‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. quatrièmeChapitre 37 sur 236 · Journal du Club des Jacobins, n° cccxxi · texte numérisé non relu

Journal du Club des Jacobins, n° cccxxi

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La Société se sépare en, adjurant tous les députes présents de faire leurs efforts pour obtenir, le lendemain, le rapport du décret jeté comme un défi à la députation parisienne.

Dès l'ouverture de la séance du 25, les Montagnards, fidèles à la promesse qu'ils ont faite à leurs amis du club de la salle Saint-Honoré, demandent que l'on revienne sur la mesure décrétée la veille. C'est le bouillant Merlin (de Tliionville) qui commence l'attaque, et qui retourne contre les Girondins les accusations que depuis quatre jours ils avaient jetées à la face de leurs ennemis.

« Le décret que vous a proposé hier Iiuzot mène directement à l'établissement d'une dictature ou d'un triumvirat. J'ai juré de combattre toute dictature et tout triumvirat. Or Lasource m'a déclaré hier qu'il existait dans le sein de la Convention un parti qui avait de telles aspirations. Qu'il le démasque, et je déclare que je suis prêt à poignarder le premier qui voudrait s'arroger un pareil pouvoir. »

Directement interpellé, Lasource reproche à Merlin d'avoir porté à la tribune les confidences d'une conversation particulière- Néanmoins il accepte le débat. « Hier au soir, raconte-t-il, dans une assemblée publique, j'ai entendu dénoncer les deux tiers de la Convention nationale comme aspirant à écraser les vrais amis du peuple, et à détruire la liberté. Dans le groupe qui m'entourait et dont Merlin faisait partie, on déclamait contre le projet de loi proposé pour la punition des provocateurs au meurtre et à l'assassinat ; j'ai dit et je dis encore que cette loi ne peut effrayer que ceux qui méditent des crimes

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nouveaux. On s'élevait contre la proposition de confier la Convention nationale à une garde composée de citoyens de tous les départements; j'ai dit et je dis encore que la Convention ne peut ùter à tous les départements de la République le droit de veiller de concert sur la représentation nationale... Je crains le despotisme de Paris*. Je ne veux pas que ceux qui y disposent de l'opinion d'hommes qu'ils égarent, dominent la Convention nationale et la France entière. Je ne veux pas que Paris devienne dans l'empire français ce que fut Rome dans l'empire romain. Il faut que Paris soit réduit à un quatrevingt-troisième d'influence, comme chacun des autres départements. Jamais je ne consentirai qu'il tyrannise la République, comme le veulent quelques intrigants contre lesquels j'ose m'élever le premier, parce que je ne me tairai jamais devant aucune espèce de tyran; j'en veux à ces hommes qui, voulant écartera tout prix de la Convention nationale les membres de l'Assemblée législative dont ils redoutaient la résistance et l'énergie, ont tenté de les faire égorger; à ces hommes qui, le jour même où se commettaient les massacres, ont porté leur scélérate audace jusqu'à décerner des mandats d'arrêt contre huit députés à la Législative qui n'avaient cesse de servir la cause de la liberté. »

C'était désigner assez clairement les dictateurs de l'Hôtel de Ville et la députation de Paris en qui ils se personnifiaient. Mais Lasource ne croit pas encore le moment venu de déchirer le voile qu'il a soulevé ; il ter- ■ mine ainsi la véhémente philippique que la brusque interpellation de Merlin vient de lui arracher :

<i Je ne désigne personne. Je Yeux attendre que les hommes que je dénonce m'aient fourni assez de IraiLs de lumière pour les montrer h la France tels qu'ils sont; alors je -viendrai à cette tribune, dussé-je en sortant tomber sous leurs coups homicides. »

Mais ces ménagements ne peuvent convenir au bouillant Rehecqui , l'ami de Barbaroux : « Ouï , s'écrie-l-il , oui, il y a dans celte assemblée un parti qui aspire à la dictature; c'est le parti Robespierre: voilà l'homme que je vous dénonce. »

Les anciens membres de la Commune, leurs amis et leurs complices, étaient trop directement incriminés pour pouvoir garder le silence; Osselin, Bîllaud-Varennes, TalHen, Danton, Robespierre demandent en même temps la parole. Les trois premiers n'étaient que des comparses; l'Assemblée les écoute à peine, tant elle a hâte d'entendre les explications des deux coryphées de la députation parisienne.

Danton se sentait sur un mauvais terrain; il commence par un appel à la conciliation, et déclare « qu'il regarde comme un beau jour celui qui amène une explication fraternelle entre tous les membres de l'Assemblée. » Après s'être élevé contre les accusations vagues de dictature et de triumvirat, qui se renouvellent sans que personne ose les formuler d'une manière nette et précise, il essaye adroitement d'écarter la solidarité qu'on prétend établir entre tous les membres de la députation de Paris : « Je ne chercherai pas, dit-il, à justifier chacun de mes collègues ; je ne suis responsable pour personne. Je ne vous parlerai donc que de moi. » Et il

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