‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. premierChapitre 67 sur 191 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

semble l'approuver, mais ne veut pas y répondre sans l'avis du directoire, qu'il' convoque immédiatement. Vigtier ne veut pas attendre et retourne à la mairie auprès de Pétion. Celui-ci, persuadé que le directoire ne peut faire autrement que de se rendre aux. très- bonnes raisons, suivant lui, exposées dans sa lettre, va se coucher et se contente d'expédier aux membres du corps municipal, ou au moins à ceux sur l'assentiment desréunir en armes à ce cortège, a cru devoir réunir les commandants de bataillon pour avoir d'eux des explications claires et précises.

« Ils s'accordent à dire que les citoyens leur paraissent dans les intentions les plus pacifiques, mais qu'ils tiennent avec la plus grande opiniâtreté à aller en armes. Ils s'appuient de ce qu'ils y ont été jusqu'ici et de ce que l'Assemblée nationale les a bien reçus" Ils témoignent des défiances et des craintes de marcher sans armes. Nous avons fortement insisté, particulièrement auprès du commandant du bataillon du faubourg Saint-Marcel et d'un des commandants du faubourg Saint-Antoine. Ils nous ont répondu qu'il leur paraissait impossible de' vaincre les esprits à cet égard.

a Cette position, ainsi que vous le voyez, messieurs, est très-délicate; il ne s'agit pas de quelques individus, mais d'un nombre considérable; ne pour'rail-on prendre un parti tout à la fois prudent et qui se concilie avec la loi?

« Toutes les armes pourraient se ranger autour de la garde nationale et sous l'autorité de ses chefs. Si les magistrats autorisent légalement les commandants de bataillon à marcher en armes, alors tout rentrerait dans la règle, et les armes fraterniseraient ensemble. Nous n'entendons pas parler que les pétitionnaires puissent se présenter en armes à la barre de l'Assemblée ou chez le roi; ils paraissent convaincus, dès ce moment même, qu'ils ne le doivent pas.

« Nous soumettons ces réflexions à votre prudence. Nous vous prions de nous faire connaître promplement si vous les approuvez. « Les maire et administrateurs de police,

« Signé : Pétion, Sergent, Panis, Vigner, Perron, »

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

1i>0 HISTOIHE DE LA ï ERREUR.

quels il croit pouvoir compter, une lettre de convocation pour le lendemain matin.

Pendant que le maire de Paris sommeillait , les membres du directoire du département avaient répondu à l'appel de Rœderer, et la discussion la plus vive- s'était engagée sur la proposition municipale.

Il fut unanimement reconnu que l'on ne devait pas recevoir dans les rangs de la garde nationale des hommes pour la plupart inconnus, sans aveu, déjà en état de rébellion ouverte, munis de toutes sortes d'armes, qui ne pouvaient que semer le désordre au milieu de la force armée, et, en cas de sédition, la mettre dans l'impossibilité d'agir 1 .

En conséquence il fut décidé qu'il serait sur-le-champ fait à la municipalité la réponse suivante :

a Paris, ce 20 juin 4794, cinq heures du matin.

• « Nous avons reçu, messieurs, votre lettre de cette nuit; nous, ne croyons pas pouvoir en aucune circonstance composer avec la loi que nous avons fait le serment de faire exécuter; elle nous trace nos devoirs d'une manière impérieuse. Nous croyons devoir persister dans notre arrêté d'hier. .u

1 . Ce sont les expressions mêmes de l'arrêté du directoire, en dato du (i juillet, qui suspend Pélion de ses fonctions de maire.

Précisément au moment où celte lettre était écrite, le maire s'éveillait. Inquiet de n'avoir pas encore reçu de réponse du département , il chargeait l'un des administrateurs de police, Sergent, de porter un billet ainsi conçu :

« La mesure indiquée est la seule praticable, surtout dans des circonstances où les citoyens n'ont pas eu le temps d'être prévenus et sont peut-être déjà sur pied à se préparer.

a Cinq heures du matin. »

Sergent eut beau répéter au directoire assemblées raisonnements que Vigner avait déjà faits à Rœderer, les magistrats départementaux s'élevèrent avec vivacité contre toute légalisation d'une illégalité 1 . La réponse fut expédiée, mais avec ce posUscriptum nécessité par l'arrivée de la nouvelle lettre de Pétion :

« P.-S. Nous recevons à l'instant votre lettre de cinq heures. Nous ne jugeons pas qu'elle doive nous faire changer de disposition 2 . »

Le département écrivait en même temps au commandant général de la garde nationale qu'il eût à remplir son devoir conformément à l'arrêté de la veille, même à faire battre la générale si le danger devenait pressant; et au ministre de l'intérieur, pour lui feire part des pro-

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