LIVRE I
mourir. Mais bientôt il revient, se jette à genoux entra ceux qui vont combattre, supplie les soldats révoltés d'obéir à la loi; tout à coup le canon tonne, la fusillade retentit, et l'héroïque officier tombe avec trente- cinq gardes nationaux de Metz et de Toul. Les troupes de Bouillé se précipitent sur les défenseurs de la porte, pénètrent dans la ville et sont accueillis par des coups de fusil qui partent des toits, des fenêtres et des caves; car aux Suisses de Chàteauvieux s'étaient joints un grand nombre d'émeutiers et quelques soldats des autres régiments. Cependant, après une très-vive résistance, force reste à la loi ; mais, dans l'armée de Bouillé, quarante officiers et quatre cents soldats avaient été tués ou blessés. Les insurgés avaient faït des pertes encore plus considérables; les rues de Nancy étaient inondées de sang.
Un conseil de guerre est immédiatement formé pour juger les rebelles : conformément aux capitulations suisses, il était composé entièrement d'officiers et de soldats de leur nation- Neuf soldats sont condamnés à mort, quarante à trente ans de galères. L'exécution des premiers eut lieu dans les vingt-quatre heures, les seconds furent dirigés sur le bagne de Brest. La punition fut sévère peut-être, mais ceux qui l'avaient attirée sur leurs têtes n'étaient certes pas des innocents, ils étaient encore moins des héros 1 .
1. Lo rapport fait par Mailho, lo 22 décembre 1791, à l'Assemblée législative, dix-huit mois après les événements de Nancy, reconnaît quc|es Suisses lie Château vieux étaient rebelles à la loi, qu'ils étaient coupables, mais qu'ils avaient été entraînés, et conclut u ce que l'Assemblée Solicite |ou,r §rùce auprès des. officiers des régiments, de,
Des fêtes funèbres en l'honneur des gardes nationaux et des soldats qui avaient péri à Nancy pour le maintien' de l'ordre et l'exécution des lois furent célébrées dans toute la France. Celle de Paris eut lieu le 20 septembre 4790,. au Champ-de-Mars, et la garde nationale porta le deuil pendant huit jours.
Le lendemain de l'acceptation de la Constitution par le roi (ili septembre 1791) , une amnistie générale avait été accordée pour tous les faits relatifs à la révolution. La question s'éleva de savoir si les Suisses de Châteauvieux étaient ou non compris dans cette amnistie. D'une part, on alléguait que ces soldats avaient été condamnés comme rebelles à la discipline française et qu'ils subissaient leur peine sur le territoire français. D'autre part, on répondait qu'ils avaient été condamnés en vertu d'une capitulation étrangère par des juges étrangers, et que les cantons suisses pouvaient seuls prononcer sur leur sort. Or, les Cantons, par l'organe du grand conseil, deman-
Castella et de Vigier qui les avaient condamnés {Moniteur de 1 79*1 » p. "1S05). Mailhe ne peut être suspect en cette occasion , puisqu'il était memore de la société des Jacobins, siégeait à l'extrême gauche de l'Assemblée législative et fut plus tard conventionnel et régicide.
Le langage des démagogues avait changé complètement. En décembre 4794, les Suisses do Cliàleauvieux étaient des coupables égarés; en mars 1792 ils étaient des héros et des martyrs. Mais, lo lendemain de leur triomphe, ou ne s'occupa plus d'eux. La comédie était jouée I