LIVRE XXXIX
« — C'est faux! répond-t-on à. gauche, ils sont envoyés par les quarante-huit sections.
« — Que ceux, reprend Guadet, qui ne veulent pas me croire viennent eux-mêmes examiner les pouvoirs. D'ailleurS) de quel droit ces sections de Parts nommenleîlés des commissaires pour aviser aux moyens de sauver la patrie? N'ont-elles pas, elles aussi, des représentants dans le sein de la Convention? Forment-elles une nation à part au milieu de la France? Ne font-elles pas partie intégrante de la France? Ont-elles le droit de nommer des commissaires pour prendre des mesures de sûreté générale? »
Bourdon (de l'Oise) lui crie de sa voix avinée : a Elles n'ont pris des mesures que pour Paris. Tout ce que dit ce girondin, ce conspirateur, est inutile, ce n'est que du galimatias. »
Guadet ne fait nulle attention à des injures parties de si bas et exprimées si grossièrement. II continue ainsi son argumentation :
« Est-ce que les lois n'appartiennent pas à la République tout entière? N'est-ce pas les violer que d'établir une autorité qui se prétend au-dessus d'elles? Or ceux-là ne sont-ils pas au-dessus de la loi qui ont fait sonner le tocsin, qui ont Tait tirer le canon d'alarme? Je suis loin d'imputer aux sections de Paris cette infraction criminelle à la loi; ce sont quelques scélérats...
« — Vous calomniez Paris, lui tcrie-l-on de l'extrême gauche.
«.—•■--L'ami de Paris, répond Guadet, c'est moi, l'ennemi de Paris, c'est vous. Je sais par qui a été formée
celte chaîne de conspirations dont nous sommes environnés; je sais de quels moyens on s'est servi pour pouser les citoyens de Paris à des mouvements désordonnés. Un décret porte que les assemblées des sections seront terminées à dix heures. Les bons citoyens se retirent à cette heure et les intrigants restent. 'Ce sont ces intrigants, ces agitateurs par qui tes pouvoirs de ces commissaires ont été donnés. Les manœuvres n'appartiennent qu'à une poignée de factieux... »
Depuis le commencement du discours de Guadet les tribunes frémissaient de colère et poussaient d'effroyables hurlements. La droite réclame l'évacuation des galeries; sur son insistance, Mallarmé se détermine enfin à faire acte de président. « Je déclare, dit-il, au nom de la Convention...
« — Au nom du peuple! » lui crie-l-on des tribunes.
Mallarmé reprend : « Je déclare au nom de la loi, au nom de la Convention, au nom du peuple français, que si les citoyens des tribunes n'ont pas pour la représentation nationale le respect qui lui est dû, je ferai usage de l'autorité qui m'est confiée pour que la Convention ne soit pas avilie. »
L'intervention du président, quoique bien tardive, rétablit le calme pour un instant, et Guadet en profite pour conclure en ces ternies :
« Vous ne pouvez laisser subsister une autorité rivale, un Comité révolutionnaire qui se permet de faire des lois. Je demande que vous ajourniez toute discussion jusqu'à ce que vous sachiez par quel ordre
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France