Journal des Débats et Décrets
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
que le rassemblement avait envahi les abords du manège et que l'Assemblée délibérait avec une fiévreuse anxiété sur la conduite à tenir dans ces graves circonstances.
Retenue au bas de l'escalier qui conduisait à la salle des séances, la foule n'avait pas cessé de s'accroilre. Il lui était impossible de reculer, ceux qui arrivaient poussant toujours ceux qui étaient arrêtés. Par bonheur, il y avait, non loin de la cour des Feuillants, un assez vaste jardin dépendant d'un ancien couvent de capucins ; il servit un instant de déversoir; mais dès qu'il fut rempli, ceux qui y avaient cherché un refuge s'y trouvèrentbloqués^ c'étaient principalement les gardes nationaux et les sans-culotles qui avaient amené le peuplier destiné à orner la terrasse des Feuillants. Ne sachant que faire jusqu'au défilé, ils plantèrent l'arbre de la liberté et fêtèrent le Serment du Jeu de Paume dans le potager des capucins 1 .
Cependant le danger d'être- étouffé devenait de plus en plus imminent pour les premiers pétitionnaires, qui sentaient monter derrière eux la marée populaire. Placés à la tête du rassemblement, au pied de l'escalier qui conduisait a. la salle des séances, Santerre, Saint-Huruge, Alexandre et les autres chefs ne pouvaient rien empêcher, rien diriger. Pendant ce temps, des masses d'hommes, de femmes, d'enfants, armés et sans armes, se pressaient dans l'étroite cour du manège, contre le mur par lequel elle était séparée de la terrasse des Feuillants. Une porte avait été pratiquée dans ce mur pour le service de l'Assemblée; mais elle avait été fermée dès le matin et se