‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 22 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

suivaient, dont une partie vêtus en gardes nationaux, criant sans cesse : « Vive Châteauvieux ! Pendez La Fayette et Bailly ! 1 »

4 . Lettre de Dupont de Nemours à Pétion. — Il faut lire dans l'Xfïsloire parlementaire rie iîudiez et Roux cette lettre si remarquable où l'on trouve cette belle définition du peuple :

a Vous dites, monsieur, que cette fête est donnée par le peuple. Qu'appelez-vous le peuple ? Avez-vous recréé par votre autorité les ordres que la Constitution a détruits pour jamais? V a-t-il en France un autre peuple que la collection des bons citoyens? A-t-il une autre manière d'exprimer sa volonté que par l'organe de ses représentants? Peut-il, dans un gouvernement représentatif, retenir l'autorité qu'il leur a confiée? Hors de l'Assemblée nationale, il n'y a que des individus qui n'ont le droit de s'exprimer que par des pétitions. Le peuple est souverain quand il élit ; il jouit de sa souveraineté quand -ses représentants décrètent. »

Il y eut cependant ries royalistes as?*??, insensés pour chercher dans cette courageuse philippique rie Dupont de Nemours le préteste de lui reprocher d'être, lui et ses amis, les auteurs indirects de tous les désordres de 4792, et cela parce qu'ils avaient approuvé la révolution de 1 789. Ainsi, lorsque les constitutionnels prenaient la défense de l'ordre et de la loi, ils se trouvaient en butte aux attaques et aux rancunes des écrivains qui se prétendaient les seuls et exclusifs amis du roi et de la royauté. C'est par de si ridicules et si intempestives récriminations que l'on perd les causes que l'on veut défendre.

Il faut.aussi lire à la suite de cette lettre de Dupont de Nemours la réponse que Pétion publia après l'événement {Histoire parlementaire, t. XIV, p. 90 à 102). Ce morceau donne une idée parfaite de ce personnage, qui s'encensait lui-même avec une fatuité ingénue, qui so déclarait à chacune de ses phrases un magistrat modèle, un administrateur habile , prévoyant et disert. On ne saurait trop étudier ce type de l'avocat de province, enivré de ses succès au présidial de Chartres, de ses triomphes dans les salons et dans les boudoirs de sa petite ville, et qui, transplanté tout d'un coup sur un plus grand théâtre, se croit destiné à jouer tout à la fois le rôle de Lauzun, de Sully et de Guise. Mais, ce qui peut le mieux donner une exacte idée

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

L'arrivée des Suisses à Paris détermina la municipalité à faire de nouvelles démarches auprès du département, qui ne lui avait point encore permis de publier son arrêté relatif à la fête. Pour vaincre les dernières résistances de l'autorité départementale, les meneurs adoptèrent la motion incidemment faite au club des Jacobins par Tallien, et reprise par Collot-d'Herbois. En fixant la date de la cérémonie au dimanche 15 avril, on déclara qu'elle aurait pour objet principal la liberté, et non plus les Suisses libérés des galères. D'autre part, afin de contre-balancer l'inlluence des protestations qui arrivaient de toutes parts, Pétion écrivit de nouveau au directoire « qu'il y aurait mille fois plus de danger k empêcher la fête qu'on préparait qu'a la laisser aller à son cours naturel et paisible. »

Le département céda de guerre lasse, mais en indiquant, point par point, pourquoi et comment il cédait. Dans son arrêté du 12 avril, il déclarait avoir communiqué à la municipalité les pétitions qui lui avaient été

de son incroyable outrecuidance, c'est le récit qu'il a laissé du retour deVarennes, l'une des pièces les plus curieuses que nos recherches nous aient fait rencontrer; nous la donnons à la fin de ce volume, note V. Le vaniteux et ridicule officier municipal insinue que cette sainte, que l'on appelait madame Elisabeth, a voulu le séduire et jouer avec lui le rôle de Circé ; il parle de cette femme si pure et si chaste en des termes que l'on croirait empruntés aux passages les plus erotiques de la Nouvelle Hiiloïsc.

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