‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 11 sur 246 · LIVRE XXXUI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXUI

« — Je demande la parole après Robespierre, s'écrie Brissot.

« — Puisque Brissot, réplique l'orateur, demande la parole pour me foudroyer, je vais faire sur Brissot l'application des principes que j'ai avancés... J'ai dit que je ne voulais point délibérer avec les amis de Dumouriez; eh bien! Brissot a été et est encore l'intime ami de Dumouriez... Brissot est lié à tous les fils de la conspiration de Dumouriez. Je déclare qu'il n'y a pas un homme de bonne foi qui ait suivi la politique de Brissot, qui puisse ne pas être convaincu tde ce que j'avance... »

Et Robespierre raconte très-longuement, à sa manière, l'histoire de Dumouriez et de Brissot, depuis le premier ministère girondin : « Quels sont les principaux auteurs de la déclaration de guerre à l'Autriche, alors que Robespierre et ses amis s'y opposaient? Dumouriez et Brissot. Des revers ont signalé les premières opérations militaires. Qui gouvernait alors? les ministres nommés par Brissot. Ces ministres proposaient d'abandonner Paris; ils l'auraient fait si un membre du conseil qui n'était pas des leurs (Danton) ne les en eût empêchés. Qui a élevé Dumouriez au commandement de l'armée de La Fayette? Brissot et ses amis. Ce général a conduit poliment le roi de Prusse aux frontières, il a ravitaillé l'armée ennemie prête à périr de misère et de faim, au lieu de l'exterminer; il est venu à Paris et s'est mis à tenir des festins scandaleux. Avec qui? avec Brissot et ses amis. En Belgique, Dumouriez débute par des succès éclatants; il entame* mais trois mois trop tard, l'expédition de-

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Hollande; les désastres de Maëstricht commencent l'évacuation arrangée de la Belgique. A qui l'imputer, sinon aux généraux allemands en partie imposés à nos soldais par Brissot? De retour auprès de l'armée belge, Du mouriez accuse les volontaires de tous nos malheurs. Il veut persuader à la France que ses armées ne sont composées que de lâches et de voleurs. Nos revers se succèdent. Il donne une bataille; il la perd. Il en accuse l'aile gauche de son armée; mais cette aile était commandée par Miranda, son ami. Dumouriez a rétabli ('aristocratie en Belgique; il y a levé des emprunts énormes, il s'est emparé du trésor public; maintenant il déclare la guerre à la Convention. Mais il distingue deux partis dans son sein ; il se proclame le prolecteur de l'un et l'ennemi de l'autre; il déclare qu'il faut anéantir Paris parce que Paris donne la loi à la nation. Il se pose en médiateur et nous dit qu'il faut transiger avec les puissances étrangères. Eh bien, non! il faut sauver la liberté. Mais comment la sauver lorsque les amis du roi, ceux qui ont pleuré la perte du tyran, ceux qui ont cherché à réveiller le royalisme, se posent comme les adversaires du conspirateur., tandis qu'ils sont ses complices? Oui, Dumouriez est d'intelligence avec l'homme que j'ai nommé, et je déclare que la première mesure de salut public à prendre est de décréter d'accusation tous ceux qui sont prévenus de complicité avec Dumouriez, et notamment Brissot. »

Les tribunes applaudissent avec frénésie Robespierre lorsqu'il regagne sa place. Elles éclatent en murmures lorsqu'elles voient Brissot se lever pour lui répondre:

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

« Vous avez entendu l'accusateur, dit le président, entendez l'accusé. » '

Brissot attend que le tumulte soit apaisé.

« Je ne suivrai point, dit-il, le précédent orateur dans ses divagations. Je répondrai simplement au reproche qu'il m'a fait d'être le complice de Dumouriez. Je déclare d'abord que je n'ai eu aucune part à sa nomination au ministère. Elle a été le résultat d'une intrigue de Bonnecarrère auprès de la reine, et certes Robespierre ne m'accusera pas de comploter avec cette femme. On me reproche d'avoir, comme lui, voulu la guerre avec l'Autriche. Je ne connaissais pas Dumouriez avant son entrée au ministère. Quatre mois avant qu'elle eût lieu, j'avais prouvé à la tribune des Jacobins que la guerre était le seul moyen de dévoiler les perfidies de Louis XVI et d'arriver à la république. L'événement a justifié mon opinion.

« Quant à la rupture avec l'Angleterre, que Dumouriez blâme dans ses manifestes, qu'il appelle l'ouvrage perfide de Brissot, n'est-elle pas due à la manière indigne dont l'Angleterre se conduisit à notre égard en chassant notre ambassadeur, en arrêtant les blés qui nous étaient destinés, en se mettant ouvertement en état d'hostilité contre nous? La dignité de la France ne pouvait supporter de telles injures. Le Comité diplomatique le pensa ainsi et je n'ai été que son rapporteur. Enfin de ce que Dumouriez calomnie Paris dans ses proclamalions, on en infère que je suis son complice, parce que, dit-on, j'ai aussi calomnié Paris dans mes discours et dans mes écrits. Mais je défie que l'on cite un seul écrit, un vu. 3

seul discours où je n'aie pas distingué les habitants de celte ville des brigands qui l'infestent, qui multiplient dans son sein les mouvements et les dissensions, et font détester notre révolution par les peuples étrangers.

« Si vous ne prenez garde aux pillages qui ont eu lieu dans la Belgique, vous verrez... »

Ici l'orateur est interrompu par Sergentqui. s'écrie; « Ces pillages ne sont prouvés que par les dires de Dumouriez ; or Dumouriez est un scélérat^ et un traître1. »

Brissot ne croit pas devoir répondre à l'ancien administrateur de la police parisienne et se contente de rappeler tous les gages que depuis près de dix ans il a donnés aux opinions républicaines.

L'immense majorité de l'Assemblée est indignée de voir Robespierre profiter des dangers de la patrie pour satisfaire ses haines particulières- Aussi s'empresse-t-elle de passer à l'ordre du jour sur la demande de mise en accusation de Brissot et de ses amis, et de

i. Sergent oubliait que la Convention avait reconnu la réalité de ces pillages et les avait frappés d'un blâme révère par un décret en date du 19 mars. Nous croyons devoir donner in extenso le texte de ce décret, parce qu'il fait honneur à l'assemblée qui l'a rendu :

a La Convention nationale, ayant entendu avec douleur le récit « des profanations commises par des citoyens dans plusieurs églises « de la Belgique au moment où, en vertu du décret du 4o décembre « dernier, on en extrayait les vases et ornements d'or et d'argent inu- « tiles, superflus à la dignité du culte, décrète que tout citoyen qui « se permettra des indécences dans les lieux consacrés à la religion, « ou sera convaincu de profanations de quelque genre que ce soit, « sera dénoncé et livré aux tribunaux pour y être poursuivi selon « l'exigence du cas- »

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