‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 35 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

collective des autorités communales qui, ce jour-là même, doivent venir la présenter à ta barre de l'Assemblée. Celle-ci refuse de retarder sa décision, etThuriot, voyant qu'il ne peut faire adopter sa motion primitive, la réduit à ceci : 1° la fête en l'honneur de Simoneau sera rendue générale pour tous les citoyens morts en défendant la loi ; 2' elle sera célébrée au nom de la nation française. Cette dernière partie de la motion de Thuriot ést seule appuyée; l'Assemblée décrète que la fête en l'honneur du maire d'Étampes deviendra une fête nationale et que son Comité d'instruction publique en dressera le programme au plus tôt.

Le comité ne perdit pas de temps. Dans la séance du 12 mai, Quatremère vint en son nom exposer avec beaucoup de netteté le caractère moral de la cérémonie projetée. •

« Le vif et profond sentiment avec lequel l'Assemblée nationale, dit-il, a accueilli la pétition des citoyens de Paris, a dû prouver que dans cette cérémonie civique elle voyait quelque chose de plus qu'une fête à diriger, et au delà même d'une réparation due à la mémoire d'un citoyen vertueux. Tous les amis de l'ordre ont ressenti le contre-coup de cet élan de l'Assemblée nationale ; et telle est, messieurs, la nature de votre position, la grandeur du pouvoir qu'une assemblée généreuse exerce sur tous les mouvements d'un vaste empire,;., que votre décret est un rappel à Tordre plus puissant, j'ose le dire, que les lois les plus menaçantes. Votre voix a retenti jusqu'au fond de tous les coeurs. Tous les bons citoyens vous ont entendus. Comprenant la haute importance qu'ont les

fêtes publiques dans une démocratie, et croyant que si les fêtes de la liberté sont utiles, celles de la loi ne le sont pas moins, le comité a pensé que la loi, dont la magistrature municipale est le plus respectable appui, ayant été si outrageusement violée par le meurtre d'un de ses agents, la loi devait seule partager le triomphe du malheureux maire d'Étampes 1 . »

Ces idées furent vivement applaudies par la majeure partie de l'Assemblée. Il était en effet impossible d'attaquer les principes au nom desquels Quatremère avait parlé. Mais depuis deux mois les Jacobins et leurs amis avaient bien changé de sentiment à l'égard du malheureux Simoneau ; ils ne se souciaient plus d'honorer ce martyr de la loi, depuis qu'on leur avait disputé le monopole de son culte. Nous les avons vus tout à l'heure cherchera s'attribuer la gloire qui s'attachait à la mémoire du courageux magistral, puis s'efforcer de rendre la fêle, proposée en son souvenir, commune à tous les citoyens morts depuis trois ans pour la défense de la loi. Nous allons les entendre discuter avec une incroyable mesquinerie sur ce que pourra coûter la cérémonie. Nous les verrons bientôt insulter le cercueil de l'homme dont ils avaient encensé la mémoire, et, peu de temps après, faire rendre des honneurs solennels a ses assassins.

Revenons à la séance du 12 mai, car nous ne sommes encore qu'au début de cette audacieuse palinodie.

Le décret présenté par Quatremère semblait devoir

i . La rapport de Quatremère se Irouve tou! entier dans la .louny.ii dzs ÙdOuts et Décrets, p. 2QG-Ï98, iv 22'J.

Page 1