‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 12 sur 246 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

donner la parole au rapporteur du Comité de défense générale.

Le Comité, si vivement attaqué depuis quelques jours, vient lui-même s'offrir en holocauste et demander qu'on lui substitue un comité d'exécution composé de neuf membres choisis dans le sein de l'Assemblée et chargés de remplir les fonctions jusque-là attribuées au Conseil exécutif.

« Vous pouvez et vous devez, dit le rapporteur, adopter ce que nous vous proposons. Vous le pouvez parce que la nation, en nommant une Convention nationale, lut a délégué l'exercice de sa souveraineté et de tous ses pouvoirs. Vous le devez parce que, dans un moment où tout ce qui n'est pas vous semble vous trahir, il est prudent de ne vous fier qu'à vousmêmes. »

Qui tient ce langage? c'est un Girondin, c'est Isnard. Au nom de qui parle-t-il ainsi? au nom d'un comité où domine la Gironde; Car il était dit que ce parti irait toujours au-devant des mesures dont il devait être la première victime.

Ce projet, qui d'un seul trait de plume supprime le pouvoir exécutif et remet tous les pouvoirs entre les mains de neuf membres délibérant en secret, paraît si exorbitant qu'il est combattu par plusieurs députés appartenant à diverses nuances de l'Assemblée. Marat l'appuie vivement : « Taut que vous prendrez publiquement des mesures de salut public, s'écrie-t-il, vous ne ferez rien. Dumouriez est un traître, et une partie de la Convention ne mérite pas notre confiance. »

Les applaudissements de l'extrême gauche accueillent les' paroles de l'Ami du peuple; le reste de l'Assemblée se soulève d'indignation. Un membre du centre, Laumoot, s'écrie : « Sommes-nous en séance permanente pour écouter les injures de cet homme? » Le tumulte est à sod comble. Le président se couvre. Danton lui-même est obligé de faire entendre des paroles .de conciliation et de demander l'ajournement de la discussion au lendemain. Il était plus de minuit et l'Assemblée était épuisée de fatigue.

En même temps que la Convention tenait sa séance de nuit du 3 au d avril, on délibérait aussi au club des Jacobins, on y faisait les motions les plus insensées. « Il faut, vociférait une femme, la citoyenne Lacombe, il faut s'assurer de tous les aristocrates. On les fera marcher en avant des troupes que l'on va envoyer contre Dumouriez. Nous leur signifierons que s'ils nous trahissent, leurs femmes et leurs enfants seront égorgés, leurs propriétés incendiées. Si nous succombons, .le premier qui hésitera à mettre le feu sera poignardé ù l'instant. Il faut que les propriétaires, qui ont tout accaparé pour exaspérer le peuple, tuent les tyrans ou qu'ils périssent *. »

1. Voir le Journal des Débats du club des Jacobins^ n° 388. Celle môme citoyenne se présenta quelques heures plus lard à la Convention pour lire la même pétition. Disons, pour l'honneur de

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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