‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 202 sur 246 · Voir plus haut, page · texte numérisé non relu

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avaient bien mérité de là patrie. A ce moment, la Commune n'était pas en mesure de dicter ses lois à la Convention; elle n'avait pas encore rassemblé et encore moins soldé ses fameux sans-culottes à quarante sous par jour ; elle n'avait pu préparer celte mise en scène au moyen de laquelle elle persuada aux députés que les Tuileries étaient assiégées par quatre-vingt millehommes, tous animés du même esprit, et lui imposant une même volonté. Les Girondins étaient alors à leur poste. En se présentant résolument aux masses, toujours si mobiles et si impressionnables, ils auraient pu réveiller de vieux enthousiasmes, reconquérir leur ancienne popularité; mais, pendant les trois jours qui venaient de s'écouler, les conspirateurs de l'Hôtel de Ville et de l'Évêché avaient eu le temps d'anéantir, par la lassitude et la calomnie, les dernières velléités de sympathie qu'une partie de la population parisienne pouvait avoir encore pour la Gironde.

Des hommes qui voient leurs travaux suspendus, leurs affaires arrêtées, la banqueroute à leurs portes, sè laissent facilement persuader qu'avant tout il faut en finir; qu'une solution, quelle qu'elle soit, vaut mieux qu'une agitation perpétuelle et stérile; que le salul de quelques individus ne peut être mis en balance avec l'intérêt public. D'ailleurs, les dëpiUésdont la Commune demandait l'expulsion élaient-ils donc si intéressants? N'était-ce pas eux qui avaient, à plusieurs reprises, appelé contre Paris la vengeance des départements et menacé la capitale d'une destruction complète? Il ne s'agissait, en somme, que d'épurer la Convention

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par une insurrection morale qui respecterait la vie des hommes et la sûreté des propriétés; it ne s'agissait que de contraindre au silence ceux des membres de l'Assemblée qui faisaient seuls obstacle à l'entente générale, à la félicité universelle. Ces députés une fois mis hors d'état de nuire, par une arrestation provisoire qui ne durerait probablement que quelques semaines, le calme renaîtrait dans les délibérations; la Constitution s'achèverait comme par enchantement; on verrait la prospérité revenir, le prix des denrées de première nécessité diminuer; les travaux de toute nature reprendre avec une activité toute nouvelle. C'est avec ces misérables appâts, ces mensonges grossiers, que l'on trompe les masses ignorantes, qu'on obtient leur indifférence, si ce n'est leur complicité.

Le droit venait de succomber devant la force et la ruse associées. Il n'y avait plus qu'à formuler l'arrêt. C'est Couthon, le confident le plus intime de Robespierre, qui se charge de ce soin. Pendant qu'ïïéraull- Séchelles remonte au fauteuil, que les membres de la Convention regagnent silencieusèment leurs bancs, le montagnard cul-de-jatte s'est fait porter à la tribune; sa physionomie est douce; son regard placide; mais son front est d'airain. Sa sérénité n'a d'égale que son impudence. Il débite lés mensonges les plus éhontés, les principes les plus sanguinaires avec une voix tendre et mélancolique. On croirait qu'il récite une idylle.

« Citoyens, dit-il, tous les membres de la Convention doivent être maintenant rassurés sur leur liberté. Vous avez marché vers le peuple; partout vous l'avez

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trouvé bon, généreux, incapable d'altenter à la sûreté de ses mandataires, maïs indigné contre les conspirateurs qui veulent l'asservir. Maintenant donc que vous êtres libres dans vos délibérations, je demande, non pas, quant à présent, le décret d'accusation contre les vingtdeux membres dénoncés; mais que la Convention décrète qu'ils seront mis en état d'arrestation chez eux, ainsi que les membres du comité des Douze et les ministres Clavière et Lebrun. »

La Montagne et les tribunes appuient cette proposition de leurs acclamations; le reste de l'Assemblée se contente de murmurer. Quelques députés, un peu plus courageux, somment le président, au nom de la Convention et de la France entière, de rapporter les demandes qu'il a adressées à Henriot et les réponses qu'il en a reçues. Héraut-Séchelles feint de ne pas entendre. Quelques protestations s'élèvent encore de la droite; mais les démagogues les couvrent de leurs cris. De minute en minute on sent l'Assemblée faiblir.

Dans toute réunion un peu nombreuse, rien n'est plus contagieux que la lâcheté. Rien n'est plus fréquent que les capitulations de conscience. Sur les bancs mêmes de la droite, on se dit tout bas : « Après tout, les proscrits ne sont pas bien à plaindre d'être obligés de rester paisiblement chez eux, ilsy seront en sûreté; d'ailleurs, le peuple le veut ainsi, et il vaut mieux se résoudre à un mal minime que s'exposer à de grands malheurs1.

i. Meillan, dans ses Mémoires, atteste qu'il a entendu de ses propres oreilles énoncer ces propos par des collègues qui siégeaient, comme lui, à la droite.

Un membre de la Plaine déclare qu'il préfère se dispenser de voter que de trahir sa conscience. En énonçant cette opinion, il croit faire un grand acte de courage. Ce moyen terme est tacitement adopté comme réglé de conduite par la majorité de l'Assemblée.

Pendant ce temps on lit la liste des députés dont l'arrestation est réclamée. Legendre fait observer que deux des membres de la commission des Douze, Fonfrède et Saint-Martin, se sont opposés aux/mandats d'arrêt qui ont soulevé la colère du peuple de Paris, et, par conséquent, méritent de ne pas être confondus avec leurs collègues.

Marat obtient définitivement qu'on raye de la liste Dussaulx, Lanthenas et Ducos. Le président prévient qu'il va consulter l'Assemblée sur le décret ainsi amendé; quelques voix timides renouvellent la proposition d'allendre la démission volontaire des députés dénoncés ; — aNon! aux voix le décret!» répond la Montagne. Deux ou trois députés se lèvent pour déclarer qu'ils ne sont pas libres, qu'ils ne consentiront jamais à voter, entourés de canons et de baïonnettes. Quelques membres demandent l'appel nominal; malgré leurs réclamations, on vote par assis et levé. Le plus grand nombre des représentants reste immobile à l'épreuve et à la contreépreuve. Seule, l'extrême gauche, et avec elle les insurgés qui siègent pêle-mêle avec les députés, prennent part au vote. Le président déclare que le décret est rendu'.

4. Le procès-verbal officiel, rédigé. par les vainqueurs eux-mêmes, constate que de nombreuses protestations furent faites à l'instant même contre l'adoption du décret.

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