LIVRE XXXII
Devaux passe sans encombre devant le poste toujours si dangereux de Pont-à-Marcq. L'officier qui y commande n'ose le faire arrêter et se contente de signaler son passage au général Duval. L'émissaire de Dumouriez arrive dans l'après-midi au faubourg de Paris, espérant y trouver les troupes de Miaczinski. Il apprend que, par ordre des autorités de Lille, elles ont fait un mouvement circulaire autour des remparts et sont allées camper au faubourg de la Madeleine, mettant ainsi le corps de la place entre elles et le quartier général de Dumouriez. Devaux ne peut voir qu'un triste présage dans ce changement de direction ; mais il se rassure dès qu'il sait que le camp de la Madeleine est commandé par Macdonald. Cet officier, destiné à une si brillante carrière, avait été aide de camp d'abord de Beurnonville, ensuite de Dumouriez pendant la dernière campagne; quelques jours auparavant, Dumouriez l'avait nommé colonel du 2",c régiment de ligne. Devaux ne doute pas que cet ancien compagnon d'armes ne l'accueille avec joie et ne mette le plus vif empressement à servir les desseins de son général, de son protecteur. Mais, quand le jeune aide de camp arrive après mille détours à la Madeleine, il apprend que le commandant a été mandé en ville et ne reviendra que dans la soirée. Devaux était connu de tous les régiments qui composaient le camp parce qu'il avait fait avec eux la campagne de Belgique. Il donne l'ordre au colonel du 6'ne dragons de tenir des cavaliers prêts à monter à cheval; mais, ne voulant pas confier son secret à d'autres qu'à Macdonald, il
HISTOIRE DE LA TEKRIiUH.
se fail conduire au logement de celui-ci. Accablé de fatigue, il se jette tout habillé sur le lit de son ami et s'endort.
A huit heures' du soir, il est réveillé en sursaut par un bruit de voix ; il se jette à bas du lit, se précipite dans les bras de son ancien compagnon d'armes et lui annonce qu'il a des choses importantes à lui communiquer. Mais celui-ci est entouré d'officiers que Ûevaux ne connaît pas et auxquels la municipalité de Lille a donné pour mission d'accompagner le commandant au camp delà Madeleine, autant au moins pour le surveiller que pour lui prêter leur concours.
Macdonald repousse doucement Devaux : « Mon ami, lui dit-il, je ne sais ni ne veux savoir ce dont tu es accusé, mais j'ai reçu l'ordre de l'arrêter et j'y obéis.» Le malheureux aide de camp voit que toute résistance est impossible ; il se laisse prendre sans essayer de faire usage de ses armes; on le conduit à l'hôtel de ville de Lille; il y est interrogé, fouillé; on trouve sur lui l'ordre de Dumouriez. Le directoire du district ordonne qu'il sera maintenu en état d'arrestation et déposé dans un appartement voisin de celui où Miaczinski est enfermé depuis quarante- huit heures.
Quelques jours après, les deux prisonniers partaient pour Paris, où les attendait le tribunal révolutionnaire.
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale
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Vllf.
Dumouriez avait promis aux Autrichiens de leur livrer une place de sûreté, en garantie ries arrangements qu'il avait pris avec eux. Il ne pouvait plus espérer enlever Valenciennes. où Lequioio et ses deux collègues Taisaient bonne garde; il ne pouvait se hasarder à marcher sur Lille avant d'avoir reçu des nouvelles de Devaux. Il devait donc tourner ses vues sur la petite ville de Gondé.
La cavalerie, avec laquelle le général Neuilly avait tenté de s'emparer de Valenciennes, s'était repliée sur cette place et sur les villages environnants. Le général en chef était persuadé qu'à son premier signe elle intimiderait, s'il était nécessaire, le reste de la garnison et lui assurerait la possession de la ville sans coup férir. Aussi ne s'était-il pas inquiété de prescrire à Neuilly de faire une démonstration qu'il croyait pouvoir retarder sans danger.
Mais le/t avril élait le jour fixé pour l'entrevue avec le prince de Cobourg, entrevue qui devait avoir lieu sutla limite des deux frontières, à moitié chemin de Condé et de Eoussu. Que répondre si les Autrichiens exigent la livraison immédiate de la place de sûreté .promise? Du mouriez mande au quartier général le commandant de place Langlois, qu'on lui a signalé comme un homme qui n'est pas sûr. Celui-ci, imitant la conduite de presque tous les officiers que nous avons vus
successivement paraître en scène, tenait à se mettre en règle vis-à-vis des deux partis. Ce n'est qu'après avoir envoyé aux commissaires de Valencîenries une soumission aussi explicite que possible1 qu'il se résout à aller trouver Dumouriez. Il arrive aux bains de Saint- Àmand le k avril, à cinq heures du matin. Le général le fait aussitôt introduire et, le regardant fixement :
h Commandant, lui dit-il, on prétend que je dois vous soupçonner,
— Pas de trahison, général, j'ai toujours été fidèle à mon serment.
— Vous me promettez que vous obéirez aux généraux ?
— Oui, comme je leur ai toujours obéi.
— Puisqu'il en est ainsi, vous pouvez retourner à Cotidé, j'y serai du reste presque en même temps que vous. »
Langlois, dès qu'il est de retour à Condé, fait avertir
1. Voici lo texte même de la lettre écrite par Langlois aux commissaires :
« Condû, lo 3 avril 1793, V&i 2" de la République. « Citoyens, je suis dans une position bien critique ; je reçois continuellement des ordres de Dumouriez; dois-je refuser ou non? Il a envoyé ce matin un de ses aides dû camp avec ordre de commander à Condé à ma place et de me rendre de suite à Saint-Arnaud. J'ai eu la maladresse de m'y rendre; où étant, j'ai appris que vous étiez à Valencicnnes et qu'il était déchu de son commandement. En conséquence, je suis revenu vite sans le voir. Dictez-moi actuellement la marche que je dois tenir.
« Le commandant temporaire, «■ Langlois. »
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France