‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 28 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

« endossé leur ancien uniforme, et portaient le drapeau, les clefs et des pierres de la Bastille.

La marche était fermée par un char que traînaient vingt-quatre chevaux blancs et qui se terminait en

. forme de proue (toujours pour rappeler la galère). Une statue colossale de la Liberté y était assise sur une chaise curule. Devant elle, comme devant les idoles antiques, l'encens fumait. De la main droite elle montrait au peuple le bonnet rouge ; de l'autre, que tenait-elle? un bouquet d'épis de blé? l'épée de la loi ? non ; une massue 1 ! N'était-ce point assez significatif? Sous ses pieds, selon la coutume,' un joug était brisé. Au-dessus d'elle planait la Renommée annonçant au monde : La France est libre !

Le cortège s'arrêta au Champ-de-Mars ; la foule des spectateurs qui s'y était accumulée ne manqua pas d'exprimer, par de chaleureux applaudissements, combien sa curiosité s'estimait satisfaite. La Table de la déclaration fut posée sur l'autel de la Patrie ; auprès d'elle on rangea les divers drapeaux et emblèmes; le char delà Liberté fut traîné au son de la musique autour de l'autel. Enfin, l'ordre de la marche fut rompu, et les citoyens et ci-

1 toyennes exécutèrent les danses et les farandoles les plus patriotiques 2 .

\ . Journal universel.

2. Comparer les Relations du Journal universel. Au Patriote français, n° 981, et des Révolutions de Paris. ■

« Les danses joyeuses, dit M. Jlichelet, à l'occasion de celto fûto, participaient de l'ardeur des fîtes antiques où l'esclave, pour la première fois, s'enivraft de Ja liberté ; les frères embrassaient les frères et, selon l'humeur française, la fraternité pour les sœurs était encore

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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Marie-Joseph Chénier était l'auteur des devises, des inscriptions offertes aux regards delà foule; il avait versifié les chœurs patriotiques qui avaient été chantés aux diverses stations de cette procession d'un nouveau genre, destinée à inaugurer un nouveau culte , celui de la licence. Au même moment, son frère, André Chénier, vengeait la. loi outragée dans des ïambes où l'ironie la plus sanglante se mêle à la poésie la plus sublime. La l'été soi-disant patriotique ne dura que quelques heures, les ïambes sont restés immortels et vengeront amplement, dans les siècles futurs, la morale, la raison et la justice si indignement outragées ce jour-là par Collotd'Herbois et ses acolytes. Aux yeux des littérateurs et des poètes, ils rappellent les chefs-d'œuvre qu'Archiloque et Juvénal ont laissés à l'antiquité; aux yeux de l'historien, ils sont un admirable résumé de la situation que subissaient, en 1792, les vrais amis de la liberté. C'est le dernier cri de douleur d'une âme libre qui voit s'évanouir ses illusions, à la lueur de l'incendie allumé par l'égale fureur des deux partis extrêmes qu'elle s'est épuisée à combattre.

Hélas! pourquoi faut-il se rappeler que ces vers magnifiques coûtèrent la vie à leur auteur, et que les moto plus tendre. » Nous laissons à M. Michelei la responsabilité do cette dernière appréciation;

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