‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 104 sur 246 · LIVRE XXXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVII

Paris, en raison du pouvoir de la municipalité; niais le département aura à lutter bien davantage contre quarante municipalités que contre une seule, quelque opiniâtre qu'elle soit. Et quand vous voulez donner à Paris plusieurs municipalités, c'est comme si vous disiez que, parce qu'un vaisseau est plus grand qu'un autre, il lui faut quarante gouvernails. »

La discussion fut reprise, le 24, sur cette même question, ainsi formulée : « Y aura-t-il un maximum de population fixé pour les réunions communales? Les villes dont la population excédera ce maximum pourrontelles être divisées en plusieurs municipalités? »

Saint-Just commence la discussion en exposant des considérations générales, mais bientôt il retombe dans la question particulière à Paris ; car, aux yeux de tous, c'est là que se trouve l'intérêt du débat. « Vous craignez, dit-il, L'immense population de quelques villes, de celle de Paris. Celle population n'est point redoutable pour la liberté. Vous voulez diviser Paris pour opprimer la France; vous voulez frapper Paris pourarriver jusqu'à elle. Paris n'est point agité; ce sont ceux qui le disent qui l'agitent ou qui s'agitent seuls.

« N'accusons donc point Paris, et, au lieu de le rendre suspect à la République, rendons à cette ville en amitié les maux qu'elle a soufferts pour nous. Le sang de ses martyrs est mêlé au sang des autres Français; ses enfants et les autres sont enfermés dans le même tombeau. Chaque département veut-il reprendre ses cadavres et se séparer? »

Quoi qu'en pût dire le disciple bien-aimé de Robes-

au

HISTOIRE Dlî LA TERREUR.

pierre, Paris était fort agité dans les derniers jours de mai, ainsi que nous le raconterons au chapitre suivant- Les séances de l'Assemblée étaient absorbées par l'admission incessante des députations de la municipalité parisienne qui venaient dicter ses volontés à la Convention- Aussi ce débat sur les agglomérations communales n'aboutît pas. On entendit encore quelques orateurs, Lanjuinais, Rouzet, Phelippeaux, Guyomar; mais leurs voix se perdirent dans les clameurs et dans les vociférations de la place publique.

La discussion de l'œuvre girondine n'alla donc pas au delà de la Déclaration des droits. Elle s'arrêta au premier chapitre de la Constitution proprement dite1. Un plus ample examen en aurait-il fait disparaître les idées incohérentes et souvent peu pratiques qu'on y trouvait? Cela est douteux; mais, du moins, convenons, à la louange de ses auteurs, qu'au milieu de bien des erreurs et des utopies, ils surent reconnaître et proclamer les droits individuels, qui sont la substance même de la liberté; qu'ils protestèrent énergiquement contre l'omnipotence des majorités, ce système favori de Rousseau, dont la mise en pratique dans notre pays n'a jamais eu d'autre résultat que d'aplanir les voies à toutes les tyrannies.

1 . M. Duvergter de Hauranne, dans le premier volume de son bel* ouvrage {Histoire du Gouvernement parlementaire) fait un examenthéorique de la constitution girondine. Nous y renvoyons nos lecteurs pour tous les points que le cadre que nous nous sommes tracé ne nous a pas permis de traiter.

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