LIVRE XL
Les bancs de la droite étaient presque entièrement dégarnis. En l'absence de ses amis, ie vieux Dussaulx se fait l'organe de leurs pensées et prononce ces belles paroles :
« Je m'estime heureux d'être associé aux députés qui vous ont été dénoncés par les quarante-huit sections de Paris. Cet honneur ajoutera, je l'espère, un nouvel éclat à la gloire que j'ai acquise en écrivant pour la liberté depuis trente ans. »
Mais Gette courageuse déclaration touche peu Legendre, qui trouve que la table de proscription n'est pas assez étendue.
« Citoyens, dit-il, tant que des conspirateurs siégeront dans la Convention , jamais nous n'aurons une Constitution libre et républicaine. Or, ici, quels sont ces conspirateurs, si ce ne sont ceux qui ont volé l'appel au peuple? 11 faut que la Convention prenne un parti digne d'elle; il faut que tous ceux qui ont voté cet appel soient mis en élat d'arrestation jusqu'à ce que leurs suppléants soient arrivés. Alors on prendra les mesures qui conviendront. »
Cambon reconnaît qu'aux vingt-sept membres dénoncés on pourrait en adjoindre quelques autres, mais qu'il faut aussi savoir respecter la liberté des votes et des consciences. « Où en serions-nous, s'écrie-t-il, si, pour une opinion erronée, on faisait tomber la tête à un député? Nous n'oserions plus parler. Comme, du reste, l'objet discuté est de la dernière importance, j'en demande l'ajournement.
« — Si les appelants étaient mus par l'amour de la
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pairie, ajoute Laignelot, ils ne devraient pas balancer à donner leur démission. De toutes parts nous arrivent des nouvelles désastreuses de la frontière du nord aussibien que de la Lozère. Le temps presse. Je demande que, sous trois jours, le Comité de salut public soit tenu de faire un rapport sur les moyens qu'il croit propres à sauver la France de ses ennemis intérieurs et extérieurs. »
Marat, qui venait de provoquer à l'Hôtel de Ville la reprise de l'agitation, semble d'abord vouloir s'effacer modestement. « Ayant été, dit-il, le premier poursuivi par la faction dénoncée, mon intention était de m'abstenir de prendre la parole, car je ne voudrais pas que Ton put m'accuser d'avoir dirigé ce mouvement; mais la liste contient plusieurs noms qu'il ne paraît pas nécessaire d'y placer. Celte erreur redressée, il faut poursuivre sans relâche les chefs qui ont voué à l'exécration publique la députalîon de Paris et la Commune. Ces hommes qui voulaient écraser la Montagne, ce boulevard de la Liberté, il faut les poursuivre pour leurs longues machinations et leur système de calomnie; il faut que demain nous nous occupions de purger la Convention et que le peuple ne quitte les armes qu'après . l'acte épuraloire. »
Barère succède à Marat; évitant de se compromettre, il affecte l'impartialité et débile une série d'axiomes généraux, tels que ceux-ci : « La liberté des opinions doit être sacrée; le salut du |>euple est la suprême loi ; un législateur ne doit pas toujours obtempérer aux mouvements populaires; dans les grandes
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