LIVRE XXXIII
contre-révolution; l'a— t— il ourdi seul? Danton prétend qu'il n'a pas pu, qu'il n'a pas osé faire arrêter Dumouriez, et cependant.il nous avait déclaré quelque temps auparavant, au Comité, que l'armée était tellement républicaine, que si son chef était décrété d'accusation, elle l'amènerait elle-même à la barre de l'Assemblée.
« Danton prétend qu'il a annoncé au Comité que la République n'avait plus rien à espérer de Dumouriez. Voici ce qu'il a dit : « Dumouriez a perdu la tête en poli— « tique; maïs il a conservé tous ses talents militaires et « il faut bien se garder de l'arracher à l'armée. » Robespierre demandait que l'on examinât sérieusement la conduite de Dumouriez et que Ton prît sur-le-champ un parti. Danton s'y opposa et déclara qu'il ne fallait prendre aucun parti contre le général en chef de l'armée du Nord avant que la retraite de Belgique, ne fût entièrement effectuée.
a Voilà les faits; voici comme je raisonne : je dis qu'il y avait un plan formé pour rétablir la Royauté et que Dumouriez était ù la tète de ce plan. Que fallait-il pour le faire réussir? il fallait maintenir Dumouriez à la tète de son armée. Danton" est venu à la tribune et a fait le plus grand éloge de Dumouriez. Il fallait se populariser soi-même; qu'a fait Lacroix? en arrivant de Belgique il affecte un patriotisme exagéré, dont jusqu'ici il n'avait pas donné d'exemple. Il se déclare Montagnard, il tonne contre les députés qui ont voté l'appel au peuple, contre ceux que l'on désigne sous les noms d'hommes d'État. L'avait-il fait jusqu'alors? non. Pour réussir enfin il fallait tenir les deux extrémités du fil.
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Lacroix reste en Belgique; Danton vient ici; il assiste au Comité de sûreté générale et il se tait. . . »
Danton, qui s'est contenu jusqu'alors, s'écrie de sa voix tonnante : « C'est faux! » et tous ses amis répètent en chœur : « c'est faux! »
Mais Lasource ne s'émeut pas de ces dénégations et continue ainsi :
« Danton, interpellé de rendre compte des motifs qui lui ont fait abandonner la Belgique, ne nous dit que des choses insignifiantes. Comment se fait-il qu'après avoir rendu compte de l'état des choses en Belgique, Danton reste à Paris? Avait-il donné sa démission? non. Si son intention était de ne pas retourner à son poste, il fallait qu'il le dit, afin que l'Assemblée le remplaçât; et dans le cas contraire il fallait qu'il s'y rendît immédiatement. Pour faire réussir la conspiration de Dumouriez, il fallait faire perdre à la Convention la confiance publique. Que fait Danton? il paraît à. la tribune et là il reproche à l'Assemblée d'être au-dessous de ses devoirs; il annonce une nouvelle insurrection ; il annonce que le peuple est prêt à se lever, et cependant le peuple reste tranquille
« Pour protéger la conspiration, il fallait exagérer les dangers de la patrie; Lacroix et Danton grossissent l'étendue de nos revers. Us espèrent arriver ainsi à. un double résultat : lès âmes timides s'épouvanteraient, les lâches se cacheraient; le peuple se croyant trahi menacerait la tête des hommes d'État. Ainsi on cherchait à ex-
i. Voir tome VI, page 323, le discours que Danton prononça le 27 mars.