‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 189 sur 246 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

lelier 1 et passe à l'ordre du jour. On lit les adresses émanées de deux bataillons de l'armée du Rhin et transmises par les commissaires près de cette armée, Ruamps, Haussmann et Duroy. Ces adresses réclament la punition des traîtres et des modérés. En les présentant dans ce moment, en leur accordant un tour de faveur, les Montagnards veulent montrer que leurs adversaires sont proscrits non-seulement par Paris, nonseulement par les départements, mais encore par l'armée que l'on faisait ainsi intervenir pour la première fois dans les dissensions de l'Assemblée.. A la lecture de ces adresses succède celle des lettres des autorités de la Vendée, du Finistère et du Cantal , qui toutes apportent des nouvelles désastreuses. Le chef-lieu du département de la Vendée, Fontenay-le-Comte, a été pris par les rebelles; les autorités constituées de ce département ont été obligées de se réfugier à la Rochelle. Les déparlements de la Bretagne se plaignent de ne recevoir aucun secours des ministres de la guerre et de la marine. Le département de la Lozère est en feu. Marvejols et Mende sont sur le point d'être occupés par les insurgés. À ces nouvelles Jean-Bon-Saint-André en ajoute une autre. « A Lyon, s'écrie— t— il , huits cent patriotes out été égorgés; l'aristocratie y marche sur les cadavres ensanglantés des amis de la liberté. » Le député montagnard en prend

1. Nous reproduisons à la fin de ce volume la correspondance échangée entre les deux minisires arrêtés (Lebrun et Clavière) et le Comité de salut public. On y verra dans quelle position étrange étaient placés ces agents du pouvoir exécutif, qui, malgré leur arrestation, étaient obligés de continuer leurs fonctions.

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occasion pour demander que l'Assemblée adople de grandes mesures révolutionnaires' et en appelle aux. lois de la guerre, les seules, dit-il, qui puissent être invoquées au milieu des dangers qui menacent la pairie. Sur sa proposition, la Convention décrète : « Que les autorités constituées, dans toute l'étendue de la République, seront tenues de faire saisir et mettre en état d'arrestation toutes les personnes notoirement suspectes d'aristocratie et d'incivisme; qu'elles rendront compte à Sa Convention nationale de l'exécution de ce décret et demeureront personnellement responsables des désordres que pourrait occasionner leur négligence »

Les choses ainsi préparées, les directeurs secrets de l'insurrection pensent qu'il est temps de faire paraître la dépulalion de la Commune, pour qu'elle renouvelle devant la Convention, régulièrement assemblée, les demandes qu'elle a formulée;; la veille devant une chambre incomplète. Des bancs de la Montagne, on réclame a grands cris l'admission des pétitionnaires. Lanjuirïais s'élance à la tribune et demande h faire une motion d'ordre,

« Je viens, dit-il, vous; entretenir des moyens d'arrêter les mouvements qui se manifestent dans Paris; il n'est que trop notoire que, depuis trois jours, vous ne délibérez plus avec liberté; une puissance rivale vous commande, elle vous environne, . au dedans, de ses salariés; au dehors, de ses canons. Je sais bien que lepeuple déteste l'anarchie et les factieux, mais il est leur instrument forcé. Des crimes que la loi déclare digues de mort ont été commis, une autorité usurpatrice a fait

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tirer le canoQ d'alarme ; il semblait qu'un voile officieux, dût être jeté sur tout ce qui s'était passé, mais le lendemain le désordre continue, le surlendemain tl recommence... »

Lanjuînais avait mis le doigt sur la plaie, aussi mille invectives viennent-elles l'assaillir.

Tuuriot. — « Vous calomniez Paris!

Drouet. — « Vous êtes un imposteur!

LiïGEKDitfc;. — « Vous conspirez à la tribune !

Guffiioy. — ■( Entendons les pétitionnaires plutôt que ce traître, qui veut allumer la guerre civile! »

Un autre montagnard monte les degrés de la tribune et adresse à l'orateur des paroles qui ne parviennent pas à l'Assemblée. Mais Lanjuinais n'hésite pas à répéter tout haut les menaces qui lui sont faites à voix basse.

« Comment voulez-vous, dit-il, assurer la liberté de la représentation nationale, lorsqu'un député, un collègue, vient me dire à cette tribune : « Jusqu'à ce que nous ayons justice des scélérats qui te ressemblent, nous remuerons et nous agirons ainsi. »

Cette révélation ajoute encore à la fureur de la Montagne, qui exige à grands cris l'admission des pétitionnaires. Le Centre et la Plaine demandent que la parole soit maintenue à l'orateur. Les plus vives interpellations s'échangent de part et d'autre. Enfin Lanjuinais reste maître du terrain et continue ainsi :

« Une assemblée usurpatrice non-seulement existe, non-seulement délibère, mais elle agit, mais elle conspire. C'est elle qui a fait sonner le tocsin hier jusqu'à

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onze heures du soir, c'est elle qui l'a fait sonner encore aujourd'hui. Le secret des lettres a été violé et n'est pas rétabli. Tous savez quelles odieuses manœuvres ont été employées pour armer les citoyens les uns contre les autres. Les Comités révolutionnaires de section, que vous avez réduits y la simple surveillance (les étrangers, ont fait sans scrupule arrêter des citoyens français. Le corn mandant provisoire nommé par une autorité illégale continue ses fonctions, et donne des ordres. On présente de nouveau une pétition traînée dans la boue des rues de Paris.

« — Vous calomniez Paris, vous insultez le peuple jusque dans l'exercice de son droit de pétition, lui criet-on de la gauche.

<> — Non, je n'accuse pas Paris, réplique Lanjuinais; Paris est bou, Paris est opprimé par quelques scélérats. »

Mais les démagogues semblent résolus à ne pas en entendre davantage. Ils redoublent leurs vociférations.

Legencfre escalade la tribune et cherche à en précipiter l'orateur. « Descends, ou je t'assomme! » lui criet-il en accompagnant sa menace d'un geste qui ne trahit que trop son ancienne profession. C'est alors que Lanjuinais lui lance cette apostrophe, nne des plus sanglantes ironies que l'histoire nous ait léguées :

(i Legendre, fais d'abord décréter que je suis un bœuf; tu m'assommeras après. »

Legendre, décontenancé, recule. Urôuel, Robespierre jeune, Jullien de Toulouse donnent le signal d*un

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