoir la bénédiction 'nuptiale des mains d'un autre prêtre plus indigne encore. Voici le discours que l'Assemblée législative couvrit de ses chaleureuses acclamations :
« Législateurs, je viens avec confiance annoncer, dans le sanctuaire auguste de la Liberté, que j'ai usé du droit imprescriptible qu'a rendu à tous les Français notre immortelle Constitution. Il est temps que les ministres du culte romain se rapprochent de leur sainte origine ; if est temps enfin qu'ils rentrent dans la classe des citoyens ; il est temps enfin qu'ils réparent par l'exempte des vertus chrétiennes et sociales tous les scandales, tous les crimes, tous les mauxquo le célibat des prêtres a causés ; et c'est pour y parvenir que je me suis associé une compagne honnête et vertueuse. Déjà la calomnie, le fanatisme, l'hypocrisie ont tenté de soulever le peuple contre cette Union sainte, Jurée au pied des autels et consacrée par la religion. Mais les citoyens du faubourg Saint-Antoine n'ont plus de préjugés, et, loin de se laisser entraîner par les perfidies, ce bon peuple, qui m'a appelé au conseil général de la commune de Paris, est venu en foute me féliciter et me conseiller de re3ter à mon poste eii me pro-
INTRODUCTION
diète germanique. Par une incroyable aberration, par un vertige inexplicable , au commencement de 1792 , tous les partis en France désiraient la guerre, tous la voulaient, tous accueillirent avec joie le décret solennel en vertu duquel elle fut déclarée (20 avril 1792). C'est que la guerre était l'inconnu, et qu'au milieu du malaise général .chacun s'imaginait que de l'inconnu sortirait la réalisation de ses' espérances. Les uns croyaient , en précipitant les Français aux frontières, faire diversion
testant que jamais je ne fus plus digne de sa confiance. Législateurs, mon épouse, son respectable père et toute sa famille se joignent à moi pour vous présenter leurs respectueux hommages et pour vous prier d'agréer l'offrande que nous déposons sur l'autel de la Patrie pour l'entretien de ses généreux défenseurs. »
Le Moniteur ajoute que l'orateur est invité aux honneurs de la séance avec son épouse et les parents qui l'accompagnent, et qu'ils sont, introduits dans la salle au milieu d'applaudissements presque unanimes.
Ni le Moniteur ni le Journal des Débats ne donnent le nom de co prêtre apostat; mais nos recherches nous ont fait. retrouver son nom et sa destinée. Nous venons de le voir déclarer lui-même qu'il était membre du conseil général de la commune et qu'il habitait le faubourg Saint-Antoine; c'est donc évidemment Jean-Claude Bernard, qui fut l'un des deux municipaux chargés de conduire à i'échafaud le malheureux Louis XVI, et qui y monta lui-même, dix-huit mois après, avec Robespierre.
Le doute sur l'identité de l'orateur du 12 mai 4792 ne peut être permis si l'on rapproche, comme nous l'avons fait, les almanachs nationaux de 4793 et de l'an II et la liste générale des guillotinés, où Jean-Claude Bernard figure sous le numéro 2.645, en qualité d'exprôtre et d'ex-membre de la commune. Il était âgé de trente-deux ans et était no à Paris. On trouve, dans l'Histoire de Louis XVII de M. de Boauchesne, p. 44 du deuxième volume, une anecdote qui prouve toute la grossièreté de ce personnage.
aux agitations intérieures ; les autres pensaient que de cette guerre surgirait un général victorieux qui imposerait silence aux factions et viendrait restaurer l'autorité royale ; d'autres enfin voulaient pousser les choses à l'extrême et bouleverser l'Europe en proclamant l'émancipation universelle des peuples 1 .
Les anciens constituants,, qui occupaient dans l'armée des grades élevés, s'empressèrent de demander des ordres de service. Le parti modéré pensait se créer ainsi de nouveaux points d'appui ; mais, par cela même, il se dispersait au lieu de se former en faisceau, et disséminait ses forces au lieu de les concentrer; il ne voyait pas qu'avant tout il fallait résister, dans Paris, au géant révolutionnaire qui allait, comme l'Horace romain, saisir successivement chacun de ses adversaires pour engager avec lui un combat singulier et l'égorger à son aise avant de fondre sur un autre.
Déjà, depuis un an, le parti démagogique, grâce à l'apathie et à l'indifférence qui s'étaient emparées de la masse de la population parisienne, montait silencieusement à. l'assaut du pouvoir, et débusquait successivement ses adversaires de toutes les positions qu'ils avaient d'abord occupées sans conteste.
Au commencement de novembre 1791, Bailly avait
4. Dès le 29 novembre 1791 , Isnard, dans son prophétique enthousiasme, s'était écrié ; « Si te peuple français tire l'épce, il en jettera loin de lui le fourreau ; embrasé du feu de la liberté, .armé du glaive, de la plume, delà raison, de l'éloquence, il peut à lui seul, si on l'irrite, changer la face du monde et faire trembler tous les tyrans sur leur trône d'argile. »
INTRODUCTION-
donné sa démission de la place de maire de Paris, qu'il occupait depuis deux ans et demi, et sur 80,000 1 citoyens appelés à voter, 10,300 seulement avaient pris part au scrutin . ouvert pour son remplacement.
Pétion avait été élu par 6,600 voix contre 3,000 données à La Fayette.
A la même époque, Manuel, homme de lettres plus que médiocre, avait été élu procureur-syndic de la Commune ; près de lui était venu siéger Danton qui, appelé, quelques mois auparavant, au conseil général du département, préféra la place plus lucrative et plus influente de substitut du procureur-syndic de la commune 2 . La
). M. Granier de Cassagnac, dans son ouvrage sur les Girondins, où il se pique de la plus scrupuleuse exactitude, commet à cette occasion une erreur importante. Il parle de 200,000 électeurs primaires pouvant, eh novembre 1791, concourir à l'élection du maire ds Paris; ces électeurs étaient seulement au nombre de 81,000. Ce nombre se déduit forcément de celui de 812 électeurs du deuxième degré, dont les noms sont inscrits dans VAlmanack royal de 1792. Il y avait un électeur du deuxième degré par 100 électeurs présents ou absents inscrits sur les listes des assemblées primaires. En 4791 et jusqu'après le 10 août 4792 étaient électeurs les seuls citoyens actifs, c'est-à-dire ceux qui payaient une contribution équivalente à trois journées de travail. (Voir, à la fin de ce volume, la note lit relative à l'organisation de la municipalité parisienne.)
2. Danton avait été élu au commencement de septembre 1790, par la section du Théâtre-Français, membre du conseil général de la Commune. Sur les 144 membres élus a cette époque, il fut le seul écarté par la majorité des sections ,*en vertu d'un droit d'ostracisme que la loi leur conférait sur leurs choix réciproques; trois sections se déclarèrent pour lui : celles du Tliéàtre-Français, du Luxembourg et deMauconseil. Ce furent, pendant tout le temps de la Révolution , ces sections qui professèrent les principes et soutinrent les
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
loi avait fixé aux derniers jours de 1791 le renouvellement de la moitié de la municipalité parisienne, et ce renouvellement y avait amené des individus pris dons d'autres classes , dans d'autres conditions sociales, et imbus naturellement d'autres idées que ceux qui composaient le corps municipal au moment de sa première formation en 1790. Le niveau de l'intelligence et du savoir s'était abaissé dans ce conseil, que la force des circonstances allait appeler à jouer un si grand rôle
hommes les plus exagérés. Danton prit bientôt sa 'revanche et, par un revirement singulier d'opinion, celui dont la majorité des électeurs primaires n'avait pas voulu comme simple membre du conseil général de la Commune fut élu cinq mois plus tard, par les électeurs du deuxième dégré, au conseil général du déparlement (février 4791). Il y formait à peu près à lui seul la minorité. L'année suivante (janvier 4792), il fut présenté en concurrence avec Manuel pour être procureur-syndic de la commune. Manuel ayant été élu , il se contenta de la place de substiluL II y fut nommé au deuxième tour de scrutin par 4,K>2 voix sur 80,000 électeurs inscrits! nouvelle preuve du funeste système d'abstention que les modérés pratiquaient à cotte époque, au grand détriment de la cliose publique. Au début de sa carrière politique, ce tribun, célèbre avait, semble-t-il, des velléités aristocratiques assez prononcées. Nous avons entre les mains' un recueil de -pièces imprimées par ordre du district dus Cordelière, au sujet du décret de prise de corps lancé contre Marat par le Châtelet, le 3 novembre 1789; le nom et la signature do Danton reviennent à chaque instant dans ces pièces et sont toujours écrits avec une apostrophe qui sépare la première de la seconde lettre de ce nom fumeux dans les fastes démagogiques. L'écrit sort des presses de Momoro, qui s'intitulait premier imprimeur de la Liberté nationale et qui était alors l'ami intime de Danton ; il est imprimé par ordre du district des Cordeliers où déjà dans ce moment Danton régnait presque en maître; le consentement du tribun à cette manière d'orthographier son nom n'est donc pas douteux,
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INTRODUCTION
dans les événements qui se préparaient. A la tête de la police, les élections faites dans le sein du corps municipal avaient placé deux hommes nouveaux, Panis et Sergent, l'un avocat sans causes , l'autre artiste sans talent. Leurs noms, aujourd'hui entourés; d'une effroyable célébrité, étaient alors inconnus et n'excitaient aucun ombrage. Ces deux hommes ne tardèrent pas à s'emparer de l'immense influence que donne le maniement de fa police dans une ville comme Paris, et tinrent à l'écart leurs deux collègues plus anciens, Vigner et Perron, en attendant qu'ils fissent destituer l'un et égorger l'autre *.
' De toutes les autorités qui siégeaient dans la capitale, une seule était franchement constitutionnelle ; c'était le conseil général du département, que l'on appelait alors le déparlement de Paris.
\. Perron, qui siégeait au département de police depuis 1700, et qui n'avait pas su toujours résister, dans les derniers temps,- aux exigences do ses collègues Panis et Sergent, fut sacrifié par eux aussitôt qu'il marqua quelque hésitation à les suivre dans la route qu'ils s'étaient tracée. Conservé dans sa place d'administrateur le iO août, jour où on avait encore besoin de sa signature pour l'expédition de certains ordres et surtout pour la délivrance des poudres, il fut arrêté le 21 par les ordres du nouveau Comité do surveillance et do salut public, conduit à l'Abbaye et égorgé le 4 septembre. Voici le texte de l'ccrou et de l'arrêt de mort du malheureux Perron.
Extrait du registre d'écrous de la prison de l'Abbaye. Du 21 août rm. Du é au r, septembre! 17D3
Le- sieur Perron a été écroué par ordre Mort. Le sieur Perron a ûté des membres' du Comité de surveillance jugé par le peuple et exéot de salut. . cuté sur-le-champ 1 ,