LIVRE XXXIX
« — Je m'y oppose, s'écrie Deferinon. Rappelezvous donc ce que vous a dit ce matin Pache lui-même. Itappelez-vous que ces prétendus commissaires ont destitué le Conseil général de la Commune et l'ont ensuite rétabli provisoirement. Ce sont ces mêmes hommes que vous voyez à la barre. Je demande qu'ils ne soient pas entendus. »
Basire propose un terme moyen. « La Convention peut, dit-il , déclarer nul tout ce qui s'est fait cette nuit à l'Hôtel de Ville et admettre comme à l'ordinaire les magistrats municipaux.
« — Qu'avant tout, s'écrie Guadet, les pétitionnaires fassent connaître leur caractère et justifient de leurs pouvoirs.
« — Nous ne sommes nommés, répond l'orateur de la députalion, par aucun Comité révolutionnaire. Nous tenons nos pouvoirs des Assemblées générales de nos sections. Nous sommes des mandataires directs. Le but de notre nomination était de chercher les traces d'un complot que nous avons découvert et de prendre les mesures propres à sauver la chose publique. Le Conseil général de la Commune a adopté les mesures que nous avons proposées, et nous a chargés, comme faisant partie de l'Assemblée générale du Conseil de la' Commune, de venir vous les communiquer. »
Ces étranges explications sont tacitement acceptées par la Convention. L'orateur est admis à lire l'adresse dont il est porteur. Elle débute ainsi :
« Un grand complot vient d'éclater contre la liberté et l'égalité. Les commissaires des quarante-huit sections
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ont découvert les fils de ce complot; ils en feront arrêter les auteurs et les mettront sous le glaive de la loi. » La pétition annonce ensuite que la Commune a mis toutes les propriétés sous la responsabilité des vrais républicains, c'est-à-dire des sans-culottes , et ajoute cette phrase qui contient à elle seule tout le secret de l'insurrection : « Comme la classe estimable des ouvriers ne peut se passer de son travail , le Conseil général a arrêté qu'ils recevront quarante sous par jour jusqu'à ce que les projets des contre-révolutionn'aires soient déjoués. «
Ce que ue disaient pas les envoyés de la Commune, c'est qu'elle avait l'intention d'imputer ces quarante sous sur les fonds de l'État et de faire solder par la Convention les frais de l'émeute qui devait ia décimer.
Le président Mallarmé ne trouve rien à répliquer à cet aveu de l'insurrection et des moyens d'y pourvoir; il accorde aux pétitionnaires les honneurs de la séance.
Mais Guadet est à la tribune. Nul mieux que lui ne sait manier l'arme de* l'ironie; ses adversaires l'ont souvent éprouvé. Dans cette circonstance, il se surpasse lui-même.
h Les pétitionnaires, dit-il, qui viennent de paraître à la barre ont parlé d'un grand complot. Us ne se sont trompés que d'un mot, c'est qu'au lieu d'annoncer qu'ils l'avaient découvert, ils auraient dû dire qu'ils avaient voulu l'exécuter. Que viennent nous dire les pétilionnaires? qu'ils sont les représentants dé toutes les sections de Paris? Les pouvoirs qu'ils ont déposés sur le bureau du président n'émanent que de vingt-six sections.
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