‹ Histoire de la Terreur 17921794. T. septièmeChapitre 7 sur 246 · LIVRE XXXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII

citer un mouvement, à dissoudre la Conventiou nationale, tandis que Dumouriez se serait avancé à la tète de son armée pour nous donner un roi. Citoyens, voilà les nuages que j'ai vus dans la conduite de vos Commissaires. Comme Danton, je demande que vous^nommiez. une Commission ad hoc t pour éclaircir les faits et découvrir les coupables. Le peuple veut la justice. H a vu assez longtemps le Capïtole et le trône; il veut voir la roche Tarpéienne et l'échafaud. Le tribunal que vous avez créé ne marche pas encore. Je demande qu'il rende compte tous les trois jours des procès qu'il a jugés et de ceux qu'il instruit. Je demande que les citoyens Égalité et Sillery qui sont inculpés, mais que je suis loin de croire coupables, soient mis en arrestation chez eux. Je demande enQn que les lettres et les . procès- verbaux qui vous ont été lus soient envoyés aux départements et aux armées, et que vous accompagniez ces documents d'une adresse. Enfin, pour prouver à la nation que nous ne capitulerons jamais avec un tyran , je demande que chacun d'entre nous prenne l'engagement de donner la. mort à celui qui tenterait de se faire roi ou dictateur. »

Une acclamation unanime se fait entendre. L'Assemblée entière se lève et répète le serment de Lasource.

Biroteau, l'un des tirailleurs les moins disciplinés de la Gironde, demande alors la parole pour dénoncer un fait important : « Au Comité de sûreté générale, lorsqu'on cherchâmes moyens de sauver la patrie, Fabre d'Eglantine, dont on connaît les liaisons avec Danton, annonça qu'il avait un moyen sûr de sauver la République, mais

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qu'il n'osait pas en faire part, parce qu'on calomniait sans cesse les opinions. On le pressa de s'expliquer ; on le rassura en lui disant que les opinions étaient libres; que, d'ailleurs, tout ce qui se disait au Comité y demeurait enseveli. Alors Fabre à mots couverts proposa un roi. »

De violents murmures partis de l'extrême gauche accueillent cette révélation. Danton se lève et, montrant le poing à l'orateur, s'écrie : « Scélérats, vous avez pris la défense du roi et vous vouiez rejeter vos crimes sur nous! »

Biroteau : « Je vais citer les paroles de Fabre avec la réponse qu'on lui fit. Il dit... » L'orateur est encore interrompu. Delmas demandera parole au nom du salut public: « J 'adjuré, dit-il, mes collègues de couper court à l'explication que l'on provoque en ce moment. Si elle a lieu, elle perdra la patrie. Souvenez-vous de cette prédiction. Je demande qu'à l'instant et toute discussion cessant, vous décrétiez l'établissement d'une Commission telle que l'ont proposée La source et Danton. »

L'Assemblée, un instant bien inspirée, adopte à l'unanimité la motion de Delmas. Mais Danton, qui se sent mortellement atteint par les traits que lui a lancés Lasource, s'efforce de renouveler le débat en soulevant une question incidente. « Sans vouloir, dit-il, faire aucune personnalité, sans vouloir revenir sur la proposition qui vient d'être décrétée, je somme. Cambou de s'expliquer

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sur un fait d'argent, sur les cent mille écus qu'on annonce avoir été remis à Lacroix et à moi. »

« Le renvoi à la Commission] » crient plusieurs voix. Ce renvoi est immédiatement ordonné. Danton est obiigé de regagner sa place. Au moment où il y arrive, ses amis se lèvent en poussant d'effroyables vociférations et en l'invitant à réclamer la parole pour un fait personnel. L'ex-ministre de la justice s'élance de nouveau à la tribune. Il y est accueilli par les applaudissements de la Montagne et des galeries. Une partie de la droite demande l'exécution du décret et réclame l'ordre du jour. Mais Lasource lui-même insiste pour que l'on entende immédiatement Danton. Celui-ci commence sa défense sur un ton calme qui dissimule mal la rage implacable dont il est dévoré. /I veut, avant tout, faire amende honorable des sentiments de conciliation qu'il a exprimés au commencement de la séance. Se tournant vers l'extrême gauche : « Citoyens, s'écrie-t-il. qui êtes placés sur celte Montagne, je dois vous rendre hommage; vous avez mieux jugé que moi ; je tempérais avec effort l'impétuosité que j'ai reçue de la nature; vous m'accusiez de faiblesse : vous aviez raison.

« Eh quoi ! ce sont ces hommes qui par impéritie ou par scélératesse ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive cle la loi ; ce sont ces mêmes hommes qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de dénonciateurs ! «

La droite éclate en murmures; les Montagnards soutiennent l'orateur du geste et de la voix; Danton domine le tumulte et continue :

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« Que vous a dit Lasource dans le roman qu'il vient de vous débiter? il a menti quand il vous a dit qu'à mon retour de Belgique je ne m'étais pas présenté au Comité de défense générale. Je suis arrivé à Paris le vendredi 29, à huit heures du soir Fatigué de mes courses et de mes travaux à l'armée, car il faut bien le dire enfin, Lacroix et moi, nous avons rallié nos soldats sous le canon autrichien, on ne pouvait exiger que je me transportasse immédiatement au Comité. Dès le lendemain j'y suis allé et mes conclusions ont été parfaitement conformes à celles que Camus a fait adopter ce jour-là par la Convention.

« On prétend que nous voulons un roi, il n'y a que ceux qui ont eu la lâcheté de voter l'appel au peuple, il n'y a que ceux qui ont constamment cherché à exaspérer Dumouriez contre les sociétés populaires et contre la majorité de la Convention, il n'y a que ceux qui ont manifestement voulu punir Paris de son civisme, armer contre lui les départements; il n'y a que ceux qui ont voulu le fédéralisme; il n'y a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec Dumouriez quand il était à Paris... »

u — Lasource en était! » hurle Marat, qui, par ses exclamations approbatives, souligne chacune des assertions de l'orateur.

i . Danton mentait impudemment; il était à Paris plusieurs jours avant le vendredi 29. Nous avons prouvé) tome VI, page 30S, qu'il y était arrivé le 24, mais qu'il n'avait paru au Comité de défense générale et à l'Assemblée que le 27; ce jour-là il prononça le discours que nous avons analysé t. VI, p. 323.

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« — Eux seuls sont les complices de la conjuration, et c'est moi que l'on accuse! »

Cette apostrophe lancée à la face des Girondins excite l'enthousiasme de la Montagne et les murmures de la droite. Les plus vives interpellations s'échangent de part et d'autre. La Convention ressemble dans ce moment à une arène de bêtes féroces prêtes à s'entr'égorger.

Danton, l'œil injecté de sang, le poing fermé, jette à ses adversaires ce défi qui devait être le signal d'un combat à mort :

« Voulez-vous, s'écrie-t-il, un mot qui paye pour tout! eh bien, sachez-le : il ne peut plus y avoir de trêve entre les patriotes qui ont voulu la mort du tyran et les lâches qui, en voulant le sauver, nous ont calomniés devant la France. » .

Puis se tournant vers la gauche:.

« Républicains, s'écrie-t-il , je vous interpelle tous; est-ce la terreur, est-ce l'envie d'avoir un roi qui a fait proscrire le tyran?

« Non ! non ! » répondent un grand nombre de députés.

« Eh bien! si c'est le sentiment profond de vos devoirs qui vous le fit immoler, si vous avez cru sauver le peuple et faire en cela ce que la nation était en droit d'attendre de ses mandataires, ralliez-vous, vous qui avez prononcé l'arrêt du tyran, contre les lâches qui ont voulu l'épargner. » Et, du geste, Danton indique les membres de la droite. « Serrez-vous, appelez le peuple à se réunir pour écraser l'ennemi du dehors et l'ennemi du dedans* Confondez par votre vigueur tous

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les scélérats, tous les aristocrates, tous les modérés; plus tle composition avec eux. Quant à moi, depuis le commencement de la Révolution, j'ai été calomnié de cent manières différentes, je ne m'en suis jamais inquiété; aujourd'hui les homélies misérables d'un vieillard cauteleux 1 ont été le texte de nouvelles inculpations. J'ai prouvé que les soupçons élevés contre moi étaient des chimères ou des calomnies, j'ai prouvé que je n'avais rien reçu, que je n'étais comptable de rien. Ce n'est pas moi qui ai dirigé les dépensesqu'a entraînées en Belgique l'exécution du décret du 15 décembre; ces dépenses ont été- nécessitées pour déjouer les complots des prêtres fanatiques. Ce n'est pas à moi qu'il en faut demander compte, c'est à Lebrun ; j'interpelle de nouveau à cet égard le patriote €ambon! »

Celui-ci se lève et atteste que les cent mille écus formaient tout simplement le total des dépenses indispensables pour l'exécution du décret du 15 décembre 2.

Satisfait du singulier quitus que vient de lui donner le financier de la Montagne, Danton termine ainsi sa fougueuse harangue :

« J'appelle sur ma tête les investigations de la Commission que vous venez d'instituer, je pulvériserai les

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