‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 29 sur 191 · livre i · texte numérisé non relu

livre i

clernes tyrans se vengèrent, comme les tyrans de l'antiquité, en envoyant à la mort le poète qui les avait bafoués!

Salut, divin triomphe! entre dans dos murailles,

Rends-nous ces guerriers illustrés Par le sang de Desille et par les funérailles

De tant de Français massacrés.

Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée :

Ni quand l'ombre de Mirabeau S'achemina jadis vers la voûte sacrée

Où la gloire donne un tombeau ; Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie

Rentrèrent aux murs de Paris , Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie

Prosternés devant ses écrits.

Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,

Et ce beau jour luira bientôt :

C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée 1 ,

Et La Fayette à l'échafaud.

Quelle rage à Coblentz, quel deuil pour tous ces princes ,

Qui, partout diffamant nos lois,

i. Il s'agit ici de Jourdan Coupe-lùte, "le chef des assassins de la glacière d|Avignon. Nous avons réuni à la fin de ce volume, noie VI J divers documents qui concernent ce- personnage fameux, que, non moins que ses crimes, ies vers de Chénier ont voué à une éternelle infamie. On y verra que Jourdan reçut son juste châtiment des mains mêmes de ceux qui avaient partagé ou imité ses crimes et qui trouvèrent mauvais que, plus tard, il fût devenu voleur et concussionnaire après avoir été assassin et bourreau. Celait, à ce qu'il parait, déroger aux yeux du tribunal révolutionnaire, qui s'empressa de condamner a mort cet ex-commandant de gendarmerie; car les démagogue; n'avaient pas rougi de confier à ce misérable d'aussi redoutables fonctions. Son brevet, que nous avons retrouvé, est du 9 février 1793.

Excitent contre nous et contre nos provinces

Et les esclaves et les rois !

Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie;

Que leur front doit être abattu , ■ Tandis que, parmi nous, quel orgueil, quelle joie,

Pour les amis de la vertu, Pour vous tous, ô mortels qui rougissez encore

Et qui savez baisser les yeux, De voir des échevins que la Râpée honore 1 ,

Asseoir sur un char radieux Ces héros que, jadis, sur un banc des galères

Assit un arrêt outrageant , Et qui n'ont égorgé que très-peu de nos frères

Et volé que très-peu d'argent !

Eh bien! que tardez-v.ous, harmonieux Orphécs?

Si , sur la tombe des Persans , Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées,

Il faut de plus nobles accents.

Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,

Vont s'élever sur nos autels.

Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre,

Hàtez-vous, rendez immortels Le grand Collot-d'Herbois , ses clients helvétiques , ■

Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne et le secours des piques;

Peuplez le ciel d'astres nouveaux.

0 vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclidc ,

C'est par vous que les blonds cheveux, Qui tombèrent du front d'une reine timide,

Sont tressés en célestes feux -,

1. L'un des jours qui avaient précédé la fête do Chateauvieux , Pétion avait dîné à la Râpée, avec des officiers municipaux seulement, disait-il ;* — avec les meneurs jacobins, affirmaient Dupont de.- Nemours et André Chénier.

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

LIVilE I.

Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes

Flotte eucor dans l'azur des.airs; Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,

Comme eux dominateurs des mers ; Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles,

Et que le nocher aux abois Invoque' en leur galère, ornement des étoiles,

Les Suisses de Collot d'Herbois.

La fête des Suisses de Châteauvieux avait prouvé à tous les amis de l'ordre et de la Constitution combien peu leur voix était écoutée, lorsqu'ils prêchaient le respect des lois, et combien était déjà, profond l'abîme creusé sous leurs pas par les Jacobins et leurs" séides : ils voulurent cependant essayer de ramener à eux cette versatile population parisienne qui, pensaient-ils, n'avait suivi leurs adversaires que par curiosité. Ils cherchèrent une occasion et la trouvèrent dans la célébration d'une fête funèbre en l'honneur de Simoneau, maire d'Étampes, mort victime de son dévouement à la loi.

Dans, les premiers mois de 1792, des troubles nés de la cherté des grains avaient éclaté dans plusieurs localités des environs de Paris. A Étampes, ils avaient été beaucoup plus graves que partout ailleurs. Le 3 mars, des hommes armés parcouraient dès le matin les villages environnants et, suivis d'une foule trompée par de faux bruits, envahissaient au son de la générale et du tocsin la place du Marché, demandant avec violence que le blé fût

taxé au-dessous du cours. Le maire, Jacques-Guillaume Simoneau, essaye eti vain de tenir tête à ces forcenés et de les ramener à l'ordre : ses paroles calmes et bienveillantes sont couvertes de huées; on ne lui répond que par un seul cri : « La taxe! la taxe! »

Après sept heures de pourparlers inutiles, Simoneau se décide à requérir la force armée, il revient sur la place accompagne de quatre-vingts soldats du 18° régiment de cavalerie.

— « Voulez-vous taxer le blé? s'écrie la populace.

— « Je ne le puis, réplique le magistrat, la loi ne m'y autorise pas. ».

Des fusils sont dirigés sur sa poitrine, par derrière on lui lance des coups de bâton. Il se retourne, les soldats de son escorte l'abandonnent.

« À moi, mes amis! » crie-t-il en vaiii; en vain saisit-il par la bride les chevaux de deux cavaliers : ceux-ci se dégagent de ses étreintes a coups de sabre et courent rejoindre leurs camarades. L'infortuné Simoneau tombe sous les bâtons ferrés, sous les balles des assassins.

Les principaux auteurs de l'émeute déchargent leurs fusils sur le cadavre inanimé de l'héroïque magistrat, défilent autour de lui, ou plutôt sur lui, et sortent d'Etampes, tambour battant, en criant: « Vive la nation * ! »

Dès que ce triste événement fut connu à Paris, les constitutionnels, et plus encore peut-être les Jacobins,

i. Moniteur du 9 mars 1792.

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