LIVRE XL
nouvel assaut- Aidés de quelques dignes acolytes, • ils s'efforcent d'arracher Lanjuinais de la tribune. Celui-ci s'y cramponne. Plusieurs membres de la droite volent à son secours. Une lutte corps à corps s'engage. On ne peut prévoir quelle en sera l'issue, lorsqu'enfin le président, Mallarmé, qui jusque-là est resté muet en présence d'un tel désordre, se décide à intervenir. Il rappelle l'Assemblée au calme et Lanjuinais à la question. Le député d'Illé-et- Vilaine conclut ainsi :
« Je demande que toutes les autorités révolutionnaires de Paris , notamment l'assemblée de l'Évêché, le Comité central, ainsi que tout ce qu'ils ont l'ait et arrêté depuis trois jours, soient cassés. Je demande que le Comité de salut public rende compte après-demain de l'exécution de ce décret. Je demande enfin que tous ceux qui voudront s'arroger une autorité nouvelle ou contraire à la loi soient déclarés hors la loi, et qu'il soit permis de leur courir sus. »
La courageuse résistance de Lanjuinais avait fait attendre les prétendus représentans du peuple souverain. L'Assemblée s'empresse de . réparer cette irrévérence et d'admettre à sa barre la députa tion de la Commune.
« Délégués du peuple, dît l'orateur, depuis quatre jours le peuple de Paris n'a pas quitté les armes-, ses mandataires , auprès desquels il n'a cessé de réclamer ses droits indignement violés, sè rient de son calme et
HISTOIRE Uli LiV TERREUR.
de sa persévérance. Le llambeau de. la liberté a pâli; les colonnes de l'égalité sont ébranlées; les contrerévolulionnaires lèvent la tête. Qu'ils tremblent.! la fondre gronde; elle va les pulvériser.
« Représentants, les crimes des factieux de la Convention vous sont connus; nous venons pour la dernière fois vous les dénoncer. Décrétez à l'instant qu'ils sont indignes de la confiance de la nation, niellez-les en état d'arrestation provisoire; nous en répondons tous, bur nos têtes, à leurs départements. Le peuple est las de vous voir ajourner son bonheur; il est encore entre vos mains ; sauvez-le, ou il se sauvera lui-même. »
Le président Mallarmé répond :
« C'est, dites-vous, au nom du peuple de Paris que vous venez de parler; les autorités constituées, les bons citoyens mettront sans doute au premier rang de leurs devoirs le respect pour la représentation nationale. S'il y a des traîtres parmi nous, il faut qu'ils soient découverts, jugés, et qu'ils tombent sous le glaive de la loi. A'ous venez de faire à la Convention une demande que vous dites être la dernière. La Convention l'examinera; elle pèsera les mesures (pie sa sagesse lui commandera, et fera exécuter avec courage celles qui lui paraîtront nécessaires.
« La Convention vous invite aux honneurs de la séance. »
Certes, cette réponse à l'insolent ultimatum de la Commune n'était pas celle qu'aurait dû dicter à son président le sentiment de la dignité de l'Assemblée. Néanmoins elle témoignait' des hésitations qu'éprouvait.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France