‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 129 sur 246 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

tion venir à ses séances armés comme s'ils étaient dans une forêt infestée de brigands?

« L'unité de la République tient à la conservation de . tous les Représentants du peuple. On ne saurait trop le répéter à cette tribune : aucun de nous ne mourra sans vengeance; nos départements sont debout, les conspirateurs le savent , et c'est parce qu'ils le savent qu'ils veulent presser l'exécution de leurs complots. Sans doute la liberté survivrait à ces nouveaux orages; mais il pourrait arriver que, sanglante, elle fût contrainte à chercher un asile dans les départements méridionaux. Pourquoi vous rendriez-vous coupables de l'esclavage du Nord? N'a-t-il pas versé assez de sang pour la liberté, et ne devez-vous pas lui en assurer la jouissance? Sauvez, par votre fermeté, l'unité de îa République. Ici la. faiblesse serait lâcheté. »

L'Assemblée, entraînée par l'éloquence de l'orateur girondin , vote les onze articles du projet de décret proposé par Yiger au nom de la commission extraordinaire.

Plusieurs de ces articles nécessitent des explications qui nous forcent à faire quelques pas en arrière.

Dès le 8 mai, le général Sanlerre avait annoncé au Conseil général de la Commune , « qu'à la voix do la patrie en danger, il se disposait à partir contre les rebelles de la Vendée à la tête des contingents parisiens. » L'amour de la gloire, le désir de donner à ses récentes épaulettes de général de brigade le baptême du feu,, étaient-ils le principal motif de ce brusque départ? C'est ce dont il est permis de douter. La crainte de se corn-

promettre dans le conflit qui menaçait chaque jour d'éclater entre la Gironde et la Montagne n'entrait-elle pas pour beaucoup dans la résolution de Santerre? Malgré son" épaisse enveloppe, le brasseur du faubourg Saint-Antoine était, doué d'une certaine finesse; it avait surtout le don de prévoir les crises assez longtemps à l'avance. La responsabilité que les journées des 20 juin, 10 août, 2 septembre et !21 janvier faisaient peser sur sa tête lui semblait assez lourde pour qu'il se souciât peu d'en assumer une nouvelle.

En même temps Santerre proposait pour le remplacer le citoyen Boulanger, commandant en second de la section de la Halle au blé. \jï Conseil général de la Commune ratifie ce choix et fait prêter serment au nouveau commandant. Mais cette décision est à peine connue, que les sections réclament- leur droit. C'était en effet à elles, et non au Conseil général qu'il appartenait, aux termes de la loi, de procéder à cette nomination. Un grand nombre d'entre elles déclarent qu'elles n'obéiront pas à cet intrus. Devant cette réprobation presque générale, Boulanger donne sa démission. Les sections sont convoquées pour le 21 mai. Les difficultés qui entravaient depuis quelques mois la nomination de la municipalité définitive se renouvellent pour l'élection du commandant de la force armée Certaines sections votent, d'autres ne votent pas. Le '2li, au moment où la commission des Douze faisait son rapport par l'organe de Viger, elle ne ■savait à qui demander des renseignements, a qui adres-

i. Voir plus haul, page 59-

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Page 1