TRANSLATION DES BOURBONS A MARSEILLE
Le 8 avril, le duc d'Orléans, le duc de Beaujolais, le prince de Conii et la duchesse de Bourbon partirent pour Marseille, sous la conduite de trois commissaires du pouvoir exécutif. Ces commissaires étaient les sieurs Laugier, Cailleux et Naigeon. Ils avaient reçu des instructions dont la teneur suit :
Conseil eiïèculif provisoire. Tous les ministres présents.
« 8avriH793.
« Le ministre de la justice a remis sur le bureau un décret rendu ce jour même par la Convention nationale, portant que tous les individus de la famille des Bourbons, hors ceux qui sont détenus au Temple, seront transférés sur-le-champ. à Marseille, où ils resteront en état d'arrestation dans les forts etchàteaux de celte ville.
« Le Conseil exécutif provisoire arrête, pour l'exécution de ce décret, les dispositions suivantes :
« 1° Il y aura deux voitures, un officier de gendarmerie sera « dans chacune d'elle; elles seront escortées par un détache- « ment, chacune, de six gendarmes, qui seront fournis par les « départements de la route, d'après les ordres qui seront don- « nés par le département de la guerre.
« 2° Deux commissaires civils seront chargés de présider à a la translation; en conséquence, ils requerront les municipa- (i lités et corps administratifs de pourvoir à la sûreté des pri- « sonniers el de fournir, s'il y a lieu, les suppléments d'escorte « nécessaires.
« 3° L'un des deux commissaires devra toujours marcher « avec les voitures, tandis que l'autre ira en avant pour faire u préparer les logements et prendre d'avance toutes les ii mesures de sûreté.
« 4° Les prisonniers ne pourront avoir de domestique qu'au « moment où ils seront arrivés à leur destination, mais les
NOTES
« femmes pourront emmener avec elles une femme pour les « servir.
« 5° Il sera fait une route pour indiquer les lieux de repos « ainsi que les lieux où l'escorte sera relevée.
« 6° Le ministre de la justice est chargé de faire toutes les a autres dispositions qui lui paraîtront convenables et il sera « dressé en outre une instruction particulière pour les comf1 missaires à la translation.
« Clavière, Lebrun, Garât, Goiiieb, Grquvelle. »
Le départ n'eut pas lieu sans protestation de la part de la duchesse de Bourbon et du prince de ConEi, qui, de Paris d'abord et ensuite de plusieurs des villes où il leur fut permis de s'arrêter, adressèrent des pétitions à la Convention; mais elles furenttoutes rejetées par un ordre du jour pur et simple.
Le voyage s'effectua sans grave incident; seulement les commissaires eurent la précaution de traverser de nuit la ville de Lyon et d'aller d'une seule traite de Roanne à Vienne. Comme ils se voyaient arrêtés, à chaque instant, par le manque absolu de chevaux de poste, ils prirent le parti de s'embarquer sur le Rhône, dans un bateau assez grand pour recevoir les voitures, les prisonniers et leur escorté, et descendirent ainsi de Vienne jusqu'à Avignon.
A leur arrivée à Marseille, les princes et la duchesse de Bourbon furent écroués au château de Notre-Dame de la Garde ; ils y trouvèrent le duc de Montpensier, qui les avait devancés de dix jours dans cette prison. Plus tard ils furent transférés au fort Saint-Jean.
Peu de temps après, ils eurent à subir un interrogatoire devant le peuple assemblé dans l'église Saint-Thomas. Cette formalité avait été prescrite par le décret du 1 G avril 1793, qui était ainsi conçu : *
« Le président du Tribunal criminel du département des Bouches-du-Bhône, ou les juges par lui délégués, inter/ogeront les individus de la famille des Bourbons, détenus à Marseille, sur tous les faits relatifs à la conspiration ourdie contre la liberté française, et il sera envoyé au Comité de salut public une expédition de ces interrogatoires.
Nous donnons in extenso le texte des interrogatoires du duc d'Orléans et de ses deux fils. La finesse des réponses y égale souvent la stupidité des demandes. Nous les ferons précéder de la lettre par laquelle le ministre de la justice transmit ces pièces au président de la Convention.
« Paris, ce20 mai 1103.
« Citoyen président,
« Je m'empresse de vous transmettre des expéditions des interrogatoires subis par les individus de la famille des Bourbons détenus au fort de Notre-Dame de la Garde de Marseille.
« La Convention nationale verra sans doute avec satisfaction le zèle que les membres du Tribunal criminel du déparlement des Bouches-du-Rhône ont montré dans celte circonstance. . « L'accusateur public m'informe que les interrogatoires ont été faits dans une église, ex présence du peuple, au milieu de la garde nationale, et que tout s'est passé dans la plus grande tranquillité.
« Le ministre de la justice,