LIVRE XVII
peut être évalué à 1,600,000 livres; et les billets encore en circulation à 3,000,000.
Ceci exposé, l'orateur croit devoir prendre la défense du corps municipal dont il fait partie, et renvoyer à la Commune insurrectionnelle toutes les accusations qu'elle a portées contre les administrateurs qui, depuis 1791, sont à la tête des principaux services de la ville de Paris. « Le corps municipal a été dénoncé par le conseil général comme coupable d'imprévoyance, d'impéritie et même d'incivisme, dit-il. Vous ne confondrez pas les amis de la liberté avec des intrigants qui, depuis que les dangers sont passés, sont venus s'asseoir à côté de nous, pour partager la gloire d'avoir sauvé la patrie et pour y chercher des bénéfices que plusieurs y ont trouvés. Nous avons toujours été avec Pétion; nous méritons d'être comptés parmi les hommes du 10 août, mais nous laissons à ceux qui sont venus depuis, l'honneur de la journée du 2 septembre. Bientôt, à la fin de notre carrière, nous déposerons l'écharpe municipale*, si quelques gouttes de sang s'y trouvent, ce ne sera que celui des fonctionnaires qui la portent. »
La Convention avait naturellement écouté Biderroann avec plus de faveur qu'Hébert; elle savait maintenant à quoi s'en tenir sur l'effroyable anarchie qui régnait à l'Hôtel de ville. C'était à elle d'aviser; elle n'avisa pas et se contenta de renvoyer à. son comité des finances l'exposé des administrateurs parisiens, comme elle l'avait fait pour l'adresse du conseil général. Ainsi, sans oser se prononcer, elle demandait à ses commissions rapport sur rapport, aux ministres exposé sur exposé; elle fulminait
menaces sur menaces, rendait décrets sur décrets, mais elle n'aboutissait à rien et s'épuisait en efforts impuissants.
Il fallait bien cependant en finir avec cette question des billets patriotiques; ils s'étaient répandus dans les déparlements avoisinant Paris par suite de l'immense commerce d'approvisionnement que ces départements font avec la capitale1; il y avait eu aussi des caisses établies dans certaines localités. Le 2 novembre, Carubon fit son rapport sur l'ensemble de l'affaire. Le déficit des différentes caisses de Paris était définitivement évalué à cinq millions, déduction faite de l'actif et des sommes à recouvrer sur les particuliers dont la responsabilité pouvait être engagée. Qui devait payer ce déficit? L'État ou les communes? Le rapport du comité des finances posait en principe que, dans aucun cas, ce déficit ne pouvait former une dette à la charge de la nation, mais qu'il était du devoir de la Convention de prendre des mesures pour que « la portion du peuple" la moins fortunée ne fût pas victime de l'insolvabilité ou des manœuvres coupables des personnes qui les avaient émis. » Le soin de pourvoir à la liquidation de chaque caisse devait être laissé à la charge de la Commune sur le territoire de laquelle elle avait été établie. Seulement, pour les caisses de la capitale, Cambon proposait de décider que le département
*. Voir au Moniteur, n" 308, au commencement de la séance du 2 novembre, la réclamation des administrateurs du département de Seine-et-Marne qui viennent se plaindre du discrédit dans lequel sont tombés les billets de confiance.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France