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son étendue et à déclarer formellement que Y état de guerre qui, subsiste entre la cour de Vienne, les puissances coalisées et la France , se trouve dès à présent malheureusement rétabli...
« Je me vois forcé par l'empire des circonstances d'annuler complètement ma déclaration susdite. 11 n'en subsistera plus que l'engagement inviolable, que je renouvelle avec plaisir' ici : que la discipline ta plus sévère sera observée et maintenue par nos troupes sur le territoire français et que toute contravention sera punie avec la dernière rigueur1. »
Cette nouvelle déclaration était la violation formelle des. engagements pris avec Dumouriez et ses compagnons d'armes. Aussi, dès que le prince eét de retour à son quartier général, Dumouriez. va le trouver et le prévient qu'il ne peut demeurer un instant de plus auprès de loi, puisqu'il semblerait par sa présence sanctionner ce revirement complet d'opinion.
Une pareille démarche était conforme au programme que s'étaient tracé Dumouriez et les généraux qui avaient approuvé ses projets, car tous avaient déclaré qu'ils voulaient coopérer à la régénération de la France et non à son démembrement. Pourquoi Dumouriez ne persista-t-il pas toujours dans cette ligne de conduite? Pourquoi écrivit-il les lettres que nous donnerons plus loin?
Dumouriez se rend immédiatement à Bruxelles et y fait imprimer sa seconde proclamation au peuple français1. Dans cette pièce il affirme que son unique dessein est de rétablir la royauté constitutionnelle. Général sans armée, il parle comme s'il était encore à la tète de ses troupes et s'il pouvait dicter des lois à la France. Il ne fait aucune allusion à la dernière proclamation de Cobourg et s'en réfère « à la déclaration aussi noble que franche par laquelle le respectable commandant de l'armée autrichienne annonce que les impériaux entreront sur le territoire français, non comme des conquérants qui veulent dicter des lois, mais comme des alliés
1. La proclamation du 0 avril se trouve in extenso au Moniteur du 25 avril, n° 115.
2. Cette proclama lion a lîio insérôe au Moniteur du 1" mat, n" 121.
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NOTES
généreux qui viennent aider les bons citoyens à détruire l'anarchie. »
"Le 16, il quille Bruxelles et se dirige vers la Suisse, dans l'espérance chimérique d'y trouver les régiments, anciennement au service de France, encore tout formés, et prêts à sa voix à pénétrer dans les provinces du sud-est pour y faire une diversion puissante.
Il avait envoyé en avant son aide de camp, Montjoye, afin qu'il pût lui rendre compte du véritable état des choses dans les cantons helvétiques. Celui-ci le retrouve à Stnttgard et lui annonce qu'il doit renoncer aux espérances dont il s'est bercé. D'un autre côté le grand-duc de Wurtemberg lui fait dire qu'il ne peut le recevoir et qu'il lui serait fort obligé de ne pas rester trop longtemps dans ses États.
Le 2 mai, Dumouriez est de retour à Bruxelles et va trouver le comte de Metternich pour lui remettre en mains propres l'original d'une nouvelle déclaration qu'il date de Francfort, 20 avril, et qu'il fait imprimer et placarder sur tous les murs de la capitale du Brabant. Par cette déclaration, Dumouriez annonce « qu'il n'a jamais eu de liaison ni avec la faction d'Orléans, si tant estqu'il ait jamais existé une faction semblable, ni avec le prince connu sous le nom de Philippe-Égalité, qui en est le prétexte. » Il avoue « qu'il a estime et affection pour l'alné des fils de ce prince qui a parfaitement servi en Champagne et en Belgique, mais qu'il est sûr d'avance que, bien loin d'aspirer jamais à monter sur le trône de France, il fuirait au bout de l'univers plutôt que de s'y voir forcé. »
Le comte de Metternich témoigne à Dumouriez son trèsvif mécontentement de son retour en Belgique et encore plus de la manière bruyante dont il manifeste sa présence dans ce pays. Il écrit aussitôt au comte de Trautmannsdorf, ministre de l'empereur à Vienne, pour lui raconier la conversation qu'il a eue avec le général fugitif. Sa lettre, que nous avons eue sous les yeux, est remplie de détails « sur les insinuations astucieuses que Dumouriez lui a faites, afin de lui démontrer que le véritable intérêt de sa cour est de se séparer de. la coalition. » Elle se termine par l'assurance que les mesures les plus promptes et les plus énergiques vont être prises pour faire
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enlever les placards et débarrasser la Belgique de l'audacieux qui vient ainsi compromettre le gouvernement impérial et le mêler à des démêlés peu dignes de lui.
Dumouriez, édifié par la réception que lui a faile le comte de Metternich, juge prudent de ne pas prolonger son séjour à Bruxelles. Dès le ti mai, il se réfugie à Mergentheîm , petite ville de Franconie dépendant de l'éleclorat de Cologne.
C'est de là qu'il écrit au colonel Mack la lettre suivante:
« Je suis errant comme Ulysse. Tout le monde m'a déconseillé d'aller en Suisse. On m'a donné avis qu'il était parti de Paris des Brutus par différentes routes, notamment par Genève et par Bàle; j'ai pris le parti de rebrousser chemin à Stuttgard. Je suis revenu ici, où j'ai loué une maison avec un petit jardin; il y a de la promenade et pas un Français, que ceux qui m'y joindront. Nous serons en tout sept ou huit, quand ma parente m'aura rejoint*. J'attendrai ici les événements; donnez-moi, quand vous le pourrez, des nouvelles de ceux qui vous intéressent.
« Termines bien vile votre campagne. Si une fois Valenciennes est pris, tout est dit, ]mrce que voits pouvez éviter Boucliain et vous porter sur Cambrai, gui ne peut pas tenir.
« Il est fâcheux que vous ayez donné autant de temps aux anarchistes pour se renforcer et reprendre courage. Les Prussiens vont bien lentement aussi du côté du Rhin; ils se sont laissé prendre quelques canons au Rhintgitz par la garnison de Casse!.
« Je ne peux point me mêler de cette guerre, et je suis bien sûr que ma délicatesse à cet égard ne me rend que plus estimable à vos yeux et à ceux de S. A. le prince de Cobourg, à qui je vous prie de présenter mes hommages les plus respectueux et les plus tendres.
« Quand elle sera finie, quand je n'aurai plus les mêmes motifs, je serai fort aise, si l'occasion se présente, de témoigner à S. A. M*' l'archiduc, à M«r le prince de Cobourg, à l'armée impériale, mon estime et ma reconnaissance dans la première guerre qui pourra troubler encore le repos de l'Europe, qui,
\. C'est ainsi que Dumouriez désignait Mnie de Beauvert, sa maîtresse.
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NOTES
malheureusement, ne sera pas de longue durée à ce que je prévois.
u En attendant, je vais me reposer ici-, je vous embrasse, mon cher général, et vous aime de tout mon cœur,
« Le général Dumouriez. »
Le lit mai, Dumouriez adresse une autre lettre à l'archiduc Charles :
« Je suis errant sans savoir où je pourrai terminer mon odyssée. Je suis établi à Mergentlieim. Partout on m'objecte une ordonnance très-rigoureuse, quoique prudente, qui regarde toute la nation française. Je viens de prendre la liberté d'écrire à S. M. l'Empereur pour solliciter une excepiion que j'ose croire avoir méritée. J'ai tant de confiance, monseigneur, dans les bontés et l'estime que vous m'avez témoignées, que je supplie Votre Altesse Royale de vouloir bien ou nie donner un asile dans les Pays-Bas, ou obtenir de S. A. M«r l'Électeur de Cologne de me laisser tranquille à Mergentheim, où je peux, dans la solitude, écrire mes mémoires, qui pourront être utiles.
« En me refusant un asile dans l'Empire, on semblerait avoir une condescendance timide pour cette criminelle Convention, nationale qui m'a proscrit, et certainement celleréflexion est bien éloignée, de la conduite et des succès de l'Empereur. Quel que soït mon sort, quelque part que je sois obligé de me retirer, si on me confond avec les émigrés, je me rappellerai toujours avec le plus tendre intérêt votre accueil obligeant; je ferai toujours des vœux pour votre bonheur et votre gloire, trop heureux si je pouvais personnellement y contribuer. C'est la plus forte ambition qui nie reste après le rôle que j'ai joué. Je désirerais, en me rapprochant de Votre Altesse Royale, pouvoir lui donner des preuves du profond respect et du tendre attachement avec lesquels... »
L'archiduc Charles répond d'une manière fort évasive :
« Je ne saurais m'expliquer en ce moment sur l'asile que vous désireriez obtenir dans ces provinces. Ne pouvant rien prendre sur moi à cet égard, je demanderai les ordres de l'Empereur, et en attendant je m'intéresserai auprès de l'JÊIec-
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leur de Cologne, pour que Son Altesse Royale veuille agréer que vous continuiez votre séjour à Mergentheim. Je seraicharmé que la résolution de ce prince puisse être conforme à ce que vous désirez, s
Au môme moment Dumouriez recevait de l'électeur de , Cologne une lettre où le refus absolu de le tolérer dans ses États était accompagné de reproclies amers et de compliments ironiques, qui reflétaient parfaitement les sentiments des émigrés vis-à-vis du promoteur de la guerre européenne :
* Bonn, le 16 mai 1703.
« J'ai reçu, monsieur, votre lettre du 12, et j'ai été fort étonné d'apprendre que vous êtes encore à Mergentheim. J'avais espéré que vous rendriez justice aux ménagements que j'avais mis, en ordonnant à mon siadthalter de vous engager à choisir un autre domicile ; mais il paraît que vous cherchez, par votre lettre, une explication ultérieure de mes sentiments, que je ne veux tarder de vous donner. La France, travaillée dans son intérieur par différentes factions sans principes, ne m'inspirait dans le commencement que de la pitié, qu'une faction de scélérats a su transformer par ses forfaits en horreur. J'avais considéré ce qui se faisait comme un moment de démence, et, quoique moi-même et l'ordre teutonique, dont la direction m'est confiée, y souffrent des pertes considérables, je les ai regardées comme un cas de malheur, et me Hattais de revoir un nouvel ordre de choses s'établir au moment de la résipiscence. Tout esprit d'ordre et de gouvernement était bouleversé en France, mais tout le reste de l'univers était tranquille, et ce n'est que par vous, monsieur, et votre ministère, qu'on est redevable d'avoir entraîné la plus grande partie de l'univers à se mêler de ces malheureuses affaires. C'est vous qui avez le premier décidé en France de porter les armes dans un pays étranger, d'attaquer les voisins et de chercher à y étendre les fléaux qui la déchiraient dans son sein. Le sang versé, les impositions et vexations cruelles qu'entraîne une guerre aussi générale et désastreuse pour la France que pour tout l'univers retombent sur vous, comme premier auteur et moteur de ces calamités; et la manière distinguée et brillante
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NOTES
dont vous avez commandé l'armée ne peut faire oublier les maux que vous avez causés à l'humanité. Je ne parle point de la façon dont vous avez quitté l'année française. Mon jugement, dirigé uniquement comme celui d'un particulier par les sentiments d'honnêteté, de loyauté et de probité, pourrait ne pas convenir, et je suis charmé pour vous que vous ayez pu prendre comme marque d'estime la curiosité des peuples de voir l'auteur de leurs malheurs et l'objet de leurs craintes. Ce ne sont pas vos principes, mais les circonstances qui ont changé, et, si les grandes puissances croient que vous puissiez leur être utile ou que vous croyez qu'elles vous soient redevables, je vous assure que pour moi, comme simple particulier chargé de l'administration de quelques contrées qui m'ont voulu élire pour leur chef, je ne puis penser de même ni me mettre en relation avec vous, mais je dois plutôt réitérer les ordres donnés à mon stadthalter d'accélérer votre départ. C'est avec ces sentiments que je suis, etc. »
Dumouriez,-au reçu des injonctionsde l'électeur de Cologne, prend le parti de retourner à Bruxelles. Il annonce cette résolution à son ami Mack :
a Mergentlieim, le 21 mai 1793.
« J'ai besoin de votre amitié, mon cher général, et je la réclame avec la confiance que vous méritez à tous égards.
« J'ai été obligé, comme vous le savez, de renoncer au projet d'aller en Suisse. Monljoye, que j'avais envoyé d'avance, me mande que la neutralité de la plupart des cantons est si favorable aux Français- républicains, qu'au moins ine ferait-on le mauvais compliment de me retirer; il me mande d'ailleurs que ce ne pourrait être que par la cour de Vienne qu'on obtiendrait peut-être le rétablissement des régiments suisses, qui étaient à la solde de France.
« En conséquence, j'ai tenté de m'établir dans différentes villes, et partout on m'a opposé la terrible ordonnance de l'Empire contre les Français : je viens de recevoir l'invitation la plus formelle et réitérée de l'électeur de Cologne de quitter Mergentheim, et je prends le parti de retourner dans les Pays-Bas.
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« Je pars ce soir, je ne m'arrêterai nulle part, et je serai à Bruxelles presque aussitôt que ma lettre. J'emploierai les bontés de S. A. R. W l'Archiduc Charles, ou pour me donner un asile, ou pour me donner un passe-port double, dont l'un ne soit pas sous mon nom, car ma célébrité est une gêne terrible et même un malheur en ce moment.
« Je sens que je serais incommode peut-être, et moi-même mal à mon aise, près des armées a Bruxelles, ou dans une ville quelconque des Pays-Bas, environné d'émigrés, peut-être de patriotes déguisés, d'assassins et d'espions. Je crois pouvoir faire quelque chose de plus utile et qui ait un but.
« Je voudrais me rendre en Angleterre, sous un nom italien ou flamand . De Londres je sauraisjnieux ce qui se passe en France. J'apprends qu'il se fait à Bayeux, en Normandie, un rassemblement général de députés de plusieurs départements. C'est le noyau d'une assemblée légale qui peut abattre la Convention nationale et les Jacobins. Je voudrais être à portée de suivre les mouvements de cette assemblée, ce que je peux faire utilement, ayant commandé douze ans en basse Normandie et y étant aimé.
« Le vrai moyen d'abréger la guerre, par conséquent de diminuer les dépenses et la consommation des hommes, c'est de parvenir à détruire les Jacobins et la Convention nationale, les premiers comme des monstres ennemis du repos du genre humain, la deuxième comme une troupe d'assassins du roi et d'insensés, aveclesquels aucune puissance nepeut traiter, parce qu'on ne peut pas. les regarder comme les représentants de la nation française. Ainsi, la guerre durera tant qu'il y aura une Convention nationale; c'est donc elle qu'il faut détruire pour le bien de toute l'Europe, et c'est l'objet de ta troisième proclamation que je fais imprimer à présent. Je serais plus à portée en Angleterre de faire passer en France des pièces intéressantes pour ouvrir les yeux de mes malheureux compatriotes, et de concourir ainsi aux efforts des puissances coalisées, pour faire . cesser une anarchie qui peut devenir fatale à l'Europe entière, si la guerre dure plus d'une campagne.
» J'arriverai à Bruxelles sous cinq ou six jours. Je me sers du passe-port du capitaine Baptiste pour éviter la curiosité et
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NOTES
les articles de gazette. Je vous prie de m'adresser votre réponse, sous enveloppe, à M. de la Sonde, rue de Ruysbrouk, derrière les Jésuites, à Bruxelles. Je vous embrasse de tout mon cœur, en vous priant d'assurer M*" le prince de Cobourg de mon tendre respect, et de m'aider auprès de S. A. R. l'Archiduc Charles, pour obtenir le passe-port que je désire pour l'Angleterre. »!
/' Le 26 mai, Dumouriez est de retour à Bruxelles, f] se hâte /le rappeler au prince de Cobourg ses engagements et de lui demander aide et protection .
« Monseigneur, depuis la lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire le lli à Votre Altesse, j'ai éprouvé tant de difficultés pour 'l'asile que j'ai choisi à Mergentheim, que je n'ai pas été tenté de faire de nouveaux essais, et que j'ai cru plus sage de revenir dans les Pays-Bas.
« J'ai écrit le 21 au général Mack et je ne doute pas qu'il ne vous ait montré ma lettre, comme je le désire; je vous demande, à cet égard, et sur ma conduite éventuelle, vos conseils que j'exécuterai comme des ordres; vous savez combien ma confiance est entière en vos bontés. Comme vos victoires occupent tous vos moments, j'écrirai au. général Mack plus en détail. Permettez-vous que j'insiste sur l'utilité de la diversion, par- le côté du, Caleau-Cambrèsis? Ce flanc de l'ennemi doit se trouver entièrement découvert par sa nouvelle défaite.
« J'ai l'honneur d'être, avec le plus tendre attachement, de Votre Altesse, monseigneur, le très-humble et très-obéissant serviteur,
« Le général Dumouriez. »
Cobourg s'empresse d'écrire en même temps à Dumouriez et au comte de Metternicb; à Dumouriez pour décliner sa compétence dans une affaire qui regarde exclusivement le comte de Mercy-Argenteau; à M. de Metternich pour lui demander de le débarrasser à tout prix de cet hôte incommode, « de cet homme inquiet et dangereux, capable de tout oser pour reparaître sur la scène et jouer de nouveau un rôle » (expression d'une autre lettre du prince de Cobourg).
vi . 38
Au général Dumouriez à Bruxelles.
« Au quartier gémirai d'Hàïn, 2S mai H93,
« Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date d'hier. Étant dans ce moment-ci accablé d'occupations, je me borne, monsieur, à vous écrire très à la hâte, que vous vouliez bien, pour tout ce qui concerne les directions personnelles que vous désirez obtenir,'vous adresser à S. Esc. M. le coinie de Mercy-Argenteau à Bruxelles, qui a été mis à même par les dispositions de ma cour de déterminer, sur les lieux, tous les objets de cette nature, dont je ne suis pas, a portée de connaître avec autant d'étendue et de détail.
« J'ai l'honneur d'être avec beaucoup de considération,
<i CoBOUitG. »
A monsieur le comte de Mercy-Argenteau.
« Ah quartier général d'Hérin, 28 mai 1703.
« Je reçois dans cet instant, monsieur le comte, une lettre du général Dumouriez, datée de Bruxelles du 27 et qui par conséquent, comme Votre Excellence le sentira aisément,, n'a pu que me surprendre désagréablement. Je viens la prier avec instance de vouloir bien voir M. Dumouriez le plus tôt possible et de le détourner d'une manière sûre et positive du projet qu'il peut avoir de venir à l'armée. Je lui réponds en deux mots de s'adresser pour sa direction personnelle à Votre Excellence.
« La situation des choses, ce qui a été écrit et ce qui a été fait, est trop connue d'elle, pour que j'aie besoin d'insister sur l'indispensable nécessité d'éloigner M. Dumouriez de l'armée, et même, s'il est possible de le faire d'une manière convenable, de l'engager à choisirson séjour hors du pays. Je m'en rapporte à cet égard avec la plus grande confiance à la prudence et à la fermeté de Votre Excellence.
« COBOUKC. I)
Dumouriez signale son retour à Bruxelles par une nouvelle
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publication; celte fois c'est une brochure de 22 pages in-8°, contenant une lettre du général au président de la Convention et une troisième proclamation à la nation française. M. de 'Metternich la fait saisir chez les libraires et entre les mains des colporteurs. La police autrichienne s'était surtout émue d'un passage dans lequel le transfuge déclarait qu'il n'emploierait jamais ses talents pour démembrer la France. « Ce qui, écrivait M. de Metternich à M. de Trautmannsdorf (iar juin 1793), ' pourrait faire croire aux Français que les puissances veulent faire éprouver un démembrement à leur pays, opinion qui, loin de désarmer l'ennemi, ne peut que lui donner un plus grand acharnement et le porter à une plus grande résistance, i»
Le comte de Trautmannsdorf, aussitôt qu'if apprit la nouvelle équipée du général français, approuva fort la conduite de M. de Metternich dans cette circonsiance et l'engagea « à se débarrasser de cet intrigant et à le mettre horsd'élatde nuire, en s'assurant de sa personne. » Mais il lui recommanda également d'éviter tout esclandre à cause de l'intérêt presque universel que Dumouriez avait su inspirer dans les Pays-Bas, où il était regardé somme ayant sauvé le pays du pillage.
M. de Mercy-Argenteau et M. de Metternich n'avaient pas dissimulé à Dumouriez leur désir de le voir quitter définitivement les Pays-Bas; aussi favorisèrent- il s son départ pour l'Angleterre, qui eut lieu vers le 10 juin. Dumouriez voulait ouvrir une négociation avec M. de Gaston, qu'il supposait généralissime des troupes vendéennes ; puis, saisir la première occasion pour passer en France, notamment en Normandie, où il avait jadis commandé et où il espérait, comme il le disait à M. de Metternich, « ajouter encore quelques pages à l'histoire de sa vie. »
Dumouriez ne fut pas admis à séjourner en Angleierre; le 23 juin il était de retour à Ostende. De là il écrivit de nouveau au prince dé Cobourg, son protecteur naturel, puisqu'il avait pris avec lui des engagements directs et positifs : « Je suis .sur une frégate anglaise en attendant votre réponse. Je demande à me retirer à la campagne, ou à Leuze près des troupes françaises qui m'ont- suivi. Je ne puis me retirer ni en Angleterre,
Ktir.
ni en Suisse, ni en Hollande, ni en Allemagne. Cependant on me doit asile et protection. »
Cobourg envoya aussitôt à Dumouriez une lettre évasive et à M. de Metternich une recommandation timide. Voici les deux missives du prince :
A Monsieur Dumouriez.
•t llérin, ce 20 Juin 1793.
h Monsieur, je sens tout ce que votre situation a de pénible. ' Il ne l'est pas moins pour moi d'être dans le cas de vous dire qu'il ne dépend pas de moi de vous accorder ce que vous demandez. C'est le ministre de Sa Majesté dans ce pays qui est dans le cas de décider sur l'asile que vous désirez d'y obtenir, et, comme vous avez écrit à Bruxelles, la réponse que vous en recevrez peut seule vous déterminer sur le parti que vous avez à prendre.
« Recevez, monsieur, l'expression de mes regrets de ce que je ne puis rien vous écrire de plus consolant et celle des sentiments de considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, «(Cobourg. »
A Son Excellence le comte ilereij-Argenleaa.
« Au quartier général de Uérin, ^6 juin 1193. « J'ai l'honneur de communiquer ci-jointe à Votre Excellence la copie de la lettre que je viens d'écrire à M. Dumouriez, en réponse à celle que je reçois de lui aujourd'hui par courrier et dont il me marque qu'il envoie une copie à S. A. R., à Votre Excellence et à M. le comte de Metternich.
« le prie Votre Excellence de vouloir bien examiner et calculer dans sa prudence ce qu'il y a à faire pour M; Dumouriez et comment on peut le tirer du mauvais pas où il se trouve, la circonstance étant trop délicate pour que je puisse plus rien faire à cet égard.
« Cobourg. »
M. de Metternich crut devoir fermer les yeux sur le retour de Dumouriez; il lui fit délivrer un passe-port sous le nom de
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NOTES
Dupérîer1 pour la Suisse et l'Allemagne. Mais le vainqueur de Jemmapes ne pouvait se résoudre à s'éloigner du pays qui avait été le théâtre de ses exploits et qui l'était maintenant de ses intrigues. H se cacha dans une campagne des environs de Bruxelles et se mit en correspondance avec ses amis et ses agents ordinaires.
/ A la fin de juillet, les armées coalisées s'étant emparées de ^alenciennes et de Condé, après un siège long et difficile, le prince de Cobourg déclara «qu'il prenait possession de ces deux villes ou nom de Sa Majesté impériale et royale, qu'il garantissait tonte sûreté aux habitants paisibles des pays conquis. » Cette proclamation émut tous les Français qui se trouvaient en Belgique, à quelque opinion qu'ils appartinssent. En une nuit les murs de Bruxelles furent couverts de placards, où l'on invitait « les émigrés français à prendre les armes pour empêcher le démembrement de leur infortunée patrie, démembrement qui était près de s'effectuer comme celui de la malheureuse Pologne, par les puissances coalisées. »
Quels étaient les auteurs et les propagateurs de ces affiches? Il fut impossible de le savoir. Mais Dumouriez et ses amis étaient coutumiers du fait; ils avaient adressé depuis trois mois plusieurs appels à l'opinion publique. Aussi la police autrichienne, leur attribuant cette nouvelle production, se mitelle à les traquer avec Va plus grande ardeur.
Bientôt furent arrêtés les généraux Marassé, Thouvenot, Berneron, et avec eux un sieur Tort de la Sonde, le confident le plus intime de Dumouriez, l'agent le plus actif de ses intrigues5. La police rechercha aux environs de Bruxelles
1. C'est à ce faux passe-port que fuit allusion l'Empereur François II dans sa lettre du 25 juillet 1793, que nous avons donnée p- 540.
?.. Toit de la Sonde pourrait être pris pour type de ces intrigants de bas étage qui ont besoin de se mûler a toutes les intrigues et savent échapper à toutes les poursuites. Il était né à Peyrignac (département du Lot), et avait 56 ans en 1703. Dans sa jeunesse (1777), il avait encouru la peine du blâme prononcée contre lui par le parlement de Paris, pour avoir faussement accusé le comte de Guines, ambassadeur de France a Londres, dont il était secrétaire, de l'avoir fait jouer pour son compte sur les fonds publics. Cette peine consistait ù entendre a genoux, dans la salle du conseil, la sentence dont on était frappé. Aprè3 cette triste aventure, Tort de la Sonde
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M""» de Beauvert, chez laquelle on pouvait croire que s'était réfugié l'ex-général en chef de l'armée française1. Mais celuici s'était mis hors de portée à Luttersforstz, petite ville du pays de Juliers, à une lieue des frontières de la Gueldre autrichienne. Le comte de Metternich voulait adresser une réquisî-
éraitven» s'établir à Bruxelles; il avait été mêlé aux troubles qui éclatèrent, dans les Pays-Bas, sous le règne de Joseph II. C'est à cette époque qu'il se lia avec Dumouriez, qui, lui aussi, appartenait à la diplomatie interlope. Lors de l'occupation de la Belgique par les Français, pendant l'hiver de 1732-1701, il devint un personnage important et reçut chez lui le général et certaine personne qui le touchait de près. Arrête- en juillet 1703, il invoqua en vain les droits que lui donnait, comme résidant, depuis longtemps en Belgique, la joyeuse entrée, espèce d'ancienne charte du Brahant. Il resta deux ans prisonnier dans la citadelle d'Anvers ; c'est là que les Français le trouvèrent. Mais le régime républicain ne lui fut pas plus favorable que le régime impérial ; en lui lit son procès comme accusé de conspiration contre l'État et de complicité avec Dumouriez. Il fut traduit en juin an III devant une commission militaire; celle-ci l'acquitta du fait d'émigration et le renvoya devant le tribunal révolutionnaire de Paris pour purger l'accusation d'avoir été le complice de Dumouriez.
section de ce tribunal, faisant fonction de jury d'accusation, prononça en sa faveur, le M brumaire an V, une ordonnance de non-lieu; mais le Directoire exécutif, auquel il avait été signalé comme un aventurier de la pire espèce, rendit deux arrêtés, en date des IC pluviôse et 10 germinal an IV, eu vertu desquels, sous prétexte de la découverte de nouvelles pièces, Tort de la Sonde fut traduit devant le tribunal criminel de la Dyle séant à Bruxelles. 11 fut encore acquitté. Depuis cette époque nous perdons sa trace et nous ne pouvons apprendre à nos lecteurs comment finit cet intrigant émériie.
1. M. do Metternich avait donné ordre de conduire M"" de Beauvert nu Slarenberg, prison ordinaire des femmes de mauvaise vie. On était déjà bien loin de l'époque où le prince de Cobourg délivrait à cette dame un passe-port ainsi conçu :
A monsieur fe général major (h: iMikovini à Itrx-xdUs.
>i M"' Bauvert allant à Bruxelles en compagnie de M. de la Sonde, et qui est munie d'un passe-port de moi, a la permission de rester à Bruxelles aussi longtemps qu'il lui plaira de rester, et je prie le brigadier général d'avoir pour elle toute la considération possible et de l'assister en toutes choses de son mieux.
u Cococnc. »
DOTES
tîon'au comte.de Nesselrode, chef de la régence de Juliers; mais il en fut dissuadé par le prince de Cobourg, le comte de Mercy-Argenteau et l'archiduc Charles, qui tous trois furent d'avis que les engagements pris personnellement quatre mois auparavant avec Dumouriez devaient détourner le gouvernement autrichien d'en user violemment à son égard. Quant 'aux généraux arrêtés, on voulait d'abord les relaxer avec injonction de ne pas remettre les pieds dans les Pays-Bas, ni .dans aucun des États héréditaires. On se rayisa bientôt et ■on prit contre eux des mesures plus rigoureuses. Thouvenot fut interné à Luxembourg, Marassé et Berneron à Temeswar, ■en Hongrie. Peu après on se saisissait du célèbre Baptiste, au moment où il revenait d'Angleterre à Ostende, porteur de lettres -de M™6 de Beauvert pour Dumouriez. Baptiste était un trop mince personnage pour que le prince de Cobourg, auquel on ■én avait référé pour savoir s'il y avait lieu de maintenir cette arrestation , s'intéressât à son sort; aussi écrivit-il la lettre suivante à l'officier chargé de la garde du prisonnier :
Ait capitaine Straube, aide de camp du générai de Fabry.
« Pont-sur-Sambre, 14 octobre 1703.
« Je reconnais volontiers l'utile service que vous avez rendu à la cause générale en faisant arrêter le domestique suspect de l'ex-général Dumouriez, 11 est bon qu'il se trouve aux mains de ■la police et vous aurez à l'y laisser, puisque d'ailleurs le gouvernement du pays a à statuer sur ces sortes de gens.
« Cobourg. »
Dumouriez, affligé d'avoir compromis inutilement ses amis, se résolut à quitter définitivement la Belgique. 11 erra pendant plusieurs mois, obligé de cacher son nom, voyageant souvent à pied, évitant les grandes villes où il aurait pu être reconnu. 11 s'arrêta d'abord à Berne, où il écrivit ses mémoires, puis à Hambourg, où il les fit imprimer. C'est de cette dernière ville que sont datés les écrits politiques qu'il fit successivement paraître, et notamment sa réponse au rapport de Camus. Après une inaction de six années, Dumouriez se remit à
courir le monde. Il alla d'abord à Mittau présenter ses hommages au comte de Provence qui , depuis la mort de son neveu, avait pris le titre de roi de France. Il n'eut guère à se louer de la réception qui lui fut faite. Ce qui l'exaspéra surtout, ce fut de se voir qualifié de simple maréchal de çamp dans cette cour microscopique. En vain fit-il observer qu'il avait reçu le titre de lieutenant général des mains de Louis XVI. On lui répondit que le prince ne pouvait reconnaître les nominations faites depuis la Révolution. Outré d'être si froide- vment accueilli là où il espérait être reçu à bras ouverts, il se rendit à la cour de Paul Ier, et s'offrit pour opérer un débarquement en Normandie avec 40,000 Russes.
Éconduit après de brillantes promesses, il songea à rentrer en France en profitant comme tant d'autres du coup d'État du 18 Brumaire. Il adressa an premier consul une lettre que nous croyons devoir donner in extenso :
v Hambourg, te 3 novembre 18(10.
« Citoyen consul,
« Dans le temps où je fus chargé par le gouvernement qui existait en Francejdu commandement d'une partie des armées françaises, je vis tous les nuages de la révolution, que moimême j'avais provoqués, sur une atmosphère qui tantôt présentait à mes yeux un rayon de lumière, tantôt ne laissait entrevoir que la plus profonde obscurité. .
« Quel était le parti que j'avais à prendre au milieu des différentes factions qui sans cesse étaient renaissantes, où l'homme craignait de se rendre compte à lui-même de sa façon de penser et d'agir ; dans un temps où le crime servait de base à toutes les actions et où je voyais sur le penchant de la ruine un gouvernement dont j'étais de bonne foi l'ami et que je voulais soutenir dans sesfdroits et ses intérêts, en épargnant le sang des défenseurs qui m'étaient confiés?
« Je ne rappellerai pas ici tout ce que j'ai fait à l'appui de mes premières assertions, je vous observe, citoyen consul, que je n'ai pas démérité de l'indulgence nationale et que la patrie n'a aucun reproche à me faire dans toutes les affaires auxquelles l'empire des circonstances a donné lieu; je défie la calomnie
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
NOTES