LIVRE XL
l'Hôtel de Ville pour aller intimer à la Convention les volontés du peuple souverain.
L'altitude prise par la Plaine dans la séance du 1èr juin, l'adoption de l'adresse présentée par le Comité de salut public, pouvaient faire présager aux Girondins de quelles défaillances ils allaient être les témoins et les victimes. Ils n'avaient pas l'espérance d'obtenir de l'Assemblée cette force et cette continuité de volonté qui seules l'auraient arrachée aux étreintes de son audacieuse rivale. Il fallait donc prendre un parti définitif : ou attendre et subir, quel qu'il fût, le sort que les souverains de l'Hôtel de Ville leur réservaient, ou quitter Paris et aller demander aux départements la réalisation de la promesse si souvent répétée de se lever en masse pour assurer l'indépendance et l'intégrité de la représentation nationale.
Pendant que Marat et Pache donnaient de nouveau à l'Hôtel de Ville le signal de l'insurrection, que le tocsin et la générale faisaient entendre leur son lugubre, la plus grande partie des députés inscrits sur les tables de proscription étaient réunis chez Meillan, rue des Moulins, à quelques pas des Tuileries, et délibéraient sur ce que leur dictait non leur propre intérêt, mais celui de la patrie.
Louvet entame le premier la discussion.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
HISTOIRE DE L\ TIÏUREUIÏ.
« Désormais, dit-il, nous ne pouvons plus rien. La Montagne et les tribunes ne* nous permettront plus de dire un mot. Noire présence ne servira plus qu'à augmenter l'audace de nos ennemis; car ils seront sûrs de pouvoir saisir leur proie d'un seul coup. ïl n'y a plus rien à faire dans Paris, dominé par la terreur qu'inspirent les conjurés maîtres de la force armée et des autorités constituées. L'insurrection départementale peut seule sauver la France. Cherchons individuellement quelque asile pour cette soirée et quelques jours encore; donnons-nous rendez-vous soit à Bordeaux, soit dans le Calvados, mais surtout évitons de demeurer en otages entre les mains de la Montagne, et pour cela ne retournons pas à. l'Assemblée. »
Fuir!' ne serait-ce pas faire l'aveu implicite de leurs prétendus crimes? attiser la guerre civile dans les départements? ne serait-ce pas porter une atteinte mortelle à la République? Ceux qui se vantaient de l'avoir fondée devaient-ils lui porter les premiers coups? Seraient-ils maîtres du mouvement qu'ils allaient soulever? Ne verraient-ils pas se ranger derrière eux les débris des anciens partis qu'ils avaient si fort contribué à abattre? La campagne que l'on commencerait au nom des principes républicains ne pourrait-elle pas aboutir au rétablissement de la royauté? Telles étaient les objections que plusieurs des amis de Louvet lui opposèrent. La discussion se prolongea longtemps, et, comme cela n'arrivait que trop souvent, elle n'aboutit pas. Il fut convenu qu'on ne prendrait pas encore ce soir-là de parti définitif, qu'on laisserait passer cette nuit et la
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