‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 229 sur 236 · Voir le Journal des Débals et Décrets, n° 31, p · texte numérisé non relu

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3. Cette assertion avait été démentie d'avance par les autorités de Rethel, qui, tout en reconnaissant que le meurtre avait été commis par l'infime minoriti'ï cics di",ix lialLiillous, avait ille-mème demandé que l'on informât contre les citoyens de cette ville et des environs qu'on pourrait soupçonner d'avoir

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notes:

en usage pour escamoter le fameux rapport de Bazire sur les journées de septembre (livre XVIII, voir pages 367 et suiv.), les Montagnards parvinrent à faire préparer un rapport dans le sens même des conclusions des commissaires de Mauconseil." Vardon, l'un des membres les plus obscurs du comité de sûreté générale, avait été chargé de le rédiger. A la séance du 18 décembre, il fait connaître à Marat, à qui cette affaire tenait naturellement fort à cœur, que son travail est prêt. L'Assemblée se livrait depuis quelques heures à une discussion fort importante et très-approfondie sur un projet de loi qui lui avait été présenté pour la complète réorganisation de l'instruction publique. Mais l'éducation du peuple était bien ce qui importait le moins à Marat, lorsqu'il entrevoyait le moyen de se venger d'un de ses ennemis et de satisfaire sa haine. Aussitôt qu'il apprend la bonne nouvelle, Marat se place au pied de la tribune et guette le moment favorable, afin d'obtenir un tour de faveur pour le rapport de Vardon. Sa face livide est illuminée d'une joie diabolique, ses gestes animés trahissent son impatience ; il interrompt à chaque phrase l'orateur, qui explique compendieusement les bienfaits de l'instruction primaire ; enfin il ne peut y tenir, et s'écrie : « Quelque brillants que soient les dis-

ètà mêlés à cetie scène de meurtre; voici le texte même de celte lettre adressée uu président de la Convention ; « Citoyen président,

« Ko tis vous envoyons le procès-verbal du 5 octobre du massacre commis à Rethel, de quatre déserteurs des armées ennemies. D'après des renseignements ultérieurs que nous avons pris, il paraît que le pins grand nombre des bataillons Républicain et Mauconseil n'ont point eu de part active à cette malheureuse affaire. Les uns étaient restés chez leurs notes, d'autres s'étaient éloignés du Heu de la scène. Cependant, la généraleavait été battue. Il est douloureux pour nous que la tête du général Chazot et celle de plusieurs citoyens de notre ville aient été menacées. On nous annonce que les volontaires accusent les habitants de Rethel ; nous désirons découvrir s'il y a des coupables, afin que, s'ils ont partagé le crime, ils partagent la peine.

o Les maire et officiers municipaux de Rethel:

u A.. Destouhn elles , Habon, Bouciiëb, Bmllaiid, Declèves. »

« P. S. Se trouvent ci-jointes les expéditions des engagements de trois des déserteurs et de la déclaration faite par-devant notaire du commandant de garde nationale auquel se sont rendus les quatre déserteurs. »

cours que l'on nous débite sur l'éducation publique, ils doivent céder la place à des intérêts plus urgents. Je demande que l'Assemblée ordonne .l'impression de ce discours pour s'occuper d'objets plus importants, et qu'elle entende le rapport de l'affaire de Rethel; il est urgent de rendre justice à des bataillons patriotes indignement vexés par des généraux. »

Cette sortie est violemment applaudie par les tribunes, et l'Assemblée, subissant leur pressjon irrésistible, consent à entendre Vardon. Celui-ci débute ainsi :

« ,1e viens, au nom des comités militaire et de sûreté générale, payer un tribut à la vérité, et ramener l'opi nion sur deux bataillons recommandables par leur vertu et leur patriotisme. Un meurtre a été commis à Rethel ; aussitôt le général Chazot l'attribue exclusivement à deux bataillons parisiens (Mauconseil et Républicain) ; il les dénonce par une lettre outrageante pour tous les volontaires, contre lesquels il ne dissimule pas sa haine et son mépris. Une punition flétrissante prive depuis deux mois la France de ses braves défenseurs ; ils sont punis comme s'ils étaient tous coupables, et soixante d'entre eux gémissent dans les cachots. Quelle réparation ne leur doit-on pas, s'ils sont innocents ? 1)

Le sont-ils? Oui, se hâte de répondre le rapporteur; puis brodant sur le thème donné par l'enquête Mauconseil, passant sous silence tout ce qui était prouvé jusqu'à la dernière évidence par les pièces officielles qu'il a entre les mains, il déclare que les quatre déserteurs ont été immolés non pas à la foreur des deux bataillons accusés, mais du peuple entier, et il se hâte d'ajouter : «S'il était permis de justifier un meurtre, je dirais que jamais il ne s'est trouvé un concours de circonstances plus propres à excuser la mort de quatre coupables que les organes de la loi semblaient épargner... S'il y a des coupables dans cet événement, ce ne sont pas seulement les deux bataillons de Paris, c'est le peuple, ce sont les soldats de tous les autres corps de troupes qui se trouvaient à Rethel ; ce ne sont pas même ces bataillons, car la plus grande partie du bataillon de Mauconseil était alors hors de la ville, où il attendait son artillerie... »

Mais Vardon ne se contente pas d'excuser, presque de giori-

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NOTES

fier les assassins ; il a promis à Marat de servir sa haine jusqu'au bout, et il veut lui tenir parole. Il s'embarrasse fort peu de relâcher les liens de la discipline militaire, d'exciter les défiances et les rancunes des troupes contre les généraux qui, dans ce moment même, les conduisent à la victoire. Il continue en ces termes : « Qu'on relise maintenant la lettre de Chazot ; on verra qu'elle est dictée par la mauvaise foi la plus insigne. Quant à Dumouriez, il a satisfait sa haine contre les volontaires ; n'a-t-il pas eu, en effet, l'indélicatesse de supprimer de la lettre de Chazot un dernier paragraphe qui n'aurait laissé aucun doute sur la partialité de ce rapport ? »

Or, quelle était cette phrase que, de l'aveu du rapporteur lui-même, ni Dumouriez , ni le ministre n'avaient jugé utile de livrer à la publicité? La voici :

« Je pense aujourd'hui qu'il est d'autant moins possible d'entreprendre une guerre sérieuse avec des troupes telles que nos volontaires nationaux, qu'ils méprisent les lois , qu'ils ne connaissent ni discipline, ni règle militaire ; ce sont des volontaires dans toute l'étendue du mot. ils n'inspirent que l'effroi. Si notre cavalerie légère venait, je les enverrais tout de suite au feu pour voir s'ils sont aussi braves que turbulents. »

L'organe des maratistes n'avait pas compris ou peut-être n'avait pas voulu comprendre que, si cette phrase avait été omise à dessein par le ministre de la guerre, comme par le général en chef, dans la copie transmise à la Convention et destinée à être lue en séance publique, c'est qu'elle pouvait (surtout au moment où elle était écrite, 8 octobre), révéler à l'ennemi la faiblesse de l'armée française, et qu'elle était de nature à décourager ou à irriter les soldats encore indisciplinés qui en formaient la majeure partie. Vardon termine son rapport en proposant à la sanction de l'Assemblée un projet de décret ainsi conçu :

« La Convention nationale déclare que c'est à tort que les deux bataillons le Mauconseil et le Républicain ont été inculpés par le général Chazot.

m Décrète, en conséquence , que ces deux bataillons reprendront à l'armée leur rang et leur service ; que les volontaires détenus seront remis en liberté et réintégrés dans leurs grades

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HISTOIRE DE" LA TBI1RJJUB.

respectifs; que le ministre de la guerre rendra compte dans quinzaine de l'exécution de cet article; entin que le présent décret sera envoyé aux sections de Paris, aux quatre-vingtquatre départements et aux armées. »

Le rapporteur avait été plus d'une fois interrompu par les murmures de la droite et les applaudissements de ia gauche. Au moment où il descend de la tribune, plusieurs représentants s'y précipitent pour combattre ses conclusions. Rewbell obtient le premier la parole. « On ne disconvient pas, dit-il , qu'une partie des deux bataillons a été l'instrument du meurtre, que la discipline a été indignement violée, qu'il y a eu désobéissance formelle aux ordres du général Chazot. Sachez-le bien ; si vous voulez avoir une armée, il est impossible d'adopter la mesure que l'on vous propose et d'envoyer aux troupes un pareil décret. Par la manière dont il est rédigé, il contient un blâme formel contre les généraux, lit pourquoi ce blâme? Parce qu'ils ont voulu empêcher des bataillons patriotes de se souiller du sang de quatre étrangers, ou, si vous le voulez, de quatre ennemis vaincus. Suffira-t-il donc d'appeler un homme aristocrate, émigré, pour être autorisé à lui couper la tète? » A cet appel fait au bon sens, à l'humanité, à l'honneur français, les énergumènes des tribunes répondent par des cris-. «A bits l'orateur !» — Le président a beaucoup de peine à maintenir la parole au courageux député du Bas-Rhin. Cependant celui-ci parvient à résumer ainsi son opinion. « Je conçois la proposition d'une amnistie, mais décerner des louanges à l'insurrection, frapper d'un blâme les généraux, c'est le comble de l'horreur. » Une partie de l'Assemblée applaudit; mais à l'extrémité de la salle et dans les tribunes, on pousse des clameurs effroyables. Legendre, liil la ud -Va rennes et Marat s'inscrivent comme défenseurs officieux des bataillons.

Le montagnard Albtlte avait été deux mois auparavant le rapporteur du décret qui avait formellement approuvé les mesures rigoureuses prises par Dumouriez contre les deux bataillons. Ses confrères en démagogie lui avaient, plus d'une fois depuis cette époque, amèrement reproché le concours qu'il avait donné dans cette circonstance aux idées d'ordre et de justice. Il avait à obtenir le pardon de sa faute, â faire amende honorable de son

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hérésie. Il succède à Rewbell, et pour expliquer son changement d'opinion, il commence par quelques phrases embarrassées dans lesquelles il est difficile de comprendre autre chose que, « si les volontaires ont peut-être péché parla forme, le général a péché par le fond. Le vrai Coupable, ajoute-t-il, c'est Chazot, qui a voulu faire passer des émigrés pour des étrangers. Qu'ont fait au contraire les volontaires, si ce n'est de devancer l'action de la justice, puisqu'il est presque certain que ces quatre prétendus-déserteurs prussiens étaient des émigrés français qui eussent subi la mort, en vertu de la loi, si les administrateurs et les généraux eussent rempli leur devoir?

Albitte avait été interrompu au milieu de son discours par des applatidlssemenls frénétiques partis à la fois de toutes les galeries. Ce n'était pas à lui que s'adressait cette ovation subite, mais bien à Marat, qui à ce moment, la tête haute, l'œil enflammé, la menace à la bouche, traversait la salle et venait se' placer au pied de la tribune pour s'y élancer aussitôt qu'Albîtte la quitterait. L'un des plus courageux d'entre les Girondins, Chambon, veut la lui disputer, et déclare que si on inculpe les corps administratifs de Relhel, il est au moins de toute justice de les entendre contradictoirement avec les défenseurs officieux des bataillons.

Marat, par une tendance commune à tous ceux qui crient contre les aristocrates, prenait assez facilement le ton qu'il reprochait à ses adversaires de vouloir prendre vis-à-vis de lui. Il interrompt brusquement Chambon en ces termes : « J'avais la parole avant vous, monsieur; il vous sied bien de vouloir me l'ôter I »

Le président met fin à cette discussion en annonçant que la parole n'est ni à l'un ni à l'autre, mais bien à Thuriot , qui l'a demandée longtemps auparavant. Celui-ci reconnaît que la loi a été violée, mais que dans le désordre dont la ville de Rethel a été le théâtre il est difficile de discerner les vrais coupables: « L'on ne peut, ajoute-t-il, frapper sept cents pères de famille qui se trouvent dans les bataillons. Le général Chazot s'est peut-être trompé sur leur compte, mais il est de son côté parfaitement excusable d'avoir exagéré les expressions de sa dou-lenr et de son indignation au moment où le sang coulait sous

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ses yeux. Dès lors ce qu'il y a de mieux à faire , c'est d'adopter la proposition du comité en en effaçant tout préambule et tout blâme direct ou indirect adressé aux généraux, et en restreignant le décret à la mise en liberté des soixante détenus, à la réintégration des deux bataillons 'dans les rangs de l'armée. » Marat veut appuyer la rédaction primitive de Vardon, mais sa voix est étouffée par ceux qui demandent a voter sur la proposition de Thuriot. La. rédaction amendée par celui-ci est lue et adoptée.

On avait fait miroiter aux yeux de l'Assemblée l'intérêt des deux bâtai! Ions qui était à peine en cause, puisque, depuis deux mois qu'ilsavaient livré les individus compromis dans le meurtre de Rethel , ils avaient été reçus dans les rangs de l'armée, se battaient tous les jours aux avant-postes, et avaient lavé leur honte d'un moment dans leur sang noblement répandu pour la cause de la liberté et de la patrie. Grâce à cette plaidoirie pour des clients que personne n'attaquait, on avait soustrait aux investigations de la justice Palloy, ses apôtres et les volontaires qui s'étaient laissé allèr à leurs violentes éxcitations. Le chef du bataillon le Républicain et ses complices purent donc se promener dans Paris tête levée, et, par l'impunité qu'ils avaient obtenue, prouver à tous combien déjà, à cette époque, la protection de Yami du peuple était précieuse.

Maïs un vieux soldat avait été violemment insulté dans le rapport inspiré par Marat 1. Son honneur lui défendait de se taire. Aussitôt que Chazot eut connaissance de ce rapport, il écrivit à la Convention la lettre suivante :

« Sedan, le 23 décembre 1792, an 1" de la République.

« Citoyens législateurs, « Je suis accusé, outragé devant vous; mardi, 18 de ce mois, je le fus d'une manière aussi sanglante que solennelle. Le rap-

1. Chazot comptait à cette époque quarante ans de service militaire. 11 s'était engagé simple soldat dans te corps des volontaires de Flandre en 1753 et avait fait les campagnes de la guerre de sept ans; il était colonel en 1788, avait été fait maréchal de camp le 26 mai 1790, et lieutenant général le 7 septembre 17A2.

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port de l'événement arrivé à Rethel, le 5 octobre dernier, attaque à la fois mes principes, ma franchise et ma réputation.

« Dénoncé à la France entière dans la personne de ses représentants, il m'est actuellement impossible de me taire : la place que je tiens de la confiance publique, ce que je dois d'égards à l'opinion générale, ne me permettent pas d'observer le silence de l'insensibilité; le propre intérêt, le sentiment de mon innocence me défendent celui de la crainte.

« Toutes ces considérations, citoyens législateurs, m'amènent impérieusement à vous presser avec instance de vouloir bien nommer, sans délai, des commissaires pour m'entendre quant à ce qui me concerne, examiner les pièces originales qui sont entre mes mains, d'après lesquelles j'ai rendu compte, et réviser enfin l'affaire qu'il m'importe tant de mettre au grand jour, puisque l'honneur m'est infiniment plus cher que la vie.

«Dès le premier moment , je pensai militairement que les deux bataillons Mauconseit et Républicain s'étaient parfaitement lavés dans l'esprit de la nation, en livrant d'eux-mêmes au glaive de la loi chacun neuf de leurs membres qu'ils avaient reconnus coupables. Intimement persuadé de la justice de la Convention nationale, je m'attends d'avance à la mesure que je sollicite, et puis, je dirai comme Scipion :.« Allons rendre grâces aux dieux qui ont protégé mon zèle et mes services. »

« Chazot, lieutenant général. »

La Convention attendit deux mois pour prendre une décision sur la pétition du brave général, et au bout de deux mois, le 20 février 1793, allant de plus en plus à Ja dérive vers les idées démagogiques, elle passa à l'ordre du jour. Bientôt (9 avril) une autre réponse fut faite à Chazot. Quelle fut-elle? Un ordre d'arrestation changé au bout de deux mois en une suspension illimitée.

Chazot ne put être réintégré dans les cadres de l'armée que neuf mois après la fin du régime de la Terreur (germinal an m, avril. 1795). Mais sa carrière était brisée, son avenir perdu. 11 fut mis peu de temps après à la retraite.

Grâce à la haine de Marat, dont les effets survécurent à la

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m HISTOIRE DR LA TERREUR.

vie de ce misérable, le vieux soldat qui avait arrosé de son sang les plaines du Hanovre en 1760 et les défilés de l'Argonne en 1702 ne put partager avec ses anciens compagnons d'armes le bonheur de dérendre le sol sacré de la patrie pendant la période, si glorieuse pour les armées françaises, de 1703 à

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