‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 48 sur 246 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

Père furent égorgés, le 27 mars, à leur entrée à Machecoul, avant même d'être écroués.

Bientôt les prisons sont insuffisantes pour contenir tous les malheureux qu'on y entasse. Une commission instituée et présidée par Souchu1 s'établît pour les juger ou plutôt pour désigner ceux qui doivent être massacrés. Le 3 avril, jour d'affreuse mémoire pour les contrées de l'Ouest, cinquante-huit prisonniers 2 sont liés les uns aux autres au moyen d'une longue corde qui, comme le disaient les exécuteurs de cette triste tragédie, formait chapelet, conduits dans un champ, où l'on a d'avance creusé une large fosse, et passés par les armes V

1. Souchu était né à Saint-André-de-Chàteau -Régna tilt, près do Tours, et avait été procureur fiscal d'une justice seigneuriale appartenant à un parent de Charelte: Depuis l'établissement des nouveaux tribunaux, il s'était établi àMachecoul et y cumulait l'emploi d'avoué et celui de chef de bureau du district.

2. Parmi les victimes des massacres de Machecoul, les diverses autorités constitutionnelles eurent leurs représentants, à savoir : 1° Le district : Jaubert, vice-président; Charruau, Betliuis, administrateurs; Hubin-Girardicre, procureur-syndic; Garreau, trésorier. 2° Le tribunal : Cavienel, président; Masson, commissaire national; Charruau, greffier. 3" La municipalité : Baré, maire; Guilbaud, procureur-syndic; Boissy, Gueperoux, Deslandes, Forlineau, Gry, membres du Conseil de la commune; Bezian, greffier. 4° La garde nationale : Vrignaud et Baron, officiers. 5° Le clergé constitutionnel : Hardiesse, curé de Bourgneuf.

La plus grande partie des détails que nous donnons ici sont tirés d'un livre plein de faits curieux et de détails intéressants que vient de publier, à Nantes, M. Alfred Lallié, sous ce titre : Le £>istrict de Machecoul, de il 88 à il 93.

3. L'expression de cliapeletadonné lieu à toutes sortes de tables : on a prétendu que les prières connues sous ce nom avaient été, pen-

9i HISTOIRE DK LA TERREUR.

Ces meurtres ont été par quelques historiens ultrarévolutionnaires mis en parallèle avec les massacres du 2 septembre à Paris, avec ceux ordonnés à Lyon et à Nantes par Fouché et par Carrier. On doit flétrir les uns et les autres de la même réprobation; mais il faut bien reconnaître aussi que, dans chacune de ces trois villes, le nombre des victimes fut à peu près décuple de celui des infortunés qui périrent à Machecoul et dans le pays de Betz. Dans ces affreuses guerres de représailles, où l'on ne se répond les uns aux autres qu'à coups d'atrocités de tout genre, l'historien, pour être équitable, en est réduit à supputer le nombre des victimes et à faire peser la plus grande part de responsabilité sur le parti qui en a le plus immolé.

Du reste, les massacres de Machecoul ne restèrent pas longtemps impunis; Beysser, le lieutenant de Canclaux, s'empara de cette ville moins de quinze jours après les événements que nous venons de raconter. Souchu et ses principaux complices furent saisis, jugés et exécutés dans les vingt-quatre heures qui suivirent l'occupation républicaine1.

dant l'exécution, récitées par les séides de Souchu; on en a inféré que les assassins avaient voulu placer ces meurtres sous l'égide de la religion. Rien de tout cela n'est vrai; cette expression se retrouve dans le récit de plusieurs massacres de celte époque ; nous pourrions citer notamment ceux des Broteaux, à Lyon. Jl est naturel qu'on se serve des mêmes termes pour exprimer les mêmes choses. Comme les républicains à Mache-coul, les royalistes, aux Broteaux, Turent conduits au moyen de longues cordss dans le champ où leur fosse était préparée, et ce fut, la. aussi, la fusillade qui égrena ces chapelets humains.

I. Par les lois des 7 et 9 avril, les tribunaux criminels venaient

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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