LIVRE XXXIX
Le ministre de l'intérieur arrive le premier et fait son rapport à l'Assemblée. Mais que peut-il lui dire si ce n'est qu'un pouvoir révolutionnaire règne à l'Hôtel de Ville? Que lui conseille-l-il? La cassation définitive de la commission des Douze, digne conclusion de toutes les lâchetés que, sans le vouloir, sans le savoir, Garât avait accumulées depuis quinze jours.
Les administrateurs du département, Lhuillier en tête, viennent à leur tour rendre compte de l'état de la capitale. Ils annoncent qu'il ne s'agit que d'une insurrection morale qui a pour but la réparation des nombreuses calomnies depuis longtemps répandues contre Paris. Ils assurent que Tordre sera maintenu, que les personnes et les propriétés seront respectées; que d'ailleurs dans le courant de la journée les diverses autorités constituées du département reparaîtront à la barre pour faire leur profession de foi politique et demander justice des outrages qu'on a prodigués à la ville de Paris 1.
C'était une allusion assez transparente à la réunion
que la Convention entendait avoir sous la main; mais les meneurs de l'Hôtel de Ville étaient trop habiles pour quitter leur quartier général ordinaire et se meure à la discrétion de l'Assemblée. Us firent semblant de ne pas comprendre, et envoyèrent des délégués qui devaient rendre compte heure par heure de ce qui se passait aux Tuileries- Comme cela n'était arrivé que trop souvent, la Convention se contenta de l'apparence de la soumission, et n'exigea pas l'exécution du décret. Ce fut une faute considérable, car si la' Convention eût tenu la main à ce que, dans ce jour de trouble , les autorités de Paris et surtout la Commune îussenl réunies autour d'elle, cela aurait pu changer de beaucoup la face des choses.
i. Ce discours de Lhuillier se trouve en extrait dans le procèsverbal de la séance. Le Moniteur n'en dit pas un mot.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
que !e déparlement avait lui-même convoquée par son arrêté de l'avant-veille, et à l'aide de laquelle il comptait se mettre à la tète du mouvement.
Pache paraît enfin à la barre. Il avait bien failli ne pas venir, car le Conseil général révolutionnaire avait eu l'idée de le consigner à la Mairie, comme la commune du 10 août y avait consigné Pétion; mais on avait besoin de fa feinte candeur pour surprendre la simplicité de plus d'un représentant, et, après l'avoir mis sous la sauvegarde de tous les bons citoyens, on l'avait laissé partir en le faisant accompagner d'une dépu talion prise dans le sein du Conseil.
Il raconte avec une naïveté apparente, et comme s'il s'agissait des choses du monde les plus simples, toutes les illégalités successives dont J'Évêché et ensuite l'Hôtel de Ville ont été le théâtre. C'est lui, du reste, qui a fait doubler les postes placés aux prisons, à la Trésorerie et même à la Convention; il a fait de même doubler le poste du Pont-Neuf, afin d'empêcher que l'on ne tirât le canon d'alarme.
Le maire en était là de sa" harangue, lorsque le président Mallarmé, qui- depuis quelques instants a repris le fauteuil, donne lecture d'une lettre du commandant de la force armée du Pont-Neuf. Cet officier annonce qu'il a reçu un ordre d'Henriot qui lui prescrit de faire tirer le canon d'alarme; qu'il a refusé; mais il veut être, dit-il, couvert par un décret de la Convention.
Valazé s'élance à la tribune et demande qu'on décrète d'accusation ce prétendu commandant général de la force armée; mais les vociférations des tribunes t'ein-