‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 117 sur 246 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

un temps qui appartient à la France enlière; le moment est venu de rompre le silence et de nous honorer aussi par une éclatante manifestation de nos principes et de nos vœux. Nous ne connaissons dans la Convention que la- Convention elle-même; nous défendrons dans chacun de ses membres le dépôt sacré de la représentation nationale; nous le défendrons et contre les brigands qui ont osé lever l'étendard de la révolte et contre ceux qui, sous le masque perfide du patriotisme, veulent tuer la liberté. Pères de la patrie, défendez-la contre tous ses ennemis. Sondez d'une main prudente mais ferme la profondeur de ses maux, -et osez y appliquer des remèdes elïicaces. Que le sceptre sanglant de l'anarchie soit brisé; que le règne des lois commence, qu'une constitution ayant pour base la liberté et l'égalité fasse enfin triompher la souveraineté du peuple sur les débris de tous les intérêts, de toutes les passions,

aux départements, et qu'elle a déclaré que la section avait bien mérilé de la patrie. »

Nous avons retrouvé également la confirmation de ce fait dans un document où nous étions loin de le chercher. Dans l'interrogatoire que Gardien, l'un des membres de la commission des Douze, subit la veille du jour de sa comparution, et par conséquent de sa condamnation, devant le Tribunal révolutionnaire, le juge interrogateur s'exprime ainsi :

« Lorsque ta section de la Fraternité leva la première l'étendard de la contre-révolution, et que, conduite par des prêtres, des robins et des nobles, elle vint dénoncer un projet qu'on supposait avoir éiè conçu à la mairie contre la Représentation nationale, n'avez-vous pas dit, vous et vos amis, au nommé Rover, qui était à la tête de cette bande de dénonciateurs : « Nous sommes prêts à frapper les agita- « leurs des sections, mais il faut que, par les sections elles-mêmes, o vous nous fassiez entourer de t'espres;ion de la force publique? »

de toutes les tyrannies. Cette adresse a été votée à l'unanimité par la section; elle a obtenu l'assentiment des sections de 1792 et de la butte des Moulins. »

Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance, l'immense majorité de l'Assemblée les accueille par plusieurs salves d'applaudissements. L'impression de l'adresse, l'insertion au bulletin, l'envoi aux départements et l'affichage dans Paris sont successivement décrétés. »

« Je demande, s'écrie Buzot, que la Convention déclare que les pétitionnaires sont sous la sauvegarde de la loi. » Cette proposition pouvait Facilement se motiver sur le traitement subi par les délégués de Boncouseil et de l'Unité, qui avaient été jetés en prison pour avoir exprimé en des termes moins énergiques leur respect et leur dévouement à la Représentation nationale. Cependant on fait observer que tous les citoyens sont sous la sauvegarde de la loi, et que dire que tels citoyens y sont spécialement, c'est déclarer que les autres n'y sont pas. L'ordre du jour sur la proposition de Buzot est adopté et l'Assemblée passe à la discussion du projet de constitution; mais cette discussion est bientôt interrompue par une scène scandaleuse. Une des femmes apostées par les Jacobins, pour faire la police des couloirs, se précipite avec fureur sur un jeune homme qui vient de pénétrer dans une tribune. Les cris de cette mégère mettent en émoi l'Assemblée. Le président ordonne de l'expulser. Là gauche demande que l'on annule la mesure qui affecte certaines tribunes à des porteurs de cartes privilégiées. La droite veut que le procès-verbal

Page 1