LIVRE XL
révolutions, il n'y a d'inviolable que la nation. » Puis, venant aux circonstances actuelles, il reconnaît que le peuple de Paris a bien fait de s'insurger parce qu'on avait attenté à la liberté d'un de ses magistrats. « Le Comité de salut public, dit— il, est prêt à recevoir les dénonciations, mais il ne pourra faire de rapports que si on lui fournit la preuve des faits qu'on allègue contre les membres inculpés. »
Le Comité de salut public devenait ainsi l'arbitre suprême entre les partis qui divisaient la Convention; il pouvait espérer les annuler l'un par l'autre. Le décret proposé par Barère et adopté par l'Assemblée était ainsi conçu :
« La Convention nationale décrète que le Comité « de salut public présentera dans trois jours les moyens « qu'il croit propres à défendre la République de ses « ennemis intérieurs et extérieurs;
« Qu'il sera fait dans le même délai un rapport sur •« les membres de la Convention dénoncés par les aulo- « rites constituées de Paris ; que la commune de Paris ■h et le département seront tenus de déposer au Comité « de salut public les actes et pièces qui peuvent appuyer « leur dénonciation. »
La séance est levée à minuit et demi.
Que venait-on parler à la Commune de délais à subir, de preuves à présenter? Depuis qu'elle avait vu
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sa pétition déclarée calomnieuse par un décret solennel, elle était à la recherche de fails propres à étayer ses accusations; depuis six semaines, elle n'avait pu rien articuler de pertinent; dans ses sommations successives, elle restait toujours dans le vague et semblait croire que des déclamations ampoulées devaient, clans un procès politique, remplacer les preuves que tout juge exige pour la constatation du moindre délit.
Aussitôt qu'elle apprend la décision dilatoire de la Convention , elle redouble d'ardeur et d'activité, elle se déclare en permanence, ordonne aux. quarante-huit sections de dresser la liste des sans-culottes de leurs arrondissements respectifs et de l'envoyer dans les vingt-quatre heures à l'Hôtel de Ville. A chacun de ceux qui seraient inscrit;; sur cette liste, on devait compter un écu de six livres.
C'était, sous l'apparence d'un rappel de solde, une prime allouée par la Commune à quiconque s'enrôlerait sous ses drapeaux le matin même du 2 juin. Ces ouvriers de la dernière heure devaient, comme dans l'Evangile, être récompensés à l'égal de ceux qui avaient déjà paru dans les deux journées précédentes. Puissant appât pour ceux que l'on allait enrégimenter, puissant levier pour remuer les masses! En vue de compléter ses largesses, la Commune décide que les sections feront marcher à la suite de leurs bataillons des voitures chargées de vivres, afin, dit l'arrêté, de nourrir ceux de nos frères qui pourraient en avoir besoin. Quant aux fonds qui serviraient à solder les six livres par tête et la nourriture de cette armée improvisée, on devait
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