‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 3 sur 191 · Cette mention est entièrement de la main de Maillard · texte numérisé non relu

Cette mention est entièrement de la main de Maillard

Le département avait déjà, dans plusieurs circonstances mémorables, résisté à l'entraînement de la municipalité parisienne. Il avait notamment élevé la voix en faveur de la liberté religieuse et contre la surveillance inquisitoriale exercée sur la famille royale. Le directoire, pris dans le conseil et saisi de toutes les mesures d'administration, était présidé par le vénérable duc de La Rochefoucauld-d'Amville, et comptait dans ses rangs Anson, Talleyrand, Desmeuniers, Beaumetz, quatre anciens constituants. Le procureur-général syndic était Rœderer, Celui-ci prêchait la tolérance, la conciliation même, lorsque déjà elles n'étaient plus possibles.

Quant au ministère, il venait d'être désorganisé de nouveau après cinq ou six combinaisons avortées. Le ministre des a(Fairesélrangères, Delessart, avait été décrété d'accusation devant la haute cour nationale d'Orléans; le ministre de la guerre, Narbonne, renversé par une intrigue de palais, avait été renvoyé comme un laquais. Ce fut à ce moment que, dans le désir de tenter une expérience nouvelle, l'infortuné Louis XVI s'avisa de prendre des mains des chefs de la gauche un ministère tout fait, dont il né' connaissait aucun membre, pas même de figure. On peut juger par là du degré de confiance qu'il devait accorder à ces conseillers d'occasion.

Les deux personnages principaux de ce cabinet étaient Durnouriez et Roland.

Le premier, intrigant habile, roué émérite, aventurier infatigable, avait été employé dans la diplomatie occulte de Louis XV. Il brûlait du désir de se faire une place et un nom dans l'histoire de son pays; mais -ce nom, cette

INTRODUCTION

place, peu lui importait de quelle manière H les obtiendrait. Le jour de sa nomination au ministère, il accourut au club des Jacobins, voulant que le véritable souverain du jour sanctionnât le choix que le roi nominal avait fait de sa personne ; il alla jusqu'à se coiffer du bonnet rouge, pour faire acte complet d'adhésion aux mœurs et aux idées du lieu; mais, secrètement, il ne demandait pas mieux que de se prêter aux menées les plus contre-révolutionnaires, pourvu qu'elles eussentdes chances de réussite, et que, dans le plan de restauration de la monarchie plus ou moins absolue, il pût jouer le rôle deMonk. Pas plus que Mirabeau, il n'avait une conscience bien délicate, ni une vertu bien ferme ; mais, comme le grand orateur, il possédait l'instinct véritable des nécessités du gouvernement dans le temps où il vivait; il avait l'audace et la promptitude du coup d'œil qui permettent de faire tourner les événements au gré de ses desseins. Il avait, de plus que Mirabeau, le génie de la guerre, et, dans son apparition sur le premier plan, — apparition qui ne fut qu'un instant dans cette vie si longue dont le commencement avait été absorbé par d'obscures intrigues et dont la fin s'écoula dans l'exil et la proscription, — . il eut la gloire immortelle de sauver son pays de l'invasion étrangère.

Roland présentait le contraste le plus frappant de toutes les qualités, comme de tous les défauts du brillant Dumouriez. Ils avaient à peu près le même âge 1 ; mais cette

4. Roland, né en J 734 , avait cinquante-huit ans; Dumouricz, né en 4739, en avait cinquante-trois.

liO

vie, que J'un avait dépensée à visiter les divers pays de l'Europe, à nouer des intrigues, à former des projets chimériques, à courir après la fortune, l'autre l'avait passée au fond de son cabinet à écrire des mémoires sur des sujets de^ philosophie et d'économie politique, às'admirer dans ses oeuvres, à s'enivrer de son propre mérite. Ses liaisons avec la gauche de l'Assemblée législative le firent sortir tout d'un coup de l'obscurité et le transplantèrent, d'un petit appartement de la rue de la Harpe, dans les salons du ministère de l'intérieur, le plus important et le plus difficile de tous les ministères, aux. temps de troubles et d'agitations. Il s'y montra rogne, hautain, d'un esprit sans portée et sans initiative, croyant avoir tout fait lorsqu'il avait, comme à l'époque où il était a Amiens ou à Lyon inspecteur des manufactures, écrit un rapport ou élîfboré une circulaire ; il se drapa continuellement dans sa vertu, mais il ne sut pas s'exposer au danger lorsque son devoir le. lui commandait, lorsque son honneur l'exigeait 4 .

1. Voici le portrait qu'a tracé do Roland to girondin Daunou dans un fragment de ses Mémoires, en date d'août 1794 :

a Roland, magistrat probe, instruit, courageux, mais auquel on reprochait le pédantisme de toutes les vertus qu'il avait, ferme et vigilant, mais aigre et maladroit, trop épineux dans les détails de son administration pour conserver longtemps un assez grand nombro d'amis, » Nous verrons que Roland méritait tous les reproches, mais non certes tous les éloges que nous trouvons sous la plume de Daunou, car il ne fut souvent ni ferme, ni vigilant, ni courageux, si le courage consiste, comme nous le croyons, à se précipiter au milieu du danger plutôt qu'à écrire du fond do son cabinet des pbrases plus ou moins pompeuses.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

* INTRODUCTION, 5J

Telles étaient les autorités auxquelles se trouvait confié le soiû d'assurer la tranquillité publique dans Paris; telle était ia position des partis/ des hommes et des choses, au moment où s'ouvre' le drame immense et terrible que, pour l'édification de notre pays, nous avons entrepris de raconter.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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