I. Voir t. I": livre f, § i
intérieure, le respect des propriétés, l'obéissance aux lois. »
Le compte rendu de Roland n'était certes pas rassurant. Celui de Cambon, chargé par le comité des finances de vérifier les caisses de la trésorerie, ne l'était pas davantage. Deux milliards sept cent millions d'assignats avaient été créés, et de cette masse immense de valeurs fiduciaires, fabriquées depuis deux ans, il ne restait plus qu'une somme insignifiante, 24 millions environ, et cependant, ajoutait le rapporteur, « les besoins du Trésor sont urgents, les dépenses considérables, les impôts ne rentrent point parce que la plus grande partie de leur produit est employée dans les départements mêmes en achats de grains. »
L'Assemblée était encore sous l'impression de ces deux rapports, lorsque, le 24. septembre, une lettre de Roland annonce: que la ville de Ghâlons-sur-Marae, quartier général de l'armée de réserve et rendez-vous des fédérés, vient d'être ensanglantée par de nouveaux meurtres; que le courrier de Strasbourg a été arrêté et fouillé, et que des dépêches importantes ont été retardées de douze heures. La lettre du ministre girondin se terminait ainsi : « Que la Convention nationale prenne des mesures ! »
Aussitôt Kersaint s'élance à la tribune : « Il est temps, dit-il, d'élever des échafauds pour ceux qui corn-
mettent des assassinats et pour ceux qui les provoquent, il est temps de venger les droits de l'homme violés par tout ce qui se passe en France; la Convention a juré l'exécution des lois, elle a mis les personnes et les propriétés sous la sauvegarde de la nation... Cependant les désordres, les meurtres se propagent; on agite le peuple, on le pousse à l'anarchie... Sans doute vos cœurs, comme le mien, bondissent d'indignation au récit des scènes d'horreur dont on veut déshonorer le nom français... » Des applaudissements frénétiques éclatent dans la plus grande partie de (a salle; l'orateur reprend avec une nouvelle énergie : « Il y a peut-être plus de courage qu'on ne pense à s'élever contre les assassins!... Mais, dussé-je tomber sous leurs coups, je serai digne de la confiance de mes concitoyens. Je demande que séance tenante quatre commissaires soient nommés pour examiner la situation de l'empire, celle de la capitale, et pour vous présenter des mesures contre le brigandage et les assassinats1. »
Kersaint venait de dire tout haut ce que le plus grand nombre des conventionnels se répétaient tout bas les uns aux autres, depuis trois jours qu'ils étaient rassemblés.
En entendant le courageux orateur, toute l'Assemblée a compris qu'elle touche à un moment décisif- Allait-elle répudier par une mesure éclatante la responsabilité des actes qui avaient déshonoré les derniers moments de la Législative, on bien, à son tour, devait-