LIVRE XXXIV
Dans l'Anjou et dans le bas Poitou, la guerre se continuait avec des chances diverses. La victoire changeait de camp pour ainsi dire tous les jours, favorisant tantôt les Bleus, tantôt les Blancs, suivant que l'une ou l'autre armée savait résister au premier choc de ses adversaires ; car la panique jouait un grand rôle dans toutes les rencontres. Les gardes nationaux n'étaient pas beaucoup plus aguerris au feu que ïes paysans poitevins; souvent ils lâchaient pied malgré les efforts des vieux officiers qu'on leur avait envoyés de Paris; puis, pour s'excuser, ils accusaient de trahison ces mêmes officiers et les dénonçaient aux représentants du peuple en mission et même, au besoin, à la Convention.
L'armée vendéenne s'était dispersée pendant les fêtes de Pâques (premiers jours d'avril); maïs elle reparut bientôt comme par enchantement, plus nombreuse que jamais. A cette reprise d'armes, plusieurs détachements se présentèrent ayant à leur tête d'anciens nobles qui avaient déjà servi : d'Elbée, Bonchamps, Lescure; tandis que d'autres marchaient sous le commandement des premiers chefs de l'insurrection, Stofflet, Cathelineau et autres. Ils se réunirent tous pour attaquer le général Berruyer établi à Chemillé; mais celui-ci les battit et les
d'être investis des mêmes pouvoirs que le Tribunal révolutionnaire de Paris. A la première réquisition des administrations de département et, à plus forte raison, des représentants du peuple, ils devaient se transporter dans les chefs-lieux de district pour y juger, conformément à la loi du 19 mars, les individus accusés d'avoir pris part aux révoltes ou émeutes contre-révolutionnaires. Leurs jugemenls devaient être exécutés dans les 34 heures et sans recours au Tribunal de cassation.
poursuivit jusqu'à Beaupreau. Ils prirent bientôt leur revanche en tombant à l'improviste sur la petite armée de Quetineau, composée en grande partie de gardes nationaux rie Maine-et-Loire. C'est dans cette dernière journée que La Rochejacquelin entra en scène pour la première fois à la tête de ses paysans. II leur avait adressé avant le combat cette parole célèbre, qui peut être le mot d'ordre de tous les militaires sans acception de parti : a Allons cbërcher l'ennemi. Si je recule, tuezmoi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi. »
Il est consolant pour l'historien de pouvoir clore par de telles paroles le récit de tant d'horreurs '.
1. Nous avons voulu apporter notre contingent aux nombreuses publications qui ont été faites sur la guerre de la Vendée. On trouvera, à la fin du volume, un certain nombre de pièces que nous croyons complètement médites.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France