LIVRE XV
énumère tous les services que, depuis trois ans, il croit avoir rendus à la liberté.
Puis, imitant l'exemple que lui avaient donné quelques jours auparavant les membres de la commune insurrectionnelle, lorsqu'ils avaient voulu, eux aussi, se décharger de toute la responsabilité des journées de septembre sur celui que Panis avait subrepticement introduit dans le conseil de surveillance, Danton ajoute : « Il existe dans la députation de Paris un homme dont les opinions sont pour le parti républicain ce qu'étaient celles de Royou pour le parti aristocratique: c'est Marat. Eh bien, j'invoque le témoignage du citoyen qui nous préside : qu'il se rappelle et la lettre menaçante que moi, ministre de la justice, j'ai reçue de celui que l'on représente comme écrivant sous ma dictée, et l'altercation que nous eûmes ensemble à la mairie i. Du reste, il faut beaucoup pardonner à cet homme ; car son âme est ulcérée par les vexations qu'il a subies, par une vie passée, depuis trois ans, dans les souterrains où il s'était réfugié; mais, pour quelques individus exagérés, n'accusons pas une députation tout entière. Quant à moi, je n'appartiens pas à Paris; je suis né dans un département vers lequel je tourne toujours mes regards avec un sentiment de plaisir. Du reste, est-ce que nous appartenons à tel ou tel département? Nous appartenons à la France entière. »
« Qui vous parle de détruire celte untlé? réplique Buzot; quelle mesure peut d'ailleurs mieux la consolider
4. Nous avons raconté avec détail, t. III, p. 358, la scène îi la quelle Danton fait allusion.
que celle, acloplée hier en principe par la Convention, de la formation d'une garde composée de citoyens de tous les départements? »
Danton venait de séparer sa cause de celle de ses collègues de la députation de Paris, et de se mettre pour ainsi dire sous l'égide de Pétion. Une position aussi humble ne pouvait convenir à Robespierre. Prenant la parole pour la première fois depuis que, se présentant comme simple pétitionnaire, il avait, dans celle môme enceinte, essuyé les dédains de l'Assemblée législative, l'orgueilleux tribun ne devait pas manquer une si belle occasion d'étaler les prétentions naïves de son absorbante personnalité. Pendant une heure entière, il se complaît dans le récit de ses faits et gestes révolutionnaires. Chacune des phrases de sa harangue commence invariablement ainsi: « C'est moi qui ai fait ceci, c'est moi qui ai fait cela. » On lui demande à plusieurs reprises d'abréger son apologie, mais il ne peut s'y résoudre, et la Convention est obligée de subir l'interminable récit des grands actes de civisme par lesquels, à l'entendre, il a si souvent sauve la patrie, car il plaide, dit-il, non sa propre cause, mais la cause publique, que modestement il identifie avec la sienne.
Riais quand Robespierre s'est enfui décidé à clore son panégyrique, un jeune homme se lève des bancs do la droite, et, au milieu d'un profond silence, dit d'une voix haute et ferme : « Barbaroux de Marseille se présente pour signer lu dénonciation qui a été faite contre Robespierre. » Et alors il précise les faits sur lesquels il base cette dénonciation : « Rappelez-vous la conspi-