LIVRE XXXIV
communication des lettres dont ce courrier serait porteur et à lui envoyer copie, à lui, Héraut, de celles qui leur paraîtraient compromettantes. En même temps, it confiait au général de l'armée des Alpes une lettre indifférente et ostensible qu'il adressait a Rovère et que le courrier avait reçu ordre de remettre,. à son passage à Lyon, en mains propres au destinataire. Le piège ainsi tendu, les commissaires de Chambéry attendirent. Trois jours après, ayant reçu de leurs collègues de Lyon plusieurs lettres que ceux-ci avaient cru devoir saisir; ils se hâtèrent de faire avec grand appareil une perquisition dans les papiers de Kellermann; mais, après quatre heures d'une minutieuse investigation, ils furent obligés de reconnaître et de proclamer la parfaite innocence du général 1 .
Biron était dans une position bien plus difficile que Kellermann ; ses relations avec le duc d'Orléans étaient tout à fait intimes et elles venaient de recevoir une consécration nouvelle par l'arrivée au quartier général de Nice du second fils de ce prince, en qualité d'adjudant général lieutenant-colonel.
La première dépêche qui put faire soupçonner à Biron que des- événements graves se passaient à Paris fut un arrêté émané du Comité de défense générale et
1 . Le Comité de salut public en jugea de même. Ma'ndé à Paris, le général Kellermaim comparut devant le Comité le 17 mai et se justifia complètement. Par un décret solennel, rendu sur le rapport du Comité, il Tut déclaré n'avoir jamais cessé de mériter la confiance de la République. On trouvera à, la fin du volume le texte des pièces officielles relatives à cette affaire.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
ordonnant l'arrestation du duc de Montpensier. Cet arrêté n'était accompagné d'aucune lettre explicative.
Au moment même où il venait de recevoir la dépêche du Comité, Bîron rencontra le prince dans son antichambre; il lui fit signe d'entrer, et, lorsqu'ils furent seuls, lui montra l'ordre fatal. « Ne concerne-t-il que moi ? lui demande le jeune officier. — Que vous seul. On ne me parle pas du reste de votre famille, et, si c'était une mesure générale, j'imagine qu'on me le manderait. Avez-vous quelques papiers qui puissent vous compromettre? Allons les examiner et les brûler avant qu'on en fasse l'inventaire et qu'on les mette sous les scellés. Ah! ma position est affreuse; j'aimerais mille fois mieux recevoir un coup de fusil dans la tête qu'une pareille commission! mais courons au plus pressé. » Ils se hâtent de se rendre au domicile du prince et de détruire quelques papiers, notamment deux lettres du duc de Chartres. Le jeune général n'y dissimulait pas à son frère le dégoût qu'il ressentait de voir compromise par tant d'excès la cause dans laquelle ils étaient l'un et l'autre engagés et le désir qu'il avait de s'en séparer.
Ces lettres étaient à peine anéanties, qu'arrivèrent chez le duc de Montpensier les autorités municipales de Nice, averties par Biron lui-même; mais elles ne trouvèrent plus rien à mettre sous les scellés; il fallut se contenter de procéder à l'arrestation du prince.
Le soir même, le prisonnier prenait, sous l'escorte d'un officier de gendarmerie, la route de Paris, ainsi que le prescrivait l'ordre du Comité de défense générale. Mais, arrivé à Aix, il dut rétrograder jusqu'à Marseille,