‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 23 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

adressées et l'avoir avertie des craintes exprimées par un grand nombre de citoyens. Il rappelait que sur cet avertissement le maire et ses officiers municipaux lui avaient donné « des renseignements propres à satisfaire les bons citoyens, » lui avaient démontré que la fête, consacrée directement a la liberté, n'aurait point le caractère d'une solennité publique, « aucune autorité constituée, 'aucun corps de troupes, aucune partie de la force armée n'y devant assister collectivement; » que ces magistrats avaient promis, en outre, que « rien n'y blesserait ni la décence publique, ni la dignilé des citoyens d'une nation libre, ni le respect dû aux lois ; » et que le rassemblement auquel elle donnerait lieu serait paisible et sans armes. En conséquence, ledirectoire permettait l'affichage de la lettre du 11 et de l'arrêté du même jour qui lui avaient été envoyés par le maire ; îl chargeait la municipalité de Paris de continuer à veiller avec la plus grande attention à ce que, à l'occasion du rassemblement projeté pour le 15 de ce mois, il ne se passât rien qui pût blesser le respect dû aux lois, aux autorités constituées, à la dignité et à la sûreté des citoyens 4 .

Sans plus tarder, la municipalité envoya aux soixante bataillons et aux quarante-huit sections un arrêté signé Pétion, maire, et Dejoly, secrétaire-greffier, par lequel étaient réglées les mesures d'ordre nécessitées par la fête. « Le corps municipal, y était-il dit, instruit qu'un grand nombre de citoyens, satisfaits de posséder les soldats de

1 . Arrêté signé : La Rochefoucauld, président ; Blonde), secrétaire.— Cite in extenso dans l'Histoire parlementaire } t. XIV, p. 4 03-IÏO.

Châteaovieux dans les murs do Paris, doit se réunir dimanche prochain pour se livrer aux sentiments purs de la joie et de l'allégresse ; convaincu que nul signe de contrainte ne doit comprimer ces épanchements généreux ; persuadé qu'il est aussi sage que moral d'abandonner le peuple au sentiment de sa dignité ; considérant, ' en outre, que les amusements civiques qui se préparent ne sont commandés par aucune autorité constituée, et que les citoyens qui se rassemblent ne peuvent, suivant les lois, que le faire paisiblement et sans armes, — arrête:

— Art. 1 er . Aucun citoyen, s'il n'est de service, ne pourra, sans réquisition légale, paraître en armes dimanche prochain, 15 du présent mois; toute espèce d'armes est .comprise dans la présente prohibition.

— Art. 2. Les voitures, à .l'exception de celles destinées à l'approvisionnement et au nettoiement de Paris, ne pourront rouler le même jour, depuis dix heures du matin jusqu'à huit heures du soir 1 . »

Les journaux anarchistes en étaient donc arrivés à leurs fins ; ils devaient naturellement célébrer leur victoire par un redoublement de violence. Il s'agissait pour eux de servir aux passions populaires, fortement excitées par l'ardente polémique des dernières semaines, un breuvage d'une plus âcre saveur que de coutume. Ils ne s'en firent faute. Voici quelques-unes des pages que l'auteur du Père Duchesne consacra à célébrer le triomphe des Suisses de Ghâteauvieux. Par cette seule citation, on pourra juger a. quel paroxysme de fureur et de dévergon-

1. Arrêté cité p. 102-J04di) tome XIV de V Histoire parlementaire.

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