LIVRE XVUT
animés d'un tout autre esprit que ceux qui étaient venus à Paris faire la révolution du 10 août1.
Les jacobins sentaient qu'il fallait se hâter d'empêcher à tout prix la concentration de ces volontaires que la Gironde destinait à former le noyau de la garde départementale, dont elle avait bien consenti à ajourner, mais non pas à abandonner le projet. Pendant qu'ils faisaient demander par la Commune i'envoi immédiat aux frontières des volontaires arrivés depuis peu, ils mettaient le plus grand soin à surexciter l'inquiétude parmi la population parisienne. Quelques voitures d'armes ayant été saisies rue de Chareuton, on répandit le bruit que quarante mille hommes menaçaient le faubourg Saint-Antoine et, pour donner quelque créance à cette rumeur, Santerre se hâta de faire doubler les postes ~.
« Les anciens fédérés venaient pour détruire la tyrannie, disait-on au club Saint-Honoré,... on appelle les nouveaux pour détruire la liberté... il faut les faire par-
4 . Voir, dans le Journal des débals des Jacobins, n° 255, la lettre des jacobins d'Auxerre qui écrivent à leurs frères et amis, qu'il passe journellement dans cette ville un grand nombre de gardes nationales, qui disent aller à Paris pour contenir le parti de ftlarat et de Robespierre. — Voir, dans le n° Mo des Révolutions de Paris, la lettre du club national de Bordeaux qui dénonce les enrôlements publiquement faits dans celte ville pour fournir une garde destinée à être dirigée sur Paris lorsqu'il en sera besoin.
2. Moniteur, n"3 310, 311, 312 et 313; ce dernier a" contient la note suivante :
« On répand qu'il y a dans Paris et aux environs 40,000 bommes armés; en voici l'état au vrai. » Suit l'état, qui indique un effectif de 15,495 hommes.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
tir tous1. » Le Conseil général écrivait lettres sur lettres à Paehe [>our lui témoigner ses inquiétudes et le presser de faire partir ces fédérés suspects de modérantisme. La question ne pouvait manquer d'être bientôt portée de nouveau devant la Convention, Au commencement de la séance du 8 novembre, un montagnard assez obscur, Thureau, interrompt l'ordre du jour pour faire une proposition importante: « De nombreux bataillons allluent à Paris, dit-il, leur nombre s'accroît tous les jours, tandis qu'ils devraient aller aux frontières; on ne sait d'où ils viennent ni pourquoi... » L'orateur ne peut continuer, il est rappelé au règlement qui interdit l'admission de toute motion d'ordre, passé midi2. L'Assemblée était manifestement hostile au renvoi des fédérés, car quelques instants auparavant, elle avait applaudi avec une vivacité très-caractéristique une adresse où des habitants de Lisïeux dénonçaient « les scélérats qui voulaient imprimer le sceau de la proscription sur la tète des Buzot, des Guadet, des Vergniaud et des plus ardents défenseurs des droits du peuple, » et déclaraient qu'ils étaient « prêts à accourir auprès de la Convention nationale, si elle était menacée par les agitateurs. » Elle reçoit fort mal le ministre de la guerre, lorsqu'à la fin de la même séance, il vient lui annoncer qu'il a expédié des ordres pour l'envoi aux frontières des fédérés en garnison à Paris, mais que le général Berruyer, commandant militaire delà capitale, a refusé
4 . Voir les discours de flroneslicr et de Billaud-Varennes, Journal des débals des Jacobins, n" 29Ji.