LIVRE XXXV1M
]cï le ministre est vivementapplaudi par les tribunes.
« Croyez-vous, ajoute-l-il, que ces sans-culotte qui applaudissent aux assurances que je donne de leurs sentiments, y applaudiraient s'ils avaient dans leurs cœurs des intentions criminelles? ïe termine par cette observation : J'ai interrogé les sentiments secrets de chacun des membres de la commission des Douze. Eh bien ! ils ont tous l'imagination frappée; ils croient qu'ils ■doivent avoir un grand courage, qu'ils doivent mourir pour sauver la République. Ils m'ont paru dans des erreurs qui sont pour moi incompréhensibles. Je les crois des gens vertueux, des hommes de bien ; mais la vertu a ses erreurs, et ils eh ont de grandes. Je le répète à la Conventionnelle n'a aucun danger à courir; vous reviendrez tous en paix dans vos domiciles. En vous parlant ainsi, je sais que je fais tomber sur moi toute l'horreur d'un attentat qui serait commis. lïlrbien, j'appelle cette responsabilité sur ma tête. Voilà ce que j'avais à dire à la Convénlion. »
Cette responsabilité, que Garât assumait si légèrement dans une circonstance si grave, a été à peine invoquée contre lui par les historiens qui nous ont précédé. Nous n'aurons pas de pareils ménagements. Pour nous, nous ne pouvons que frapper d'une flétrissure éternelle ce ministre qui, par faiblesse ou impériiie, livra aux outrages de la multitude la représentation nationale qu'il était chargé de proléger, pactisa avec toutes les tyrannies et toutes les usurpations, et termina le cours de ses palinodies en acceplant de l'Empire le titre de comte et de sénateur.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
La Montagne était résolue à n'épargner aucun effort, à ne reculer devant aucune violence pour briser la Commission des Douze avant la fin de la séance. Ses affidés envahissent de plus en plus les abords de la salle, et par leurs clameurs rendent presque impossible toute espèce de délibération. Succombant à la fatigue, Isnard prie Fonfrède de le remplacer en sa qualité de Président sortant d'exercice. Mais l'apparition du jeune et courageux député de la Gironde est le signal d'un redoublement de cris et d'invectives.
« C'est un scélérat! c'est un membre de la Commission. A bas le Président! » crient en chœur la Montagne et les tribunes.
Fonfrède désespère de dominer le tumulte et cède le fauteuil à Hérault-Séchelles. Aussitôt l'agitation s'apaise comme par enchantement ; les députatîons de la Commune et des sections se succèdent pour demander d'une manière de plus en plus impéralive l'immédiate cassation de la commission des Douze.
C'est d'abord Pache, qui vient déclarer que tout ce que l'on a dit du complot tramé à l'évêché n'est qu'imaginaire. C'est ensuite une députation de vingt-huit seclions de Paris, dont l'orateur fait le plus magnifique éloge de l'ignoble Hébert : « ]ïende.z-nous, dit-il, notre frère, notre ami, celui qui est investi de notre confiance, celui qui nous a toujours dit la vérité, celui que nous