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A un autre bataillon qui paraît hésitant, Valence dit: « Mes amis, vous n'aurez jamais la paix sans un roi. La voulez-vous? — Nous voulons bien îa paix, répondent quelques voix, mais nous ne voulons pas de roi. »
Ces faibles dissidences se noient dans les flots d'enthousiasme qu'excite la présence du vainqueur de Jemmapes. Il est accueilli, sur tout le front du camp, par de frénétiques applaudissements qui lui semblent le présage d'un dévouement sans bornes et d'une adhésion sans rélicence. Aussi s'inquiète-t-il fort peu de l'absence calculée de Leveneur. il se contente de lui envoyer l'ordre de venir le trouver le lendemain matin à son quartier général, où il ne rentre lui-même qu'à la tombée de la nuit.
A peine y est-il arrivé qu'on lui annonce une députation des volontaires de Saône-et-Loire. Elle est composée d'un lieutenant et de cinq sous-officiers, qui tous ont inscrit sur leurs chapeaux: « La république ou la mort. » L'orateur de la troupe lit une adresse, oii l'on engage en ternies très-énergiques le général en chef à obéir aux ordres de la Convention et à se rendre à sa barre. Dumouriez leur répond qu'ils sont aveuglés par de faux rapports et que la République ne peut s'affermir avec un gouvernement sans frein, sans justice et sans lois, tel que celui que la Convention impose à la France. Les motïonnaires ne paraissent pas disposés à se laisser persuader. Baptiste Renard qui, quoique élevé par décret de la Convention au rang de capitaine % ne quitte pas
i. Voir tome V, page 9.
son maître, les surveille de près, dans la crainle qu'ils ne se portent à des violences. Au premier mouvement menaçant, if appelle la garde. Sur l'ordre du général, les six volontaires sont saisis, garrottés et réunis à Pille et Lecointre, arrêtés la veille.
Le h avril, à la pointe du jour, les huit prisonniers sont envoyés sous bonne escorte au camp autrichien; Dumouriez les recommande à Clairfayt d'une manière toute particulière comme des brigands et des assassins l.
Tandis que Dumouriez se croyait assuré du succès, la catastrophe se préparait rapidement. Les autorités civiles de'Valcnciennes, de Douai et de Lille, les représentants Leqiiinio, Cochon et Bellegarde dans la première de ces villes, Carnot et Lesage-Senaut dans la seconde, le Comité de sûreté et de défense établi dans la troisième ont déployé autant d'énergie que d'habileté pour contre-balancer l'influence que six mois de
i . Dans ses mémoires, Dumouriez attribue cette démarche à des volontaires de la Marne et en fise la date au 31 mars. L'erreur est peut-être involonUiire pour la désignation du département, elle ne peut l'être pour la iixation du jour. La date du 3 avril est donnée par Dumouriez lui-même dans son second manifeste à la nation française. (Afmiiteur du mai 1733, n° 121.) ■
En antidatant la démarche des volontaires, Dumouriez évidemment a voulu donner à penser que, même avant l'arreslation des commissaires, il avait été exposé aux poignards des assassins.
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victoires ont acquise au général rebelle sur son armée. Sans s'être concertés, les deux groupes de représentants ont pris des arrêtés presque identiques. Ils ont déclaré Dumourïez suspendu de ses fonctions pour cause de révolte contre la loi et d'attentat a l'autorité du peuple souverain. Ils ont interdit à tout militaire français, de quelque grade qu'il fût, de le reconnaître pour général et de lui obéir; ils ont ordonné de se saisir de sa personne et de le faire conduire, mort ou vif, sous bonne et sûre escorte, à la barre de la Convention.
Ces arrêtés, aussitôt imprimés, sont répandus de tous côtés. L'adjudant général Chérin, qui est venu à Valenciennes conférer avec les représentants, retourne au camp de llruille, porteur d'un grand nombre d'exemplaires. 11 les donne et les lit lui-même aux soldats, qu'il exhorte, au nom de la patrie, à rester fidèles à leurs devoirs. On l'arrête; mais, pendant la nuit, il trouve encore moyen de s'échapper et de revenir à Valenciennes, déguisé en simple garde national.
Perrin, sous-lieutenant au 19"" bataillon des fédé-. rés de Paris , est envoyé de Lille dans le même but. Il parvient également à introduire au camp de Maulde un grand nombre de proclamations et à s'esquiver au moment où on veut le saisir et le conduire au quartier général.
Des émissaires plus subalternes, déguisés en paysans ou en soldats, sont expédiés dans les cantonnements. .Les conventionnels prodiguent l'argent à quiconque leur promet de pénétrer jusqu'au foyer de la rébellion et d'y provoquer des manifestations contraires à celles qui
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viennent d'éclater en faveur de Dumouriez1. Les commissaires de Valenciennes. plus rapprochés du théâtre de l'action, essayent de jeter la division entre les généraux; ils écrivent à Valence et à Egalité, pour les requérir de refuser toute obéissance au rebelle et de faire lire devant les troupes qu'ils commandent la proclamation qui suspend Dumouriez de ses fonctions. Mais» désespéranl bientôt de les détacher de la cause qu'ils ont embrassée, ils inveslissent du commandement eu chef le général Dam pierre, qui vient de se prononcer ouvertement pour la Convention1, et lui ordonnent de recueillir au camp de Fa mars les soldats isolés oui commencent à quitter les deux camps de Bruille et de Maulde et affluent à Valenciennes et dans les villages environnants.
1 . « De l'or, de l'or ; envoyez nous des fonds. Nous sommes dans un moment où il est impossible do tenir un compte régulier des dépenses secrètes que nous faisons à chaque instant, » écrivaient à la Convention Lequinio et ses deux 'collègues do Valenciennes.
2. Voici lo discours qu'à celle occasion prononça lo général Dampi erre :
i< Soldats de la République française, vous venez d'entendre les ordres de la Convention ; c'est de cette assemblée que sortent tous les pouvoirs légitimes ; c'est à elle que tout citoyen doit obéir; Eh bien, celle obéissance que Dumouriez avait juré de maintenir, il est le premier à y manquer, et c'est dans un temps où l'ennemi esta nos porles, c'est lorsqu'il traite avec nos ennemis, qu'il fail arrêter quatre 'représentants du peuple et Je ministre de la guerre,, que' nous partagerions ce crime affreux! N 'aurions-nous vaincu à Jemmapes que pour èlre sous le joug d'un nouveau tyran ? Non, la liberté restera et les tyrans passeront. Je jure de ne jamais vous abandonner, je jure de ne jamais trahir la libftrlé. «
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A Lille se passaient des événements encore plus graves et plus décisifs. Le 2 avril au soir, Dumourîez avait expédié un aide de camp pour savoir ce qu'était devenu Miaczinski ët réitérer au général Duval les instructions qu'il lui avait tait transmettre le matin. Mais cet aide de camp, trouvant le poste de Pont-à-Marcq changé et apprenant que Miaczinski était arrêté, n'avait pas osé s'aventurer au delà. A cette défaillance, il avait ajouté une faute plus grande encore : au lieu de rapporter à Dumourîez l'ordre qu'il n'avait pas exécuté, il l'avait confié au courrier de la malle, pour qu'il le remît au général Duval \
En apprenant que la plus importante des places du Nord lui est échappée, Dumourîez veut au moins rappeler à lui les cinq mille hommes que Miaczinski a
i. L'ordre de Dumourîez à son aide de camp était ainsi conçu : « Aux bains de Saint-Arnaud, 2 avril 1703.
« Il est ordonné à l'aide de camp Perrault de partir au reçu du présent pour se rendre à Pont-à-Marcq, avec le courrier de la malle destinée pour Lille. I! remettra ce courrier sous la garde du commandant du poste de Pont-à-Marcq, et immédiatement après il se rendra de sa personne à Lille, il instruira le général Duval des événements d'hier, de ('arrestation de quatre commissaires efcdu ministre do la guerre et de .leur envoi à Tournai comme otages ; il lui ordonnera de ma part de presser l'exécution des ordres que j'ai donnés pendant la nuit au général Miaczinski, et s'il trouve pour l'exécution do ces ordres des obstacles de la part des corps administratifs et militaires ou de quelques-uns de leurs membres, ou enfin de tout autre individu, il les fera arrêter et les enverra sous bonne garde au quartier général des bains Saint-Amand.
« Le général en chef de l'armée du Nord, « DuMoimiEZ. »
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emmenés d'Orchies et qui errent sur les glacis de Lille, sans ordre et sans chef. L'entreprise était délicate et périlleuse; Dumouriez la confie à son aide de camp de prédilection, au confident le plus intime de ses pensées, au jeune Philippe Devaux, fils naturel du prince Charles de Lorraine.
Personne n'est plus propre aux coups de main, oii les scrupules ordinaires ne sont pas de mise, que ces enfants de l'amour et du hasard, qui n'ont ni feu ni lieu, ni foi ni loi, ni famille ni patrie, qui, dans toutes les actions de leur vie, ne consultent que leur ambition, n'écoutent que leur intérêt et, habitués qu'ils sont de demander au jeu les ressources de leur existence, n'hésitent pas à se faire les instruments dociles de quiconque, sur un coup de dé, s'avise de risquer les destinées d'une nation.
Dumouriez avait compris que ce jeune homme, plein d'esprit et de courage, embrasserait la cause de son bienfaiteur avec d'autant plus d'ardeur qu'il avait rompu les derniers liens qui le rattachaient à l'Autriche; il le fait donc appeler le 4 avril de grand malin et lui remet un ordre ainsi conçu :
« Il est ordonné à toutes les troupes qui étaient sous le commandement du général Miaczinski et qui sont en ce moment sous Lille, d'en partir sur le champ pour se rendre aux ordres du maréchal de camp Philippe De va ux.
» Saint-Arnaud , le 4 avril 1703.
ii Le général en chef de l'année, Dumouriez. j>
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