‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 1 sur 236 · Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrième · texte numérisé non relu

Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrième

Au lendemain des journées de septembre, Paris présentait tous les symptômes d'une complète désorganisation sociale.

Avez-vous assisté à un phénomène singulier, qui se produit parfois dans certaines Tilles du Nord? Tout à coup, au milieu du jour, une brume épaisse les envahit et les plonge dans une obscurité profonde. Toute activité, toute vie s'arrête instantanément. Vous êtes pris au dépourvu, vous comprenez que vous ne pouvez plus compter sur les secours que la civilisation accumule autour de vous dans les temps ordinaires. En vain

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2 HISTOIRE Dli LA TERMÏUR.

vous appelleriez à votre aide voisins, amis, parents : les ténèbres interceptent le son et la lumière; on ne voit plus, on n'entend plus. Vous sentez vos forces paralysées par une frayeur insurmontable, vous n'osez faire un pas ni en avant ni en arrière; car vous ignorez le danger que vous pouvez rencontrer, vous vous sentez incapable de le prévenir ou de l'éviter. Accoutumés ii vivre dans l'obscurité des nuits, les malfaiteurs profitent de la circonstance pour exercer leur métier avec pins de sécurité; ils dévalisent les passants, forcent les maisons et font main basse sur tout ce qui est à leur convenance.

La lumière du soleil éclairait la capitale de la France, mais ses habitants étaient moralement plongés dans d'épaisses ténèbres; tous les liens sociaux étaient détendus; les idées dujusteetde l'injuste flottaient, confuses et indécises, dans les consciences obscurcies. On ne savait auprès de quelle autorité chercher aide et assistance; on était livré à ses seuls instincts, on ne pensait qu'à sa sûreté personnelle; nul n'était assuré, même pour un instant, de sa propriété, de sa liberté, de sa vie. Le crime, sous toutes les formes, régnait en maître absolu dans la métropole des arts et de la civilisation. Paris se sentait retomber à l'état sauvage 4.

Les assassins qui avaient travaillé dans les prisons, leurs amis et complices qui étaient accourus des villes environnantes, les voleurs qui ne tuent pas, mais qui épient les tueries comme les corbeaux épient les batailles,

1. C'est l'expression dont se sert H. MicheIet,.//îS(o»*e de la Révolution, tome IV, p. 219.

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