Moniteur, n° 569. — Journal des Débals et Décrets, p
elle courber la tête sous le joug de ceux qui, depuis le 10 août, régnaient dans Paris, au nom de la commune insurrectionnelle?
Les organisateurs des massacres de septembre et leurs amîs de la Montagne sentent qu'ils ne peuvent conjurer l'orage qu'en le bravant avec leur impudence habituelle. C'est Tallien qui leur sert d'organe. « Comment trouver, dît-il, dans le sein de cette assemblée quatre hommes assez exactement instruits de la situation de la France pour proposer des mesures qui puissent concilier l'intérêt public et les droits des citoyens? Les lois existent ; c'est aux tribunaux à en faire l'application. Attaqué extérieurement, trahi à l'intérieur, le peuple a droit d'être défiant. Ceux qui ont saisi les correspondances pour découvrir les complots ont fait acte de civisme. » La question préalable! crient quelques montagnards. L'ajournement! demandent d'autres membres de la gauche, un peu moins audacieux.
« Demander l'ajournement, s'écrie Vergniaud, c'est demander l'impunité des assassins! invoquer la question préalable, c'est appeler l'anarchie, c'est proclamer qu'il est permis d'assassiner ! Il existe dans la République des hommes qui osent se dire républicains ; ils répandent les soupçons, les haines, les vengeances; ils voudraient voir les citoyens français, comme les soldats de Cadmus, s' en tr' égorger au lieu de combattre les ennemis de la patrie. La preuve que les lois sont insuffisantes, c'est que chaque jour est souillé par un nouveau crime... »
Les applaudissements redoublent; en vain trois autres amis des dictateurs de l'Hôtel de Ville. Fabre
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
LlVRli XV.
d'Églantine, Sergent, Collot d'Herbois, essayent-ils de détourner les colères de l'Assemblée. Lanjuinais d'un mot leur rappelle leur crime : « Interrogez votre mémoire. Qui de nous ignore que les citoyens de Paris dans la stupeur de l'effroi. .. » Le terrible Breton va nommer Septembre. La Montagne murmure, et Tallien s'écrie : « Les citoyens de Paris ne sont point dans la stupeur ! » « Je souhaite, reprend Lanjuinais, que le mot ne soit pas plus vrai que je ne le désire; mais, à mon arrivée à Paris, j'ai frémi. »
A ces mois, l'Assemblée se sent aussi frémir dans toutes les fibres de son cœur; un courant électrique semble la parcourir. De toutes parts se font entendre des cris: « Aux: voiK la motion de Kersaint! » Mais soudain un profond silence s'établit. Buzot vient de paraître à la tribune.
Buzot avait siégé à côté de Pétion et de Robespierre, à l'extrême gauche de l'Assemblée constituante. Depuis un an, retiré dans son pays natal, le département de l'Eure, il y avait accepté une charge de judicature et s'était tenu à l'écart de toutes les intrigues politiques. On est impatient de savoir duquel de ses deux amis, autrefois étroitement unis, aujourd'hui séparés par une haine mortelle, il va suivre la bannière. Le doute ne dure pas longtemps. Aux. premières paroles de l'orateur, on comprend que son cboix est fait, que la Gironde peut le compter désormais parmi ses membres les plus résolus.
« Étranger aux révolutions cle la ville de Paris, dit-il, je suis arrivé ici avec la confiance que j'y conserverai l'indépendance de mon âme. J'ai fait mes preuves. La
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République a toujours eu mes sympathies, et, lorsqu'en 179:1, ou tremblait de prononcer ce mot, j'étais ici à mon poste et je votais pour elle. Mais cette âme républicaine est incapable <le fléchir sous les menaces, sous tes violences d'hommes dont je ne connais ni le but ni les desseins. Croit-on que nous puissions devenir les esclaves de certains députés de Paris? »
Buzot, non-seulement appuie la proposition de Kersaint, mais il y ajoute la motion qui naissait naturellement de l'idée émise la veille par Roland, celle d'une garde départementale : « Car il faut, s'écrie-t-il , que la Convention soit entourée d'une force tellement imposante, que non-seulement nous n'ayons rien à craindre, mais que nos départements soient bien assurés que nous n'avons rien à craindre. »
Buzot termine son discours en formulant en termes nets et précis les trois propositions qu'il vient de développer :
« Il sera nommé une commission de six membres chargés :
» 1° De rendre compte, autant qu'il sera possible, de l'état actuel de la République et de celui de la ville de Paris;
« 2° De présenter un projet de loi contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat;
« 3° De rendre compte des moyens de donner à la Convention nationale une force publique à sa disposition, prise dans les quatre-vingt-trois départements. »
Personne n'ose répondre à Buzot. Les amis de la commune insurrectionnelle sont réduits au silence. Le