LA FÊTE DE LA LIBERTÉ ET LA FÊTE DE LA LOI
La première tentative faite par les démagogues pour proclamer la souveraineté delà rue, inaugurer le règne de i'émeute et ébranler les derniers fondements du vieil édifice monarchique, fut très-habilement conduite.
La discipline de l'armée était déjà fortement ébranlée; mais, au moment extrême du danger, elle pouvait reprendre quelque force à la voix des chefs aimés et énergiques. C'était contre elle que devaient se diriger les premiers efforts des Jacobins. Pour réaliser le programme secret de- leur politique désorganisatrice, il fallait que l'alliance de la soldatesque et de la populace fût cimentée û la face du pays par une grande démonstration, que les pouvoirs constitués parussent y donner leur assentiment, que lanatiop toutentière eût l'air d'en être la complice ; i!
fallait habituer aux fêtes patriotiques et aux processions séditieuses les masses qui adorent tout ce qui est théâtral et emphatique, les y faire intervenir juste assez pour les mettre en goût d'émeute et d'agitation, et de manière cependant à ne pas trop effrayer les gens à courte vue qui ne croient au danger que lorsqu'il n'est plus temps de le conjurer.
On inventa donc, comme machine de guerre, la grande infortune des Suisses de ChSteauvieux, et l'on fit passer pour des héros quarante malheureux soldats, qui avaient été envoyés aux galères pour des faits patents de révolte, de meurtre et de pillage.
Afin de mettre nos lecteurs à même de juger si ces héros méritaient l'admiration publique, nous rappellerons en peu de mots leur histoire.
Sous l'ancien régime, les régiments français et étrangers se recrutaient à prix d'argent dans les tavernes et les bouges des grandes villes. Cet ignoble trafic se faisait non-seulement par des sous-officiers qui, pour arriver à leurs fins, employaient souvent la fraude et la violence, mais encore par les officiers eux-mêmes, qui ne pouvaient obtenir de congés de semestre que sous la condition de ramener au moins deux hommes de recrue avec eux. Les officiers avaient acheté leurs brevets à prix d'argent, et parfois, il faut le reconnaître, ils spéculaient sur la paye et les menues dépenses de leurs subordonnés. Dans une pareille organisation, quede motifs de récriminations, que de causes de conflits !
Le mouvement qui agitait tous les esprits en 1789 devait & v °ir et e »t» en effet, un contre-coup inévjlable.