‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 166 sur 236 · LIVRE xvnr · texte numérisé non relu

LIVRE xvnr

Le travail de Bazire étaif en contradiction manifeste avec tous les rapports qui avaient été faits précédemment sur l'état de Paris par le même comité. On y parlait des injustes préventions suggérées contre la capitale aux départements; on y flétrissait le système de diffamation organisé par les calomniateurs du peuple, auteur du 10 août. Enfin on y donnait une explication apologétique des massacres de septembre considérés, nous nous servons des propres expressions du rapporteur, comme la queue de tous les plans de la cour. Bazire y poussait, eu effet, l'impudence jusqu'à prétendre que c'étaient « les royalistes échappés aux visites domiciliaires et incapables Je quitter Paris à cause de la fermeture des barrières qui, sous le masque du patriotisme, avaient fomenté tous les germes de troubles et, dans l'espoir du pillage, suscité des désordres affreux. »

Quels faits le soi-disant rapporteur citait-il à l'appui de son dire? — « Au moment où l'on apprend que l'on se porte aux prisons, quelques domestiques d'une

tu Société lequel parut le S au malin, et le rapport lu à la Convention dans la séance du 6 et qui se trouve au Moniteur* n° 313, et dans le Journal des Débats et Décrets, n0 48. Le fond est le morne, des passages toul entiers sont identiques. Bien plus, dans la pièce donnée par le Moniteur, on trouve la preuve évidente qu'elle avjiit été écrite pour être présentée sous la forme d'une opinion individuelle. Bazire s'y sert à plusieurs reprises des locutions suivantes : « Je suis certain , je ne crains pus d'affirmer. » Le prétendu organe du comité île surveillance n'avait pas eu le temps de revoir à Tond son travail et d'effacer ces mois, qui ne trahissent que trop bien de quelle manière subreptice ce tissu d'absurdités et de mensongos était devenu un document officiel.

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femme de la cour, madame de Lamballe1, prennenl le costume de ceux que l'on désigne sous le nom do sans-culottes; ils s'arment de piques et de tranchants, se rendent au lieu de l'attroupement, égorgent de leurs mains plusieurs prisonniers avec des démonstrations exagérées d'une fureur et d'une atrocité qui n'ont poinl d'exemple dans la nature, afin d'acquérir un grand crédit dans celte foule homicide et d'en profiler pour sauver la vie à leur maîtresse. Tant de crimes se trouvent cependant commis en pure perte. Leur projet échoue; il se l'ait, dans les lieux où on était parvenu à cacher cette malheureuse femme, une incursion subite, inattendue, de meurtriers inconnus : elle tombe entre des mains cruelles et périt d'une manière que ma plume se refuse ù décrire. Je suis certain que les amis et les domestiques de plusieurs autres détenus ont également fait jouer les ressorts d'une politique plus ou moins dangereuse qui rompaient toutes les mesures des hommes de bien, et qu'ainsi les aristocrates, frappés d'aveuglement en ce désordre extrême, se détruisaient réciproquement au milieu des misérables forcenés que leurs criminels projets avaient attirés à Paris. C'est ici le lieu d'observer que le massacre des prisonniers d'Orléans fut fait en grande partie par des hommes attachés au service de la reine, que l'on a reconnus à la .tête de l'attroupement de Versailles. Cela donne à tout homme judicieux le secret

1. Le nom de H""' de Lamballc se trouve dans le discours de Baxire lu le 4 aux Jacobins; il ne se trouve ni dans le compte rendu du Moniteur, ni dans celui du Journal des Débats et Décrets.

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de brigandages et d'événements malheureux faussement imputés aux Parisiens, qui les supportaient avec courage et qui sont enfin parvenus à y mettre un terme. — La France entière, ajoutait Bazire, doit applaudir au zèle toujours soutenu des Parisiens, vertueux défenseurs de la liberté, au lieu de les considérer comme responsables de ces désordres artificiels, dont on les accuse. Du reste, aujourd'hui, les Parisiens sont tranquilles et s'exercent îi la patience... Tout nous promet des jours calmes et sereins. Que la Convention fasse connaître à J<t France entière la juste confiance qu'elle a dans le peuple de Paris; c'est là tout le secret de la tranquillité publique. »

En écoulant les élucubrations montagnardes qui lui étaient présentées au nom du comité de sûreté générale, en entendant lire les conclusions du rapporteur, absolument contraires a toutes celles que le comité lui avait présentées précédemment, la Convention reste muette de stupéfaction. Les applaudissements des tribunes la réveillent de sa torpeur. Aux cris de l'extrême gauche demandant que le rapport de Bazire soit imprimé et envoyé aux départements, la droite et le centre répondent par de violents murmures. L'un des membres du comité, Couppé (des Côtes-du-Nord) , exprime la plus vive indignation de ce que le prétendu rapport n'ait point été communiqué et discuté dans une séance régulière. Si, «joutent d'autres députés, c'est l'opinion de la majorité du comité qui vient d'être exprimée, il faut qu'on le renouvelle immédiatement.

Jean Bon Saint-André commence un long discours à l'appui du rapport de Bazire; il débite une série de lieux

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HISTOIRE DE LA TJÎHREUlt.

communs sur l'honneur de la Conveution, sur la gloire de la République, sur la bonté du peuple, sa loyauté, son respect de la loi et de la représentation nationale. Mais bientôt, se laissant emporter par sa fougue méridionale, il se livre aux plus acrimonieuses récriminations contre ceux mêmes auxquels il prêche la concorde et l'union patriotique. — « Quel spectacle avez-vous donné jusqu'ici à vos commettants, s'écrie-t-il? Voilà six semaines que celte Convention est assemblée; qu'elle s'interroge; qu'at-elle fait pour le salut public? » — « À l'ordre! à l'ordre! » interrompt la droite; les tribunes furieuses se déchaînent contre les interrupteurs; le président Hérault- Séchelles est obligé de rappeler les citoyens au respect qu'ils doivent à la représentation nationale. « On affecte, dit Saint-André, achevant le développement de son opinion, on affecte de nous parler sans cesse de périls imaginaires, on nous demande des lois de l igueur, des gardes de sûreté. Un représentant du peuple ne doit connaître d'autre danger que celui de ne pas faire son devoir. Le rapport de Bazirc dissipera les erreurs répandues dans les départements sur l'esprit du peuple de Paris. Il détruira les germes de trouble, d'inquiétude, que la proposition d'une garde départementale a jetés dans tout le pays. »

« Je veux aussi, moi, réplique Buzot, voir renaître en nous la confiance et la paix; mais je n'ai jamais pu croire qu'entre les vertus et le vice il puisse y avoir un accord; qu'entre les hommes du 10 août et les assassins du 2 septembre, il puisse y avoir amitié. » A ces mots, plusieurs montagnards se lèvent et s'écrient : « Nous regardez-vous donc comme des hommes du 2 septembre? »

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Buzot dédaigne de leur répondre et réclame toute l'énergie du président pour lui maintenir la parole- « Ce n'est point, répond-il, sur une aire mobile et imprégnée de sang que l'on peut fonder la République. Oui, je partage l'avis de Jean Bon Saint-André; le législateur doit être inaccessible à toute crainte. Quant à moi, j'ai fait mes preuves; je n'apporte pas à la tribune quelques misérables intérêts personnels; je ne me suis pas plus enrichi par les massacres de septembre que par l'argent de la liste civile. » — Les murmures de la Montagne redoublent, mais Buzot n'y répond qu'en attaquant ses adversaires par l'endroit le plus sensible :

« Le préopinant vous a dit qu'il fallait a jamais éloigner les dénonciations de cette enceinte; c'est donc pour les porter aux Jacobins, où l'accusé ne peut point paraître!... Dans tout État républicain, c'est un des droits les plus précieux de l'homme libre que de pouvoir dénoncer l'homme coupable... Dans les révolutions, les hommes et les choses se confondent... Il est impossible de dénoncer les intrigues sans dénoncer les intrigants. Il faut que des hommes courageux s'élèvent en dénonciateurs à cette tribune contre les factieux qui voudraient souiller encore notre révolution. Quel étrange rapport que celui qui vient de nous être lu ! Pas un fait; rien que des phrases artistement arrangées les unes après les autres. Je m'oppose à l'impression de ce qu'on appelle un rapport du comité de surveillance. Cette impression ne servirait qu'à proclamer un mensonge, car il n'est pas vrai que la tranquillité règne ici. Si la majorité des Parisiens désire qu'elle renaisse, qu'ils se rallient à la seule représentation natio-

nale, que la Convention s'environne de la force qui con-î vient à une assemblée délibérante... »

A ces mots, l'orateur est de nouveau vivement interrompu par les montagnards : « Dites, s'écrient-ils, la force de l'opinion et non celle des baïonnettes ! »

« De la force qui convient à une grande Assemblée, reprend Buzot, de cette force qui s'appuie sur l'opinion, lorsque cette opinion peut être consultée avec sagesse et maturité, lorsque la cité est paisible et rassurée. Eh bien ! que chacun consulte sa conscience, qu'il consulte ses souvenirs d'hier, ses souvenirs d'avant-bïer, et qu'il me dise si Paris est bien tranquille, s'il répond de sa tranquillité future! »

Lasource, qui succède à Buzot, qualifie avec plus d'énergie encore le travail de Bazire. « Ce rapport, dit-il, est un tissu de mensonges et de contradictions; il calomnie la majorité de la Convention et le peuple de Paris. On nous y représente comme voulant dénigrer les Parisiens dans l'esprit des départements, parce que nous ne cessons de nous élever contre les massacres du 2 septembre. Nous avons constamment soutenu, et moi tout le premier, que ces massacres n'étaient point l'ouvrage du peuple de Paris, mais celui de quelques scélérats soudoyés. Le rapporteur lui-même a été forcé d'en convenir. Les calomniateurs de Paris ne sont point ceux qui réprouvent les attentats dont il n'est point coupable, mais bien ceux qui veulent lui attribuer des horreurs qu'il n'a pas commises. » Puis, se tournant vers la Montagne qui ne cesse de murmurer, il s'écrie : « Oui, c'est vous, vous seuls qui dénigrez Paris en vous obstinant à confondre la

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