LIVRE XXXVIII
constate ces mouvements désordonnés, qui n'ont d'autre but que d'avilir la Convention et de l'empêcher de faire la constitution. Les interpellations les plus vives s'échangent de part et d'autre. Le président Isnard se lève, et, d'une vois retentissante, s'exprime ainsi :
« Ce qui se passe m'ouvre les yeux sur des faits qui m'ont été révélés. L'aristocratie française, Pitt, l'Angleterre, l'Autriche, suivent un nouveau plan pour détruire la liberté en France. Législateurs, écoutez, il y va de votre salut. »
Quelques murmures se font entendre.
« — Ah ! reprend Isnard, si vous pouviez ouvrir mon cœur, vous y verriez mon amour pour ma patrie. Dusséje être immolé sur ce fauteuil, je m'écrierais encore : Dieu ! pardonne à mes assassins, ils sont égarés, mais sauve la liberté de mon pays.
« Oui, on veut égarer le peuple, on veut le pousser à l'insurrection, et cette insurrection commencera par les femmes. On veut égorger plusieurs membres de cette Assemblée, on veut la dissoudre ; les Anglais feront une descente et aideront à une contre-révolution. Voilà la déclaration que je devais à mon pays, je l'ai faite; j'attends les événements; j'ai acquitté ma conscience; »
La Plaine et la droite applaudissent. Des membres qui votent souvent avec la Montagne se laissent entraîner par l'enthousiasme presque général. Ainsi Meaulle appuie la proposition faite par Vergniaud d'imprimer et d'afficher sur tous les murs de Paris le discours du Président. 11 s'écrie : « Déclarons que nous ne nous quitterons pas, que nous ne sommes pas divisés, et que si
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
quelqu'un doit périr, nous périrons tous ensemble. » Gamon demande la parole pour exposer les faits qui ont donné lieu au désordre. « Il est certain, dit-il, que, depuis votre installation dans la nouvelle salle, des femmes se sont arrogé le droit de faire la police aux portes des tribunes de la Convention et qu'elles déchirent les biltets en insultant ceux qui en sont porteurs. Plusieurs de ces femmes ont été amenées devant le Comité. Je les ai interrogées; elles m'ont déclaré qu'elles se réunissent dans un local dépendant des Jacobins, sous le titre de Dames de la Fraternité; que là, il a été décidé qu'en affectant des places aux citoyens des départements, la Convention avait commis un véritable acte de despotisme ; qu'en conséquence la Société avait pris un arrêté dont elles poursuivaient l'exécution. Depuis le commencement de la semaine, les femmes qui viennent faire cette police singulière sont évidemment salariées par nos ennemis. En effet, presque toutes portent tes livrées de la misère, elles ne paraissent avoir d'autre moyen de subsistance que le produit de leur travail journalier, et cependant elles passent des journées entières dans les corridors et se distribuent avec ordre pour assiéger les portes de toutes les tribunes. Ces femmes pourraient assisLer paisiblement à vos séances, car les places ne manquent pas. Mais elles aiment mieux entretenir le désordre, afin de porter obstacle à l'entrée de nos concitoyens dans les tribunes qui leur sont affectées. »
« Au nom de l'égalité, s'écrie le montagnard Rhul, je demande que vous supprimiez les billets des tribunes. Alors ces femmes n'auront plus de prétexte, elles ne re-