LIVRE XXXVIII
Aussitôt qu'il est possible de se faire entendre, deux montagnards viennent insolemment faire les déclarations suivantes :
Bazire. (i — Je voulais arracher au Président le signal de la guerre civile écrit de sa main.
Bodrdon m l'Oise.. « — Si le Président est assez audacieux pour proclamer la guerre civile, je l'assassine. »
Cependant l'appel nominal commence, mais il est bientôt interrompu par les réclamations de divers députés. « Les consignes, disent-ils, sont violées. Un grand nombre de citoyens stationnent dans les couloirs et obstruent les avenues de la salle. » D'un autre côté, Marat annonce que plusieurs compagnies de la section de la Butte des Moulins sont rangées ea bataille devant le palais, sans qu'elles puissent exciper d'aucun ordre émanant des autorités constituées.
On mande à la barre le commandant de ce bataillon; il produit l'ordre qu'il a reçu de son chef hiérarchique, et qui lui prescrit d'envoyer aux Tuileries un fort détachement, a Cet ordre, ajoute-t-il, a été donné sur la réquisition de la commission des Douze, et conformément à une lettre du maire; mais j£ dois à l'Assemblée le récit d'un épisode qui vient de se passer.
u Aussitôt que je suis arrivé aux Tuileries, le chef de poste m'a demandé des hommes pour faire évacuer
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
les couloirs. J'exéculaEs cet ordre. Marat, que je ne connaissais pas, s'esl présenté à moi avec un ordre bien supérieur, avec un pistolet; il m'a demandé mes instructions. Je lui ai dit que je ne les montrerais qu'au Président. »
Le commandant (il se nommait Raffet) est admis aux honneurs de la séance, et l'incident n'a pas d'autres suites. Mais il était dit que tous les actes du programme arrêté par les démagogues s'exécuteraient de point en point. Après les violents Viennent les endormeurs; ce sont toujours les mêmes, Barère et Garai. Barère, dans de longues phrases sonores, rappelle l'attitude pleine de dignité que, clans des circonstances analogues, a tenue l'Assemblée constituante. Puis, après avoir tonné contre les démagogues, il conclut à ce que les bataillons nouvellement appelés par les Douze soient renvoyés dans leurs sections respectives.
Carat fait un long rapport plein de contradictions dans lequel il excuse tout, il justifie tout.
« J'ai, dit-il, instruit le Comité de salut public et la Commission extraordinaire de ce qui est parvenu à ma connaissance. Aujourd'hui , à six heures, on est venu m'avertir qu'il y avait un grand rassemblement autour de la Convention. J'ai voulu voir les choses de mes propres yeux. La force armée était plus considérable que l'attroupement. Je n'ai pas pu, il est vrai, entrera l'Assemblée par la porte à laquelle je me suis d'abord présenté, et la force armée a élé impuissante à m'ouvrir un passage. Mais dans tout cela il n'y a rien de grave; la Convention n'a rien à craindre... »