LIVRE II
donnés au pouvoir législatif ; mais était-ce à un général, placé à la tête d'une des années qui protégeaient la capitale à les émettre dans cette forme? et s'il croyait devoir les donner, quels moyens avait-il préparés pour les faire adopter? 11 faut le dire, toute la conduite du général La Fayette, dans cette circonstance, fut imprudemment chevaleresque ; elie n'eut d'autre résultat que de précipiter les événements, sans qu'on pût espérer un instant qu'elle les conjurerait. Dans les temps de crise on ne fait ni semonces ni menaces, on agit. Le manifeste du 16 juin eut des résultats aussi désastreux pour les constitutionnels que la déclaration de Pilnitzet le manifeste de Brunswick en eurent pour les royalistes.
Dans sa lettre, La Fayette accusait, devant l'Assemblée nationale, devant la France entière, les Jacobins d'être les auteurs de tous les désordres. Il représentait leur société comme un empire qui avait sa métropole et ses alliliations, comme une corporation distincte au milieu du peuple français dont elle usurpait les pouvoirs et subjuguait les représentants. D'autre part, il dénonçait le ministère qui venait de tomber, et spécialement Dumouriez et Servan : « Dumouriez, le moins excusable d'entre eux, qui semblait vouloir, eu sacrifiant trois de ses collègues, cimenter dans le conseil du roi son équivoque et scandaleuse existence ; Servan, dont la correspondance, digue produit du club qui l'inspirait, ne présentait que faux calculs, promesses vaines, renseignements trompeurs ou frivoles, conseils perfides et contradictoires 1 . »
i. Cette lettre se trouve dans le Moniteur A& 4702, p. 742; e'ie a i 9
Les applaudissement avaient interrompu plusieurs fois la lecture de cette lettre. L'impression est aussitôt ordonnée à une grande majorité 1 ; bien plus on demande l'envoi aux quatre-vingt-trois déparlements. C'était approuver d'une manière éclatante, absolue, et les opinions et la conduite du général. Vergniaud s'élance a h tribune : n Lorsqu'un simple citoyen, dit-il, vous adresse «ne pétition et vous office un conseil , vous devez l'entendre; mais lorsqu'un général d'armée veut vous donna" des avis, il ne peut Je faire que par l'organe des ministres; s'il en était autrement, ce serait fait de la ïiberté. Que sont les conseils d'un chef d'année, sinon des ordres? Les intentions du général La Fayette peuvent être pures, mais il faut obéir aux principes, et ce serait les violer que *Ie sembler approuver la conduite du général en envoyant officiellement sa lettre aux quatre-vingttrois départements. 3e demande l'ordre du jour. » La proposition de Vergniaud est mise aux voix et n'est pas adoptée. La gauche redouble alors ses cris, ses interpellations, prétend que la lettre du général :La Fayette ne doit pas émaner de lui, puisqu'il y parle, à la date du 16' juin, d'événements qu'il ne pouvait pas connaître encore; que si elle est revêtue de sa signature, c'est que cette signature a été donnée en blanc sur une lettre fabriquée à Paris. Mais toutes ces objections dilatoires n'empêchent pas la droiteïl'insister pour l'envoi aux dé-
clc reproduite dans V Histoire parlementaire do Bucliez et Roux, t. XV, p. 67-74.
\ . Cet accueil favorable est constaté par l<s Moniteur comme par le Jownal des Débats et Décrets.