LIVRE II
parlements. Les interpellations les plus violentes s'entrecroisent, le tumulte arrive à son comble, lorsque Guadet, qui a réussi à s'emparer de la tribune, s'écrie ; « Si un généra] peut nous dicter des lois, nous n'avons plus de Constitution : lorsque Cronnvell tenait un pareil langage, la liberté était perdue en Angleterre. Je demande que la lettre du général soit renvoyée à la commission des Douze. — M. de La Fayette ne demande que cela, » lui répond-on, à droite.
Le renvoi est ordonné à l'unanimité, et la commission «si chargée d'en rendre compte dans quatre jours a» plus lard, c'est-à-dire le vendredi 22 juip. Puis F Assemblée , qui un instant auparavant avait repoussé la proposition de Vergniaud, se donne à elle-même un démenti en votant la question préalable sur la proposition d'envoyer la lettre du général aux départements.
L'émotion des représentants se communiqua à l'instant dans Paris. Elle eut naturellement son retentissement le soir môme au club des Jacobins, qui, directement attaqué dans la .lettre du général, sentit que c'était entre eux un duel à mort qui commençait. Tous les coryphées du parti, Robespierre, Camille Desmoulins, Collotd'Herbois, Danton, Fabre d'Églantine, Chabot, Bazire, s'étaient donné rendez-vous dans ia salle de la rue Saint- Honoré pour dénoncer le nouveau Monk. « Il a levéle masque, s'écriaît-on de toutes parts; il faut l'appeler à la barre de l'Assemblée et l'envoyer y la haute cour d'Orléans. Ce n'était pas assez d'adresser à la Législature cette lettre insolente, où il lui intime l'ordre de nous disperser, il a mis le comble à ses forfaits en adressant au
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOIRE DR LA. TliltREUR.
roi 1 une autre lettre, dans laquelle il lui demande de persister dans le refus de sanction des décrets que vient d'adopter l'Assemblée. L'effet de ces encouragements, si on les laisse impunis, ne tardera pas à se faire sentir. »
L'événement vint réaliser les craintes des Jacobins ; dès Je lendemain 19, le ministre de la justice, Duranton, annonça officiellement à l'Assemblée nationale que le roi apposait son veto : 1° au décret du 27 mai, qui déterminait les cas et tes formes de la déportation des prêtres perturbateurs; 2° à celui du 8 juin, portant que la force armée sera augmentée de vingt mille hommes, qui se réuniraient près de Paris, le 14 juillet.
Les historiens, nos devanciers, ont cru, pour la plupart, que la journée du 20 juin avait été la réponse instantanée des masses populaires au refus du roi de sanctionner les deux, décrets et au renvoi des trois ministres girondins : c'est une erreur complète. La journée du 20 juin était préparée de longue main par les agitateurs des fau-
•t . Cctlc lettre de La Fayette au roi se trouve reproduite dans Y Histoire parlementaire, t. XV, p. 400-101. Le général y disait : « Persistez, Sire, fort do l'autorité que l'Assemblée nationale vous a déléguée, dans la généreuse résolution de défendre les principe» constitutionnels envers et contre tous. Vous trouverez les amis de la liberté, tous les bons Français rangés autour do votre trône, pour le défendre contre les complots des rebelles et les entreprises dos factieux. »