‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 151 sur 236 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

reprochent à Robespierre d'avoir demandé huit jours pour répondre, et à Danton de n'avoir ouvert la bouche que « pour désavouer lâchement son agent subalterne, Marat1. »

La population de Paris était elle-même très-divisée ; on entendait à chaque instant retentir des cris de mort, ici contre Louvet, là contre Marat.

Le jardin du Palais-Royal, les Tuileries, étaient tous les soirs remplis de rassemblements tumultueux. C'est au milieu de cette agitation (30 octobre) que s'ouvre la discussion du projet présenté par Buzot, au nom de la commission des Neuf, contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat. Elle s'entame par deux discours, l'un de Baifleul (de la Seine- Inférieure) , qui trouve le projet trop indulgent, l'autre de Lepelletier Saint-Fargeau , qui demande que l'on n'apporte aucune restriction à la liberté de la presse. L'ex.-conslituant rappelle la discussion qui a eu lieu deux ans auparavant sur le même sujet <lans le sein de la première Assemblée nationale. Ce souvenir agit puissamment sur tous les assistants. L'Assemblée républicaine déploiera-t-elle contre la presse des sévérités devant lesquelles ont reculé jadis les constitutionnels. Danton décide la question en s'écriant de sa voix de stentor : « La liberté de la presse ou la mort! » On réclame de tous côtés l'ajournement du projet; personne, pas même le rapporteur ne s'y oppose, et la commission des Neuf, dont la création avait été pour la Gironde, un mois auparavant, un triomphe éclatant, voit

I. licooliitiom de Paris, n° 173, du XI octobre au 4 novembre,

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ainsi la deuxième partie de son oeuvre subir un échec pareil à celui qui avait frappé la première. Un élan d'indignation avait fait instituer cette commission ; un sentiment d'invincible découragement fît abandonner les projets qu'elle avait préparés, aussi bien ceux destinés à punir les provocateurs au meurtre que ceux destinés ù former la garde départementale.

Par ces revirements soudains, l'Assemblée croyait peut-être apaiser les ressentiments et inaugurer le règne de la conciliation. Elle ne faisait que enhardir les démagogues et leur apprendre une fois de plus, qu'en osant tout, ils pourraient tout obtenir de ses irrésolutions, ou du moins tout arracher à sa faiblesse.

Au moment même où la Convention se refusait à sévir contre les provocateurs au meurtre, celui qui eût été le premier frappé par la loi proposée, abuse, suivant son babitude, et de la liberté de la tribune et de la liberté de la presse.

Dans son Journal de ht République, Marat dénonce chaque jour « la clique hypocrite et barbare de la Gironde et des Bouches-du-Rhône, le pédant Buzot, le formaliste Lacroix, l'irascible Guadel, le perfide Brissot, le trouble Gensonné, le tartufe Roland, le frère Coupechoux Gorsas et Michel Morin Barbaroux. » A la tribune, il accuse Roland de renouveler les lettres de cachet de l'ancien régime, et. comme on lui reproche

d'avoir dît qu'il fallait, pour avoir la tranquillité, faire tomber deux cent soixante-dix mille têtes, il réplique impudemment: « Eli bien, oui! c'est mon opinion. »

En entendant une pareille profession de foi, l'Assemblée tout entière se soulève d'horreur. Mais Marat ne fait pas attention à ces manifestations, auxquelles il est habitué. « Oui, je le répète, s'écrie-t-il, tant que la République ne sera pas débarrassée de ses oppresseurs , tant que vous ne les aurez pas envoyés tous à l'échafaud, vous ne serez pas tranquilles. Telle est la confession de mon cœur. Et maintenant, lancez, si vous le voulez, un décret contre moi ! »

Barbaroux l'accuse d'avoir cherché à embaucher les fédérés arrivés récemment de Marseille et de les avoir excités à se mutiner contre leurs chefs. Marat tourne la chose en plaisanterie et déclare qu'il est absurde de convertir en démarches d'Etat des honnêtetés patriotiques. <( Ce n'est pas un crime, dit-il, d'offrir à déjeuner à de braves sans-culottes. »

L'Assemblée, qui ne peut prendre longtemps au sérieux le Triboulet de la démagogie, se met à rire et renvoie au comité de sûreté générale les nouvelles accusations portées contre Yami du peuple. Mais le comité était divisé d'opinion; la majorité y était vacillante et incertaine. Toutes les pièces incriminant Marat et ses acolytes s'accumulaient dans ses cartons, et l'on remettait toujours au lendemain la rédaction d'un rapport.

Depuis que les fédérés marseillais avaient repoussé les avances de Marat, la Commune s'ïnquiétaît de leur présence à Paris. Craignant qu'ils ne deviennent le noyau iv 24

de l'armée de l'ordre, elle adresse ses doléances au ministre de la guerre1. Pache lui répond « qu'il n'a appelé aucune force à Paris et qu'il ne connaît point de cause qui en rende le séjour nécessaire dans la capitale; » il promet de donner promptement aux fédérés l'ordre de rejoindre les armées. Sa lettre est aussitôt imprimée, affichée; invitation est faite aux sections de faire le recensement des volontaires des départements qui se trouvent dans leurs circonscriptions, de prendre des renseignements sur les motifs de leur arrivée, sur leurs moyens d'existence, et enfin d'envoyer des délégués à l'Hôtel de ville pour collationner les procèsverbaux et présenter au pouvoir exécutif l'état des citoyens dont il peut disposer2. Une fois rassemblés, les commissaires des sections s'empressent, suivant leur habitude, de rédiger une adresse, que leurs délégués apportent à la Convention le h novembre.

C'était un dimanche, jour consacré aux pétitionnaires. Les délégués des sections se trouvent devancés par ceux des fédérés eux-mêmes; ceux-ci venaient se plaindre des insultes et des menaces qu'à leur arrivée ils avaient eues à subir, « non de leurs frères de Paris, mais des agitateurs. On dit, s'écrie leur orateur, que nous voulons emmener la Convention hors de Paris; ce sont bien plutôt nos accusateurs qui veulent expulser l'Assemblée nationale, renouveler les scènes du 2 sep-

1. Voir dans le Moniteur, n« 303, 307, 308, lesdémarches de la Commune auprès du déparlement de Paris et du ministère de la guerre.

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