LIVRE XL
«Vive la Montagne! à la guillotine Brissot, Guadet, Vergniaud! purgez la Convention! tirez ie mauvais sang1! L'Assemblée continue tristement sa marche à travers la grande allée. Cette espèce de promenade funèbre est signalée par quelques incidents. Un homme, portant l'écharpe municipale, s'approche de Basire, et Je prenant par le bras : « Voilà comme vous êtes, lui dit-il, pourquoi sortiez- vous? avec vos demi-mesures vous faites manquer tous les coups. » Pendant ce temps, Meillan et quelques-uns de ses amis étaient montés sur la terrasse du bord de l'eau. Le quai était rempli de sectionnâmes armés; ignorant ce qui se passe et pleins de déférence pour les représentants du peuple, ils les invitent à venir au milieu d'eux. « Oui! oui! nousallons vous voir aussi », leur crie Meillan, et aussitôt lui et ses compagnons courent rejoindre leurs collègues qui, déjà, étaient arrêtés au pont tournant1. Le pont est fermé, et le chef du poste déclare qu'il a les ordres les plus formels pour ne pas ouvrir. Pendant qu'Hérault- Sécbelles parlemente avec lui, arrive Marat. Fatigué d'attendre que les députés vinssent reprendre le cours de
4 . Le procès-verbal olBciel, rédigé après coup par les vainqueurs, renferme cette phrase qui peut elre considérée comme un aveu implicite des outrages dont la Convention tut abreuvée pendant sa funèbre promenade à travers le jardin des Tuileries : « Toutes les troupes et les citoyens assistants ont accueilli la Convention avec des démonsirations d'honneur et de bienveillance, parmi quelques propos inconsidérés. *•
1."Ce pont était jeté sur les fossés qui réparaient dans ce lempsâ les Tuileries de la place Louis XV. Il en est souvent, question dans l'histoire de la Révolution.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
leurs délibérations, craignant qu'un accord ne s'établît entre l'Assemblée et ceux qui ont mission de la tenir sous l'oppression, il accourait suivi d'une troupe d'enfants déguenillés, qui lui faisaient cortège et criaient à lue-tête : « Vive Marat! vive la Montagne! » — « Au nom du peuple, dit à Hérault l'ignoble tribun, je vous somme de rentrer à votre posté que vous. avez lâchement déserté. » Les représentants hésitent. « Que les députés fidèles retournent à leur poste », répète Marat.
A cette nouvelle injonction de l'Ami du peuple, quelques membres appartenant à la Montagne rebroussent chemin et abandonnent leur collègues. Bientôt, malgré quelques protestations individuelles, la masse des députés, la tête basse et la mort dans le cœur, S'ébranle et se dirige vers les Tuileries. Elle y rentre humiliée, vaincue, condamnée désormais îi subir pendant quatorze mois le joug qu'elle vient de se laisser imposer.
La démarche de la Convention lui fut aussi funeste que l'avait été, dix mois auparavant, celle que l'on avait fait tenter à Louis XVI, le matin du 10 août. Vergniaud Pavait proposée le 31 mai, mais n'avait pu entraîner ses collègues1. Ce jour-là, elle eût été le commentaire le plus habile du décret que l'Assemblée avait voté sur ses instances, et qui proclamait que les sections de Paris